Comment la théologie fait-elle face à la violence en Afrique ?

Le génocide de 1994 au Rwanda constitue un tournant critique pour la réflexion théologique en Afrique, en particulier pour la compréhension de la foi chrétienne dans un continent où le christianisme occupe une place prépondérante. Ce drame, survenu dans un pays majoritairement chrétien, interroge en profondeur le lien entre foi, identité et violence. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les travaux du théologien ougandais Emmanuel Katongole, dont l’œuvre s’efforce de penser la foi chrétienne à l’aune des blessures de l’histoire africaine contemporaine. Face aux logiques de violence politique fondées sur l’identité ethnique, Katongole propose une reconfiguration de l’appartenance chrétienne comme chemin vers un « nouveau nous » : une communauté de fils et filles de Dieu qui transcende les appartenances ethniques, raciales ou nationales. Cet article se propose de présenter l’auteur, encore peu connu dans l’espace francophone, son parcours intellectuel, ses principales publications ainsi que les grands axes de sa pensée théologique.

L’émergence d’une sensibilité apocalyptique dans l’histoire

L’apocalyptique ressort d’une sensibilisation particulière à l’événement vécu et à l’histoire, apparue dans l’Antiquité, qui utilise un système de représentations spécifique et qui ne se réduit pas à une matrice biblique. Une approche comparative de la littérature antique à l’époque hellénistique et romaine fournit les critères d’identification d’un événement apocalyptique : catastrophisme opposé au prévisionisme éclairé des Grecs et à leur principe de restauration, succession et chute des empires, désertion de(s) Dieu(x), renversement des situations et des valeurs, violence.  L’apocalyptique antique a produit une littérature de résistance culturelle et religieuse dans une période de persécution ou de rébellion. Elle participe de la construction d’une identité communautaire en ouvrant des possibilités d’action opposées allant de la résistance passive à l’action violente.

Bible et violence : quelles dialectiques ?

La Bible entretient avec la violence des relations complexes, d’ordre dialectique. En relisant quelques textes en fonction de leur teneur cathartique, et selon le principe exégétique et herméneutique de l’analogie de la foi, nous pouvons les comprendre comme une entreprise de déconstruction et de délégitimation de la violence. Le processus qui met en œuvre diverses stratégies littéraires semble être une condition requise pour proposer une éthique et une spiritualité de la non-violence.

Les fondements de l’herméneutique rabbinique du contournement de la violence

Face aux violences contemporaines commises au nom de la religion, est-il possible de découvrir dans l’univers herméneutique de sa propre tradition les ressorts humains qui permettent de mettre en échec ces violences ? L’analyse détaillée de deux textes rabbiniques sur la violence de certaines injonctions de la Torah relatives aux enfants illégitimes nous servira de cadre pour comprendre comment les rabbins d’antan, par un travail herméneutique de contournement de la violence, savaient déjouer les pièges des violences scripturaires. Leur savoir passé doit pouvoir nous aider à faire face aux dangers de fanatismes qui minent aujourd’hui les mondes religieux.