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Résister au mal
Par rapport à la problématique de la théodicée classique, l’article opère un renversement de perspective en s’interrogeant sur les forces dont dispose l’humanité dans son combat spirituel contre le mal. L’argument se développe en quatre parties. Une première circonscrit le terrain du questionnement en rappelant comment on y a accédé dans l’histoire de la pensée, et surtout, comment l’expérience du mal-malheur a suscité des ressources trop souvent cachées par une conception du combat spirituel, unilatéralement aux prises avec le mal moral et le péché. Une deuxième partie se situe au niveau des formes de résistance communes aux différents courants religieux ou spirituels de l’humanité. L’approche herméneutique permet de les aborder dans un esprit « oecuménique », approprié à la perspective d’une résistance commune au mal, ce qui fait émerger la question de 1’ultime profondeur de nos ressources spirituelles. C’est sur cet arrière-fond qu’on pourra penser, dans un troisième temps, la conception chrétienne de la résistance au mal comme une manière de donner existence
Problème du mal et péché des origines
À son niveau le plus fondamental, la doctrine du péché originel se développe en réponse au problème du mal. Elle tente d’expliquer pourquoi les choses « sont ce qu’elles sont », pourquoi il y a du mal dans le monde, pourquoi l’humanité semble condamnée à prendre part à ce mal. C’est en contexte principalement chrétien que la doctrine reçoit sa forme articulée, quoiqu’elle puise aussi dans la tradition juive (avant tout dans ce que cette tradition dit d’Adam et Ève) et dans la culture païenne. Et quoique son but soit de s’accommoder de la condition humaine, elle est formulée dans une perspective selon laquelle le mal n’a pas le dernier mot. Pour croire en l’existence d’un péché des origines, on doit d’abord croire au pouvoir de la grâce, et l’on ne peut y croire qu’en croyant de manière simultanée que le mal n’a pas son origine en Dieu.