De la fondation à l’attestation en morale, Paul Ricœur et l’éthique du témoignage

par J.-P. PIERRON

juillet-septembre 2003 - tome 91/3

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Le témoignage a retenu de très près l’herméneutique philosophique de Paul Ricœur. De son sens quasi empirique, celui du témoin d’un procès, à sa signification religieuse, celle du témoin de la foi, en passant par sa signification morale, le témoin vit du bien dont il témoigne. Se trouvant donc au croisement du juridique, de l’historique, de l’éthique et du religieux, le témoignage trouve, dans les analyses de Paul Ricœur, son principe unificateur dans le concept d’identité narrative. J.-Ph. Pierron montre que pour le philosophe de Temps et récit, le témoignage dans le témoin est texte. Il donne donc à penser, ce qui implique une herméneutique de la réception, axée sur l’analyse d’un accueil du témoignage. Corrélativement, parler d’identité narrative, c’est donner l’occasion au témoignage de passer insensiblement d’un pôle d’extériorité, celui du narrateur qui n’est pas l’acteur de ce qu’il raconte, à un pôle d’intériorité, qui fait constitution progressive de soi. En quoi doit se définir une éthique du témoignage.

Concerning the foundation of attestation in morality: Paul Ricoeur and the ethic of bearing witness

Bearing witness is a very important concept in the philosophical hermeneutic of Paul Ricoeur. From its quasi-empirical meaning, that of the testimony of a witness in a trial, to its religious significance, that of a witness to the faith, and its moral significance, the witness lives from the good to which he bears witness. Bearing witness, which lies at the core of legal, historical, ethical, and religious testimony, finds its unifying principle in the analysis of Paul Ricoeur in the concept of narrative identity. J.-P. Pierron shows that, for the philosopher of Time and Narrative, the testimony of the witness becomes text in the one who bears witness. Thus, it leads to thinking, which implies a hermeneutic of receiving, centered on the analysis of how testimony from a witness is received. Correlatively, to speak of narrative identity is to give an opportunity for bearing witness to move imperceptibly from a position of exteriority, that of a narrator who is not the actor of that which he recounts, to a position of interiority, which makes for a progressive constitution of the self. This ought to define an ethic of bearing witness.

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