Quand les femmes font de la théologie
par Patrick C. Goujon
Il existe dans l’Église catholique un paradoxe qui frise la contradiction : les femmes y sont investies dans de nombreux services et sans elles peu de paroisses pourraient se maintenir mais leur présence est empêchée et leurs voix presque inaudibles. Certaines figures féminines y sont certes louées, à commencer par Marie, « Mère de Dieu », honorée de tous les titres qu’on lui attribue. Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, et, plus récemment reconnue, Hildegarde von Bingen se tiennent à l’avant-garde. Mais occuper une place dans l’institution demeure aujourd’hui une exception. On a salué les nominations faites par le pape François : enfin, certaines femmes arrivaient au Vatican ! Manière de dire, en effet, car elles ont toujours été nombreuses, les petites mains des cuisines, de l’entretien et de la sacristie. Près de 25% du personnel de la Cité du Vatican est féminin. Les hauts offices étaient pourtant jusqu’à peu uniquement masculins. On vit d’abord une femme à la tête des musées du Vatican puis d’autres rejoindre les dicastères. Le 7 janvier 2025, le pape François a nommé une religieuse, Sr Simona Brambilla, à la tête du dicastère pour la vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, ayant à ses côtés un cardinal, Angel Fernandez Artime, « pro-préfet », entendez un numéro un-bis, comme le suggérait le quotidien Le Monde le jour même dans ses colonnes. Une première, fait rarissime dans cette institution où toute décision majeure se justifie par sa conformité à la tradition. La Constitution apostolique sur la curie romaine, signée du pape François le 19 mars 2022, mettait la nécessité de la conversion missionnaire de l’Église au premier plan : pour son rayonnement missionnaire, il faut que l’Église se transforme, rejoignant ainsi, déclarait le pape, ces moments où « le désir de réforme était plus pressant, comme au XVIe siècle, avec la Constitution apostolique Immensa aeterni Dei de Sixte V (1588) et au XXe siècle, avec la Constitution apostolique Sapieni consilio de Pie X (1908) », et, poursuivait-il, avec Paul VI (1967, Regimini Ecclesiae universae) et Jean-Paul II (1988, Pastor bonus).
C’est là, nous a-t-il semblé aux RSR, que l’enjeu fondamental de ce dossier se situe : « quand les femmes font de la théologie ». Comment promouvoir une réflexion chrétienne qui contribue au bien entier de l’Église sans que sa théologie soit cantonnée à des hommes, clercs qui plus est ? Car il y va du bien de l’Église dans son ensemble, et de sa mission. Quand la parole ecclésiale est l’exclusivité des seuls clercs, sa force de persuasion en est largement affaiblie, faisant apparaître plus que jamais une contradiction.




