Apocalypse et livres sapientiaux

La fièvre apocalyptique est un phénomène récurrent qui se présente comme une crise à  la fois sociale et symbolique qui subvertit l’articulation spatio-temporelle constitutive d’un monde. C’est l’amplification imaginaire, quasi panique, de maux collectifs face auxquels l’espérance paraît en défaut. L’Apocalypse biblique a longtemps alimenté cet imaginaire. Or, dans le catastrophisme contemporain, né d’une angoisse écologique anticipant le pire, l’apocalyptique s’est sécularisé : la Nature (re)devient une figure mythique ; elle se vengerait d’avoir été abusée. Face à cette sorte de pathos collectif, quelle sagesse, quelle retenue sont–elles possibles ? Il se trouve que, dans le corpus biblique, l’opposition de deux types de temporalité – sous le signe de la fin des temps et sous celui d’une certaine continuité – a donné lieu à un travail symbolique intense dont on peut dire, en assumant le risque de toute interprétation, qu’il vise à limiter chacun de ces types par l’autre, donc à conjuguer « poétiquement » désespoir et confiance raisonnée, sinon dans le monde, du moins dans un « monde possible ».

L’émergence d’une sensibilité apocalyptique dans l’histoire

L’apocalyptique ressort d’une sensibilisation particulière à l’événement vécu et à l’histoire, apparue dans l’Antiquité, qui utilise un système de représentations spécifique et qui ne se réduit pas à une matrice biblique. Une approche comparative de la littérature antique à l’époque hellénistique et romaine fournit les critères d’identification d’un événement apocalyptique : catastrophisme opposé au prévisionisme éclairé des Grecs et à leur principe de restauration, succession et chute des empires, désertion de(s) Dieu(x), renversement des situations et des valeurs, violence.  L’apocalyptique antique a produit une littérature de résistance culturelle et religieuse dans une période de persécution ou de rébellion. Elle participe de la construction d’une identité communautaire en ouvrant des possibilités d’action opposées allant de la résistance passive à l’action violente.