Quelle rationalité pour quelle conversion écologique ?

La conversion écologique suppose de choisir – plutôt que subir – un bouleversement des habitudes et des modes de vie et de multiples transformations institutionnelles, afin de créer les conditions de sociétés moins inhospitalières aujourd’hui et demain. Entendue comme un cheminement intérieur et pratique, transdisciplinaire et holistique, individuel et collectif, elle appelle à de profondes révisions de nos manières de penser et d’agir, à toutes les échelles. L’approche épistémologique des six portes du Manuel de la Grande Transition, conçu dans le cadre de l’expérience vécue au Campus de la Transition, est présentée.

Soin, santé et guérison : des expressions modernes du salut ?

Entre l’englobant du discours salutaire propre aux traditions religieuses qui portent une espérance par une disponibilité ouverte au temps, et l’englobant du discours sanitaire qui a désenchanté les espérances en parlant d’espérance de vie, faut-il choisir ? Le conflit des interprétations qui les oppose tend à réduire les enjeux de santé à des questions techniques et positives, confondant un matérialisme de méthode avec un matérialisme philosophique. De l’autre, il fait des enjeux de salut des questions éthérées, comme si elles ne pouvaient être sources de savoirs. Penser et panser ensemble santé et salut, au plus près de l’existence humaine dans les limites que lui impose l’épreuve de sa vulnérabilité, n’invitent-ils pas à résister à vouloir trop vite donner du sens, ou à résorber dans une perspective téléologique, l’épreuve du malheur qu’engendre le mal subi, invitant à habiter ce trouble ?

De l’éprouvé du chaos à la vie avec l’incertitude

Comment, en situation d’incertitude, des personnes peuvent-elles cheminer afin de déterminer, individuellement et collectivement, ce qu’il semble juste de faire ? Est-il possible de tirer parti de l’expérience du soin et de l’accompagnement auprès des grands malades ainsi que de la Covid comme terrains d’analyse afin de tenter de repérer ce qui permet de reconnaître, demeurer, avancer dans l’incertitude ? En contexte de soin, la confrontation à l’incertitude peut engendrer un cheminement en trois étapes. Tout d’abord, c’est l’éprouvé d’une crise en soi  vécue comme un « chaos ». Puis, peut venir l’accueil d’une incertitude. Et enfin, il s’agit de vivre avec elle dans une perspective éthique sans prétendre pour autant la faire disparaître. On décrira ici chacun de ces états, en essayant de définir les conditions qui favorisent ou empêchent d’en faire un cheminement progressif.

Apocalypse et livres sapientiaux

La fièvre apocalyptique est un phénomène récurrent qui se présente comme une crise à  la fois sociale et symbolique qui subvertit l’articulation spatio-temporelle constitutive d’un monde. C’est l’amplification imaginaire, quasi panique, de maux collectifs face auxquels l’espérance paraît en défaut. L’Apocalypse biblique a longtemps alimenté cet imaginaire. Or, dans le catastrophisme contemporain, né d’une angoisse écologique anticipant le pire, l’apocalyptique s’est sécularisé : la Nature (re)devient une figure mythique ; elle se vengerait d’avoir été abusée. Face à cette sorte de pathos collectif, quelle sagesse, quelle retenue sont–elles possibles ? Il se trouve que, dans le corpus biblique, l’opposition de deux types de temporalité – sous le signe de la fin des temps et sous celui d’une certaine continuité – a donné lieu à un travail symbolique intense dont on peut dire, en assumant le risque de toute interprétation, qu’il vise à limiter chacun de ces types par l’autre, donc à conjuguer « poétiquement » désespoir et confiance raisonnée, sinon dans le monde, du moins dans un « monde possible ».

Bulletin de Théologie morale (101/2 – 2013)

Depuis que notre équipe a repris ce bulletin bibliographique en théologie morale, nous avons à cœur de mettre en valeur les nouveaux intérêts qui marquent la recherche contemporaine. Cette fois-ci, nous ouvrons notre livraison des ouvrages recensés à une nouvelle thématique, celle de la vulnérabilité et de l’éthique de l’hospitalité et du prendre soin (III). On notera comme dans nos bulletins précédents le souci qu’ont les moralistes de faire l’histoire de leur discipline (I) et d’explorer de nouvelles méthodes pour honorer son objet (II). I. L’histoire de la morale 1. Gay Jean-Pascal, Morales en conflit. Théologie et polémique au Grand siècle (1640-1700), Cerf, Paris, 2011, 984 p. 2. Keenan James F., A History of Catholic Moral Theology in the Twentieth Century. From Confessing Sins to Liberating Consciences, Continuum International Publishing Group, New York, 2010, 248 p. 3. Demmer Klaus, Living the Truth : A Theory of Action, « Moral Traditions Series », Georgetown University Press, Washington D.C., 2010, 164 p. 4. Lemoine Laurent, Psychanalyse