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Théologie et Sciences Sociales face à la nécessité d’un « grand récit »
L’auteur interroge la possibilité d’un « grand récit » à partir de l’expérience de la précarité. Il met en tension les appels actuels à un récit fondateur commun et la réalité fragmentée et souvent inaudible des plus pauvres. En explorant des formes alternatives de narration à même de porter une parole collective à partir d’expériences singulières, il suggère une ecclésiologie née de la reconnaissance mutuelle des pauvres et d’un Christ rencontré dans la déchirure. Loin d’un système clos, le récit est un lieu d’écoute, de vulnérabilité et d’espérance.
Un « grand récit » est-il requis ?
En théologie et pour le christianisme, il est requis d’élaborer et de proposer un « grand récit ». Ce sera celui de la prise en charge de motifs anthropologiques et sociaux, et il prendra la forme d’un contre-récit. Il aura coupé avec une focalisation sur une origine et des affirmations dont on suivrait les effets. En contraste, il aura conduit un double travail, sur la tradition chrétienne et sur le socioculturel présent, assumant que la tradition chrétienne est de fait et de droit toujours acculturée.
Pensée religieuse et sciences sociales en régime de post-sécularité
L’article s’attache à étudier l’histoire de la relation entre la pensée religieuse et les sciences sociales en la situant dans la succession de deux moments, celui, premier, de la séparation et l’autre, actuel, de la coopération, au sein du monde né des Lumières. Si les deux ordres de la connaissance (le religieux et le séculier) se sont opposés au cours de ce qu’on peut appeler la première modernité, le savoir séculier s’affirmant tandis que l’institution religieuse résistait, il en va différemment de nos jours : quand la pensée religieuse se sécularise – citoyens religieux et citoyens séculiers doivent pouvoir échanger –, la pensée séculière se défrontiérise – dans un dialogue régulier, avec les Églises et les communautés religieuses, les familles spirituelles et philosophiques.
« Maintenir ouvertes les tensions »
La pratique ministérielle de l’Église catholique, mais aussi (par conséquent sans doute) sa théologie, se trouvent remises en cause par le contexte social, au moins en Occident. Ce que l’on peut qualifier de « tensions » se fait jour, quoi qu’il en soit des mises au point auxquelles le concile Vatican II avait procédé. Il se confirme qu’une théologie, en l’occurrence celle des ministères, ne peut être que tributaire d’un environnement culturel donné.
Exégèse et sciences des textes
Les liens parfois conflictuels entre exégèse et sciences du texte remontent, pourrait-on dire, au moment où l’on a commencé à lire la Bible car, pour pouvoir le faire, chaque époque doit recourir à des méthodes qui semblent adéquates. Le sujet est donc très vaste. La bibliographie consacrée à cette question est, elle aussi, plus qu’abondante. Dans la perspective d’amener quelques éléments à la réflexion commune, la question sera abordée sous forme de retour sur les méthodes contemporaines, en tentant de mettre en évidence forces et limites de celles-ci, de la façon la moins caricaturale possible.Exegesis and text sciences The at times conflictual ties between exegesis and text sciences go back, we might say, to the time when people began to read the Bible, because, in order to do so, each period has to rely on methods that appear to be adequate. The subject is thus quite vast. The bibliography dedicated to it is likewise extensive. In order to contribute a
Déconstruire la symbolique des sexes ?
Les travaux de l’anthropologie sociale font apparaître le fait de la symbolique des sexes – et la hiérarchie qu’il implique entre masculin et féminin – comme un invariant des cultures humaines, dont il s’agit de montrer le caractère historiquement et socialement construit. Nous nous intéressons ici à la façon dont la théologie peut recevoir les analyses de cette discipline, qui n’a pas hésité à appliquer cette lecture à la symbolique portée par le discours chrétien. Ce faisant, nous montrerons que les enjeux dépassent la seule question de la place des hommes et de femmes dans l’Église mais relèvent de la théologie fondamentale : existe-t-il une violence symbolique du discours chrétien et si oui, où la situer ? Quel statut accorder à la symbolique portée par les textes issus de la révélation ? Peut-on légitimement reconnaître une inscription symbolique dans les réalités créées ?
Des ressources théologiques pour la réflexion éthique ?
À travers des usages contemporains de la parabole du bon samaritain, ce texte s’interroge sur les apports possibles de la théologie à l’éthique actuelle, considérée comme expérience existentielle. La référence à la parabole du bon samaritain mobilise en effet une réflexion éthique profane. Ainsi, dans les éthiques du care, la parabole est analysée comme un exemple d’éthique de la sollicitude (Brugère), mettant en avant la relation humaine, valorisant une sagesse des émotions qui renouvelle l’éthique des vertus, et fait entendre une autre voix que la morale du devoir. La parabole permet également de réinterroger l’articulation entre l’universel et le particulier, à travers la considération de la souffrance du proche et du lointain (Boltanski). Elle interroge également les situations extrêmes : le prochain est-il un semblable, lorsque le blessé « n’a plus figure humaine » ? La parabole du bon samaritain offre ainsi des ressources pour penser la commune humanité qui demeure malgré une inquiétante étrangeté. La sagesse pratique issue de cette parabole peut enrichir la
Transitivité d’un corps, entre ecclésiologie et sciences sociales
Alors même que l’Église (comme objet d’étude) et l’ecclésiologie (comme corpus textuel) sont absentes de la science politique française, elles ont historiquement en commun un objet au croisement de différentes sciences sociales : le corps comme modèle de la communauté, autrement dit le corps social. En dépit des critiques contre les théories organicistes, il a été pris en compte par Pierre Bourdieu dans ses travaux sur l’État. Reprenant l’œuvre de Kantorowicz, il a été sensible au contexte ecclésial de pensée de l’institution et notamment aux outils des canonistes comme experts de la chose sociale, mais la construction ecclésiologique du modèle du corps pour penser ce qu’est une entité sociale dépasse cet usage orienté vers la construction étatique. Au-delà du partage entre réalisme et nominalisme ou constructionnisme, la spécificité de la théorie chrétienne du corps collectif est de conjoindre réalisme et métaphorisation, naturalisation et spiritualisation. Elle prend sens dans ce que j’appelle la transitivité, les passages incessants d’un corps à un autre,