Linéaments d’une pneumatologie comme instance régulatrice d’une doctrine trinitaire

L’article commence par retracer le « tournant pneumatologique » de la théologie catholique postconciliaire en s’interrogeant sur ses raisons et motivations, à la fois internes au développement de la doctrine trinitaire et relevant du contexte hypermoderne de la fin du deuxième millénaire. Il établit ensuite une analogie entre la pneumatologie du récent Synode sur la synodalité (2021-2024), tributaire du tournant pneumatologique, et le geste de Saint Basile dans son opuscule Sur le Saint Esprit (375), reçu par le concile de Constantinople (391) et cité par le Document final du Synode (2024). Tirant profit de la force heuristique de cette analogie historique entre deux espaces sociétaux et ecclésiaux profondément différents, on peut comprendre que l’insistance spécifique du Synode sur les processus « spirituels » de discernement et de décision, restés implicites au IVe siècle, pose la question des critères de discernement et, par ce biais, celle de la fonction « régulatrice », à exercer par la pneumatologie dans une doctrine trinitaire ajustée aux évolutions de nos sociétés sécularisées. La dernière

Dieu est un car Père et Fils dans l’Esprit Saint

La pneumatologie représente-t-elle une voie privilégiée pour énoncer un monothéisme proprement trinitaire ? Répondre à cette question est aussi s’interroger sur la façon dont la pneumatologie peut offrir une issue au débat introduit par des modélisations triadologiques opposant monarchie, unité d’essence et périchorèse. Nous nous efforcerons de montrer les voies ouvertes en ce sens par le renouveau pneumatologique contemporain stimulé par les avancées de l’exégèse et les dialogues œcuméniques.

La pluralité des fonctions dévolues à la pneumatologie en théologie contemporaine

La théologie trinitaire contemporaine a replacé au centre de sa réflexion la personne même de Jésus Christ, comme celui qui nous révèle le Père et nous donne l’Esprit saint. Ce qui peut sembler aujourd’hui comme une évidence est pourtant le fruit d’un travail important qui marque fortement la théologie de la 2nde moitié du XXe siècle. Congar en est un témoin significatif, en particulier dans son essai de penser la place de l’Esprit Saint en christologie. Critique par rapport à la théologie classique du Verbe incarné, sa proposition ne parvient sans doute pas, cependant, à la rendre caduque. Une relecture de Congar montre combien est nécessaire l’articulation des articles de la foi entre eux, spécialement Incarnation, Pneumatologie et Trinité. C’est dans cette articulation que la théologie dogmatique exerce une des formes majeures de sa rationalité.