Herméneutique et vérité des énoncés dogmatiques en contexte oecuménique

Le renouveau d’intérêt, parmi les catholiques, pour la réflexion sur le phénomène de la dogmatisation est aisément compréhensible, dû en particulier au choc que fut, à l’époque moderniste, la prise de conscience de la réelle historicité des dogmes. L’œcuméniste catholique ne peut ignorer ces questionnements relatifs à la genèse, à la portée et aux fonctions des dogmes, même s’il ne les prend pas en charge directement et même si sa tâche est de participer à la guérison des ruptures survenues dans la communion ecclésiale. Cependant sa démarche peut avoir un réel intérêt réflexif. Dans le difficile débat épistémologique actuel sur la dogmatisation et sur l’interprétation des dogmes, l’article d’H. Legrand, tout en s’abstenant d’ajouter aux théorisations existantes et en se référant à des interprétations en cours, privilégie l’une d’entre elles comme étude de cas, non sans prendre acte de l’antinomie, souvent vivement perçue, entre la logique œcuménique, si tard venue à la conscience catholique, et la logique dogmatique qui a

« Une barrière éternelle ». L’autorité de l’Eglise dans la définition du dogme au XIXe siècle

Dans la mesure où chaque siècle est en conséquence ou effet direct de celui qui le précède, peut s’imposer ici, pour  » comprendre  » une part importante de la conscience  » dogmatique  » du XXe siècle, l’expression du polémiste catholique laïc que fut Joseph de Maistre :  » L’Eglise n’est point argumentatrice de sa nature : elle croit sans disputer…  » Si apparaît ici le rôle de l’Eglise (comprenons : de sa hiérarchie) dans la  » définition « , au sens théologique, du dogme, apparaît également que, pour Maistre, le dogme précède la définition, qui ne fait que le formuler, le  » caractériser « . On est loin ici de la définition  » technique  » du dogme qui sera celle du concile Vatican I et qui s’imposera alors : vérité révélée et proposée comme telle par l’Eglise, de façon infaillible. Il s’avère ainsi, au cours du XIXe siècle, que, si une certaine vision de l’autorité de l’Eglise dans l’élaboration (et la compréhension) du dogme est inséparable d’une importance accrue attachée à l’infaillibilité du Pontife romain, c’est aussi la

Le dogme comme langage normatif

Le Christianisme, autant sinon davantage que le Judaïsme, et incomparablement plus que tout autre religion, s’est confronté au  » langage  » des cultures et des époques qui le traversaient autant qu’il les traversait. Dans l’Occident moderne et contemporain, surtout en son versant catholique, la question dogmatique a retrouvé une vive actualité avec notamment la crise moderniste, la controverse sur le surnaturel, le débat sur l’infaillibilité…, ce qui fait émerger l’interrogation vis-à-vis du dogme comme langage normatif. Sans doute devrions-nous distinguer le dogme (au singulier), qui désigne tout le contenu de la Foi (le dogme chrétien), et les dogmes (au pluriel), qui désignent des aspects de ce contenu, sans être déliés les uns des autres en vertu de l’analogie de la Foi. Mais le dogme chrétien et les dogmes de la Foi chrétienne impliquent dans leur énonciation linguistique formulée, enseignée et transmise une forme de normativité sur laquelle Pierre Gire s’interroge ici d’un point de vue philosophique (celui de la philosophie de la

La réception des Écritures inspirées

C’est d’un nouveau positionnement de la Bible dans la culture dont il s’agit aujourd’hui, et pas seulement d’une nouvelle manière de la recevoir et de la lire, bien que ces deux aspects soient inséparables. L’Ecriture s’est progressivement sécularisée et transformée en  » classique  » parmi d’autres. Simultanément, l’accès au texte s’est  » démocratisé « . Désormais, il ne jouit plus d’aucun privilège statutaire par rapport à d’autres grands textes de l’humanité : tous sont soumis à la même méthodologie plurielle qui évolue continuellement, tout en se voulant contrôlable par le plus grand nombre. Dans ce contexte, la pratique ecclésiale de lecture qui continue à considérer le texte comme inspiré n’est plus qu’  » une pratique parmi d’autres « . On en vient donc aujourd’hui à une situation paradoxale où le canon des Ecritures, largement discuté par les historiens et les théologiens, est en réalité accepté par la culture, tandis que l’inspiration pose problème sans avoir bénéficié jusqu’à maintenant d’une même traitement, voire d’une simple attention. Cette situation peut révéler

Lire théologiquement et spirituellement les Écritures

Infléchissant le propos de J.-L. Chrétien (in RSR tome 92/1, pp. 119ss.) en passant du  » dire  » au  » lire « , et en congédiant l’  » autorité  » ainsi que le qualificatif  » Saintes  » impliqués dans l’article du philosophe, P. Gisel pose la question de savoir en quoi ce livre – l’Ecriture ou les Ecritures – est  » Parole de Dieu « , peut-être  » en quoi  » il est d’abord Parole, et ensuite, plus radicalement,  » Parole de Dieu « . Or, les Ecritures sont et restent de bout en bout humaines, historiquement situées, culturellement et religieusement déterminées. Second, par rapport au Christ qui n’a pas laissé d’écrits, le corps des Ecritures est donc lieu de médiation donné et irréductible, comme la canonisation d’Ecritures est un fait institutionnel, donc instaurateur. Justement, le  » regard  » porté au nom de la sainteté et de l’inspiration et donc de la logique croyante ne peut porter que sur l’ordre  » tiers  » d’une symbolisation religieuse, inscrite dans l’histoire déterminée d’une canonisation institutionnelle.

« Toute Écriture est inspirée » 2 TM 3,16.

 » Toute Écriture est inspirée « . L’affirmation du rédacteur paulinien de la seconde lettre à Timothée (2 Tm 3,16) surprend par son caractère exceptionnel dans l’ensemble du Nouveau Testament. Non seulement l’emploi du mot Écriture avec une extension large ( » toute Écriture « , au singulier indéfini), est rare, mais l’adjectif  » inspiré  » (theopneustos) est lui-même un hapax dans l’ensemble de la Bible grecque. Il paraît donc prudent de relativiser la portée d’une telle affirmation et, d’un point de vue historique, ne pas en généraliser la portée, au point d’imaginer que nous aurions là l’expression d’une théologie de l’inspiration scripturaire allant de soi à la fin de l’époque dite apostolique. En revanche, dans une perspective théologique, rien ne nous interdit de partir d’une telle assertion, afin de réfléchir sur les relations réciproques entre canonisation et inspiration du double point de vue historique et linguistique.