Théologie politique du trône vide. Anarchisme et christianisme

Nous souhaitons défendre ici l’impossibilité d’une « théologie politique » entendue comme déduction d’un pouvoir politique légitime depuis la doctrine théologique. Par ce refus, il ne s’agit pourtant pas d’abandonner toute théologie politique et de plaider pour un christianisme apolitique. Au contraire, cette impossibilité, dénonçant la tentation d’auto-sacralisation du pouvoir, se présente comme intrinsèquement politique. Laissant le pouvoir sans fondement – « le trône vide » – nous montrerons que la théologie politique chrétienne a à voir avec l’anarchisme.

Vérité révélée et pouvoir social

Les évolutions doctrinales de l’Église qui ont marqué l’histoire de ses relations avec les régimes politiques du XXe siècle ne démontrent pas une logique d’accommodement ou de ralliement au libéralisme. L’enjeu pour l’Église fut bien au contraire de reformuler l’autorité de la loi de Dieu face à l’autonomisation de la société, en définissant une nouvelle intermédiation non plus incarnée dans une figure d’autorité mais représentée par des collectifs sociaux engagés dans la réalisation du but qu’ils se sont donné. Il s’agit bien d’une volonté de l’Église d’orienter le mouvement d’émancipation de la société vers la mise en œuvre du message christique.

Théologico-politique : réflexions sur l’histoire récente d’un encombrant

Les deux dernières décennies du XXe siècle ont vu un retour de légitimité de Dieu en politique, dans un contexte marqué par la multiplication de conflits localisés où l’appartenance religieuse pouvait servir de ressort. En philosophie et dans les sciences sociales, ce « retour de Dieu » a rendu son actualité au débat sur le « théologico-politique ». Complémentaires, ces deux événements sont au centre de l’article qui en raconte l’histoire récente, entre globalisation du monde et sécularisation, puis entre violence au nom de Dieu et montée de radicalismes chrétiens. L’analyse conduit à s’interroger sur l’efficacité heuristique de la notion de « théologico-politique » pour comprendre la crise actuelle de l’idée démocratique.

Le théologico-politique : une liaison dangereuse

Cet article entend mettre en lumière les dangers que représente le théologico-politique, aussi bien pour la démocratie que pour le christianisme. Noué depuis le XVIIe siècle par des philosophes (Spinoza et Hobbes), ce concept n’a cessé d’être repris – par Carl Schmitt en particulier, au début du XXe – et reste d’une actualité brûlante. Pour plus de clarté, le théologico-politique sera distingué ici des nombreuses théologies politiques qui ont été élaborées par des théologiens, à partir du tournant constantinien.

Le moment constantinien

Le règne de Constantin (306-337) marque une transformation profonde de la religion telle qu’elle était comprise dans le monde antique. L’empereur n’adopte pas seulement le christianisme, il remplace une pratique religieuse fondée sur un lien collectif à un choix religieux opéré à l’échelle individuelle. Certes, Constantin favorise le christianisme tout en maintenant une tolérance prudente envers les cultes traditionnels, mais il contribue surtout à un déplacement radical du religieux dans le monde gréco-romain. Par ailleurs, ses interventions dans l’organisation ecclésiale contribuent à poser les bases d’une religion impériale, tandis que les Églises entendent conserver une autonomie déjà séculaire. Sont ainsi posées en des termes nouveaux les relations entre pouvoir et religion.

La diplomatie du Saint-Siège dans les médiations internationales

Cet article propose une analyse de la médiation internationale du Saint-Siège comme pratique diplomatique spécifique, située à l’intersection du politique, du religieux et du normatif. En s’appuyant sur les apports de la science politique et des relations internationales, il montre que la médiation pontificale ne peut être assimilée à une technique neutre de gestion des conflits ni à celle des États neutres classiques. Fondée sur une « neutralité engagée », articulant normativité religieuse et intérêts ecclésiaux de long terme, cette diplomatie mobilise des formes de médiation variées – facilitatrices, relationnelles, transformationnelles ou testimoniales –, inscrites dans une temporalité longue et orientées vers la cohérence des processus de paix.

Bons offices et médiations du Saint-Siège de Léon XIII à François

Depuis la perte des États pontificaux, le Saint-Siège a été périodiquement désigné comme médiateur dans des conflits internationaux. Si ces interventions qui sortent du champ de son activité religieuse, encore qu’elles aient à voir avec la singulière autorité dont le pape est revêtu dans l’opinion publique mondiale, ont été freinées sous le pontificat de Pie XII, elles ont connu un extraordinaire développement entre le pontificat de Paul VI et celui de Jean-Paul II, dont l’intervention entre l’Argentine et le Chili au sujet du canal de Beagle a fait date. Ce mouvement ne n’est pas interrompu par la suite, comme en témoigne la médiation de François entre les États-Unis et Cuba qui a préludé au rapprochement entre Washington et la Havane. La médiation du Saint-Siège constitue donc l’une des modalités par lesquelles il promeut la paix dans un monde polycentrique et interconnecté.

Demande politique, réponse confessionnelle ? Les médiations de la communauté Sant’Egidio

Depuis la fin du monde bipolaire, la résolution des conflits est un champ pluriel investi par une variété d’acteurs non régaliens. Parmi ceux-ci, la communauté catholique de Sant’Egidio est régulièrement sollicitée par les diplomates. L’article interroge cette demande politique : elle procède d’un contexte international, et de l’histoire militante et religieuse du groupe. Cette histoire dote la communauté de ressources comparables à celles d’autres acteurs confessionnels, mais elle inscrit aussi son action dans un répertoire sécularisé et politique. Elle rencontre enfin des limites, internes comme contextuelles.

L’évolution du magistère sur la doctrine de la « guerre juste »

La tradition millénaire de la doctrine de la guerre juste est remise en question en 1917, lorsque Benoît XV qualifie la Grande Guerre de « massacre inutile ». Cependant, le magistère continue à proposer cette doctrine jusqu’à Jean XXIII, pour qui l’emploi possible des armes atomiques rend inacceptable toute guerre d’agression. Il reste toutefois le problème de l’autre circonstance de guerre juste : le recours aux armes pour légitime défense. Il est résolu par le pape François qui établit un lien entre l’adhésion à l’Évangile et la non-violence active. Mais l’actuelle multiplication des guerres d’agression a fait ressurgir la doctrine traditionnelle.

Système international et conflictualités contemporaines : comment comprendre les causes des conflits ?

L’article étudie les transformations du contexte international et leur effet sur les formes contemporaines de conflictualité. Il analyse la manière dont les transformations de l’architecture, de l’infrastructure et de l’écologie du système international altèrent les possibilités de conflit armé et de leur résolution, et présente le caractère des conflits armés contemporains, avant d’étudier le cas de la guerre en Ukraine comme révélateur des dynamiques analysées.