Le théologico-politique : une liaison dangereuse

Cet article entend mettre en lumière les dangers que représente le théologico-politique, aussi bien pour la démocratie que pour le christianisme. Noué depuis le XVIIe siècle par des philosophes (Spinoza et Hobbes), ce concept n’a cessé d’être repris – par Carl Schmitt en particulier, au début du XXe – et reste d’une actualité brûlante. Pour plus de clarté, le théologico-politique sera distingué ici des nombreuses théologies politiques qui ont été élaborées par des théologiens, à partir du tournant constantinien.

Penser la catastrophe

Produits dans la foulée de catastrophes historiques, les récits apocalyptiques byzantins insèrent ces catastrophes dans un temps structuré allant de la Création à la fin du monde. Ces spéculations connaissent un paroxysme lors de la chute de Constantinople en 1453, proche de l’an 7000 de la Création. Les efforts pour mettre en récit l’histoire universelle depuis la Création jusqu’à la fin des temps, et pour situer dans ce schéma les catastrophes vécues, ont pour objectif ultime (au-delà de toute récupération politique) de rassurer le peuple chrétien en insérant les événements chaotiques qui les frappent dans un scénario cohérent, devant aboutir in fine à la Parousie et à l’éternité.