Exégèse, théologie et philosophie dans la réflexion christologique

De 1903 à 1905, une discussion serrée s’engage entre Loisy, Blondel, Hügel. C’est le philosophe d’Aix qui focalise le débat sur la christologie en soulevant la question de la science et de la conscience du Christ. Il le fait dans la perspective de son « panchristisme » qui le rend peu sensible au Jésus de l’Histoire et à la lecture littérale des Evangiles. Il s’oppose ainsi à l’exégèse de Loisy, soupçonnant chez lui une position doctrinale qui va plus loin qu’une réserve purement méthodologique. Ce débat a l’intérêt d’avoir été largement interdisciplinaire en mettant en œuvre l’exégèse, l’histoire, la philosophie et la théologie. S’il a été troublé par les urgences de la crise moderniste, il a permis d’entrevoir la nécessité et la difficulté d’un travail épistémologique pour articuler les divers savoirs dans le respect de leurs méthodes respectives. Les deux volumes ‘L’exégèse et la théologie devant Jésus le Christ ‘ 1 et 2 (RSR 87/3 juil. Sept 1999 – épuisé- et RSR 88/4 oct. Déc.

Retrouver la puissance du texte biblique, Les attentes d’un philosophe

Le numéro des RSR consacré à « L’exégèse et la théologie devant Jésus le Christ » manifeste une somme de résultats considérable. En même temps il suscite des perplexités quand des recherches d’historique donnent un sentiment d’arbitraire, quand des pratiques exégétiques peinent à interpréter. Il y a alors quelque intérêt à s’instruire auprès de Spinoza, grand inspirateur de l’exégèse moderne, pour l’ampleur de ses principes : la « méthode » historique permet de conclure et d’échapper à l’indétermination ; elle a pour enjeu ce qui s’engendre dans le lecteur et dans la société ; par delà telle technique particulière elle vise la puissance du texte, c’est-à-dire sa capacité à signifier. Dans cette logique, le rapport au texte biblique conduit à formuler aujourd’hui plusieurs exigences : l’interprétation relève d’une décision ; la « scientificité » de l’exégèse doit s’appuyer sur une compréhension renouvelée de la rationalité : la lecture implique l’unité d’une démarche, que l’on peut qualifier de « théologique ».