L’interprétation de la Bible en Afrique : herméneutiques et méthodes

Dans un souci d’interpréter la Bible dans le contexte africain contemporain, plusieurs approches exégétiques ont vu le jour sur le continent depuis environ cinq décennies. Ces méthodes pour la plupart contextuelles, mais aussi postcoloniales, ont en commun le « monde devant le texte », c’est-à-dire l’audience contemporaine, lecteur ou auditeur de la Parole de Dieu en Afrique. Ces approches constituent certainement un défi pour l’exégèse classique développée en Occident mais aussi une opportunité pour son ouverture à une lecture/écoute plurielle de la Bible en différents contextes.

Que font les humanités numériques aux sciences dites humaines ?

Les humanités sont affectées massivement par les nouveaux outils numériques, recueil de données comme traitement algorithmique de ces données. Au-delà des facilités de stockage de textes et de navigation dans des corpus, dans quelle mesure le tournant digital transforme-t-il les humanités ? Dans cet article je m’appuierai sur le constat précédemment dressé dans Les sociétés du profilage (Huneman, 2023) du glissement d’une épistémologie plutôt causale vers une épistémologie purement statisticaliste et prédictive lorsque les données massives opèrent, pour interroger la nature et la nouveauté des humanités dites digitales. À partir d’une description du « data mining » en histoire des sciences je généraliserai la description des humanités numériques comme modélisation décentrante en troisième personne. Dans un dernier temps j’analyserai leur place dans le système des humanités, en insistant sur l’exigence d’une positon critique spécifique impliquant la dimension herméneutique des humanités, pour que le tournant numérique exprime sa puissance de nouveauté plutôt qu’un redoublement stérile ou un remplacement fort biaisé des savoirs existants.

Histoire et théologie : du conflit au multilatéralisme

Le rapport histoire et théologie qui s’est noué dans la crise moderniste a trouvé une issue momentanée avec la catégorie de la tradition créatrice conçue par Maurice Blondel. Il a évolué vers une pensée herméneutique qui a influencé l’exégèse critique de la Bible et l’histoire des dogmes sans être encore aujourd’hui totalement reçue. Une situation nouvelle a découlé d’une culture marquée par subjectivation des individus et leur détraditionnalisation. Leur présent est en crise car la recherche de fondement rencontre les sociétés liquides. Une phénoménologie relisant Heidegger sous la forme d’une apocalypse de la vérité reconduirait jusqu’à Paul de Tarse pour réhabiliter le danger comme une puissance d’imagination créatrice nouvelle. À sa suite, l’article suggère que l’anamnèse chrétienne, chez le même Paul, pourrait fournir aux modernes un recours mieux averti à l’histoire.

La réception du concile Vatican II entre théologie et histoire

La controverse nouée en 2005 entre théologiens et historiens, autour de l’analyse du concile Vatican II comme événement ou comme texte du genre littéraire « constitutionnel », relève d’une histoire intellectuelle. Mais elle participe aussi d’une histoire du catholicisme contemporain marquée par les débats qui se succèdent sur la façon de mettre en œuvre l’aggiornamento. Si la majorité des protagonistes a le souci de donner toute sa validité à un concile vécu comme « de transition » et « pastoral », les uns en font une lecture conservatrice, l’inscrivant dans le prolongement de Vatican I et d’un catholicisme intransigeant, critique de la modernité ; les autres soulignent son caractère radicalement innovateur, tout en relisant à partir des textes conciliaires l’ensemble de l’histoire de la révélation à travers la notion de « signes des temps ». La réception conciliaire devient ainsi un observatoire privilégié pour comprendre l’histoire d’un catholicisme qui se mondialise, dans le contexte d’un écart qui s’approfondit entre le magistère romain et l’évolution des mœurs.

Apocalypse et livres sapientiaux

La fièvre apocalyptique est un phénomène récurrent qui se présente comme une crise à  la fois sociale et symbolique qui subvertit l’articulation spatio-temporelle constitutive d’un monde. C’est l’amplification imaginaire, quasi panique, de maux collectifs face auxquels l’espérance paraît en défaut. L’Apocalypse biblique a longtemps alimenté cet imaginaire. Or, dans le catastrophisme contemporain, né d’une angoisse écologique anticipant le pire, l’apocalyptique s’est sécularisé : la Nature (re)devient une figure mythique ; elle se vengerait d’avoir été abusée. Face à cette sorte de pathos collectif, quelle sagesse, quelle retenue sont–elles possibles ? Il se trouve que, dans le corpus biblique, l’opposition de deux types de temporalité – sous le signe de la fin des temps et sous celui d’une certaine continuité – a donné lieu à un travail symbolique intense dont on peut dire, en assumant le risque de toute interprétation, qu’il vise à limiter chacun de ces types par l’autre, donc à conjuguer « poétiquement » désespoir et confiance raisonnée, sinon dans le monde, du moins dans un « monde possible ».

Le désir de comprendre et la pulsion traduisante. L’herméneutique face à la traductologie

Contrairement à ce qu’on a pu soupçonner parfois, l’herméneutique, c’est à dire « la théorie des opérations de la compréhension dans leur rapport avec l’interprétation des textes » et la traductologie ne sauraient être mises en concurrence, parce que, de part et d’autre, il s’agit du rapport natif entre une expérience irréductible à un savoir de la réflexion sur celle-ci. La compréhension, tout comme la traduction est sujet et objet d’un savoir propre. On peut dès lors transférer à l’herméneutique les deux formules directrices par lesquelles Antoine Berman définit le travail du traducteur : « l’épreuve de l’étranger » et « l’auberge du lointain », ce qui revient à se demander si l’herméneutique, tout comme la traductologie, n’a pas besoin d’une analytique pour mener son projet à bien.

Bible et violence : quelles dialectiques ?

La Bible entretient avec la violence des relations complexes, d’ordre dialectique. En relisant quelques textes en fonction de leur teneur cathartique, et selon le principe exégétique et herméneutique de l’analogie de la foi, nous pouvons les comprendre comme une entreprise de déconstruction et de délégitimation de la violence. Le processus qui met en œuvre diverses stratégies littéraires semble être une condition requise pour proposer une éthique et une spiritualité de la non-violence.

Les fondements de l’herméneutique rabbinique du contournement de la violence

Face aux violences contemporaines commises au nom de la religion, est-il possible de découvrir dans l’univers herméneutique de sa propre tradition les ressorts humains qui permettent de mettre en échec ces violences ? L’analyse détaillée de deux textes rabbiniques sur la violence de certaines injonctions de la Torah relatives aux enfants illégitimes nous servira de cadre pour comprendre comment les rabbins d’antan, par un travail herméneutique de contournement de la violence, savaient déjouer les pièges des violences scripturaires. Leur savoir passé doit pouvoir nous aider à faire face aux dangers de fanatismes qui minent aujourd’hui les mondes religieux.