Nos traditions théologiques revisitées pour faire face au défi écologique

 « Elle passe, la figure de ce monde ». C’est ainsi que l’apôtre Paul mettait en garde il y a deux millénaires. Le présent exposé examinera, parmi les sources de la tradition, celles qui, au lieu de déplorer une stabilité perdue, considèrent plutôt le cycle de genesis et de phthora, de venue à l’existence et de disparition, comme le processus par lequel Dieu amène l’ensemble de la création au résultat final prévu dès le commencement. Nous allons voir qu’il faut pour cela prendre au sérieux la proclamation de l’Évangile selon lequel la vie advient par la mort, un don qui, à son tour, libère la création afin qu’elle fleurisse d’une manière que nous ne pouvons même pas imaginer.

Le Dieu des vivants

La quête de salut peut être configurée autour de trois axes : la vie est-elle réductible au biologique ou peut-on lui donner sens à partir d’une transcendance ? l’histoire n’est-elle que violence et chaos ou peut-on la lire selon un régime d’espérance ? entre devenir et altérité, comment le sujet peut-il comprendre sa propre identité ? L’article examine l’universalité de ces questions, la diversité des réponses apportées et la manière dont elles sont traitées par le christianisme.

La mort de la mort : de quelle immortalité parlons-nous ?

La possibilité d’une immortalité n’a cessé de préoccuper l’humanité. Certains affirment que celle-ci serait de l’ordre du passé, à la suite de la thèse heideggérienne de la finitude ontologique de l’homme. Dans cette optique, le temps est envisagé à partir de la mort, à savoir qu’il est clos de manière a priori. D’autres, au contraire, soutiennent que la temporalité est ouverte et que le « progrès » historique et technoscientifique permet à l’homo faber de dépasser la mort individuelle. Après une discussion critique de ces positions et de leurs présupposés, l’article aborde la question de l’immortalité renvoyant à une anthropologie du don. Celui-ci se situe au plan de la créature recevant gratuitement la vie ou de l’espérance qui implique une attitude de disponibilité réceptive et qui échappe à tout contrôle.

Apocalypse et livres sapientiaux

La fièvre apocalyptique est un phénomène récurrent qui se présente comme une crise à  la fois sociale et symbolique qui subvertit l’articulation spatio-temporelle constitutive d’un monde. C’est l’amplification imaginaire, quasi panique, de maux collectifs face auxquels l’espérance paraît en défaut. L’Apocalypse biblique a longtemps alimenté cet imaginaire. Or, dans le catastrophisme contemporain, né d’une angoisse écologique anticipant le pire, l’apocalyptique s’est sécularisé : la Nature (re)devient une figure mythique ; elle se vengerait d’avoir été abusée. Face à cette sorte de pathos collectif, quelle sagesse, quelle retenue sont–elles possibles ? Il se trouve que, dans le corpus biblique, l’opposition de deux types de temporalité – sous le signe de la fin des temps et sous celui d’une certaine continuité – a donné lieu à un travail symbolique intense dont on peut dire, en assumant le risque de toute interprétation, qu’il vise à limiter chacun de ces types par l’autre, donc à conjuguer « poétiquement » désespoir et confiance raisonnée, sinon dans le monde, du moins dans un « monde possible ».

Le temps de l’existence et le sens de l’histoire dans l’Apocalypse de Jean

Le livre de l’Apocalypse est l’un des très grands textes de l’humanité. Par le relais d’utopistes mais surtout d’artistes, aux moments de graves crises sociales, sa voix n’a cessé de retentir dans l’histoire. Adoptant le langage du mythe, apte à traverser siècles et cultures, elle énonce un diagnostic profond des maux structurels de l’homme et de l’humanité, l’existence n’étant qu’une succession de séquences de survie. D’où l’annonce des conditions mêmes de la vie, et l’offre à chacun des humains de l’infaillible espoir de l’avènement de celle-ci. Voilà ce que « révèle » ce fascinant écrit à l’optimisme paradoxal : en grec, apokalupsis, « révélation ».

Nomination de Dieu, invocation de Dieu. Une typologie des manières de s’adresser à Dieu dans la Bible

Il est proposé de postuler qu’aux figures plurielles d’un soi répondant à l’appel divin polymorphe correspondent des manières de s’adresser à Dieu : à une identité fondée correspondrait la louange, à une identité ébranlée la supplication et à une identité à la fois singularisée et universalisée la confession. L’hypothèse sert de mode opératoire pour un sujet dont le traitement pourrait courir le risque de demeurer descriptif. Ces manières mêmes de s’adresser à Dieu sont révélatrices de Celui qui en est le destinataire, de sorte que s’impose encore l’interrogation de la nomination de Dieu. On évitera de simplifier le propos en soulignant la perméabilité et la circularité des catégories.