Pourquoi et comment Dieu devrait-il sauver le monde ?

Cet article passe en revue différentes conceptions du salut divin, leurs programmes et leurs centres d’intérêt. Inspirée par la théologie augustinienne du péché, de la concupiscence et de la dépravation des hommes, un certain type de sotériologie oblige Dieu à sauver l’être humain du péché individuel et de la damnation. La christologie y est dès lors définie en référence à une certaine conception des besoins humains. L’alternative pourrait consister en ce que la théologie se concentre sur le déploiement de la volonté divine relative à la création et, en elle, à l’humanité. La christologie pourrait alors révéler l’offre gracieuse d’amour de Dieu en Jésus Christ pour et avec l’humanité, de même que l’œuvre divine de réconciliation à travers le réseau de relations d’amour interdépendantes et dynamiques : l’amour divin et notre amour de Dieu, des uns les autres, de l’œuvre divine ininterrompue de création et de réconciliation, et notre amour pour notre propre être émergeant de la sorte. La critique des

Soin, santé et guérison : des expressions modernes du salut ?

Entre l’englobant du discours salutaire propre aux traditions religieuses qui portent une espérance par une disponibilité ouverte au temps, et l’englobant du discours sanitaire qui a désenchanté les espérances en parlant d’espérance de vie, faut-il choisir ? Le conflit des interprétations qui les oppose tend à réduire les enjeux de santé à des questions techniques et positives, confondant un matérialisme de méthode avec un matérialisme philosophique. De l’autre, il fait des enjeux de salut des questions éthérées, comme si elles ne pouvaient être sources de savoirs. Penser et panser ensemble santé et salut, au plus près de l’existence humaine dans les limites que lui impose l’épreuve de sa vulnérabilité, n’invitent-ils pas à résister à vouloir trop vite donner du sens, ou à résorber dans une perspective téléologique, l’épreuve du malheur qu’engendre le mal subi, invitant à habiter ce trouble ?

Le Dieu des vivants

La quête de salut peut être configurée autour de trois axes : la vie est-elle réductible au biologique ou peut-on lui donner sens à partir d’une transcendance ? l’histoire n’est-elle que violence et chaos ou peut-on la lire selon un régime d’espérance ? entre devenir et altérité, comment le sujet peut-il comprendre sa propre identité ? L’article examine l’universalité de ces questions, la diversité des réponses apportées et la manière dont elles sont traitées par le christianisme.

Le salut – un défi pour la théologie

La question du salut, centrale en théologie chrétienne, se heurte à l’incompréhension de nombreuses personnes aujourd’hui : « de quoi » faut-il être sauvé ? La théologie chrétienne, à travers ses sous-disciplines, se doit donc de penser à nouveaux frais cette question, en évitant de la réduire au « sens de la vie ». Ne s’agit-il pas plutôt du rétablissement d’une relation, là où la rupture dominait ? Alors qu’on associe encore souvent le salut à la vie éternelle et l’au-delà, l’inscription du salut dans notre histoire, dans la pâte humaine et dans la création, comme « délivrance » du mal qui nous menace toujours et encore, continue d’être déterminante, y compris face aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui.

L’ekphrasis salutaire

Le Moyen Âge a-t-il manifesté une espérance de Salut pour le Cosmos ? Notre monde n’étant pas d’abord un objet d’étude ou de délibération, mais l’écosystème de la pensée et de l’expression humaines, nous chercherons à montrer comment la matière épaisse et chaotique d’une Création aspirant au Salut a pu être le support d’un langage théologique surgi en amont des langages plus spéculatifs qui tinrent cette matière à distance. En nous appuyant sur le concept d’ekphrasis, nous tâcherons de montrer qu’au XIIe siècle les visions ont été, par leur matériau et leur forme cosmiques, d’authentiques discours sotériologiques aux dimensions de la Création. Ces visions dressées dans l’histoire restent pour le théologien une invitation à se réapproprier la capacité exploratoire de la poétique.

La théologie rahnérienne de la grâce et « L’Église et les autres »

Le travail théologique de Rahner a accompagné Vatican II dans son changement de regard sur les autres religions. L’originalité de Rahner a été de dire comment des hommes peuvent être sauvés en dehors d’une foi explicite au Christ. Ce comment est fondé dans sa théologie de la grâce : tout être humain est destinataire de l’offre de la grâce divine, et reçoit la capacité de s’y ouvrir.

La vie éternelle : corporelle, dynamique et universelle ?

Le mystère de la vie éternelle est appréhendé à partir de ce qui lui est le plus radicalement propre : son centre christologique et trinitaire. C’est à la lumière de celui-ci que sont affrontées trois questions – choisies pour leur importance intrinsèque et leur place dans les débats contemporains – touchant respectivement à la corporéité, à la temporalité et à l’universalité de la vie éternelle. La première est abordée en référence aux débats sur la résurrection dans la mort et à la possibilité de penser la conformation au Christ à la lumière de la phénoménologie et de l’ontologie structurale ; la seconde, à partir de la tension entre stabilité de la béatitude et vitalité du désir ; la troisième, en tenant compte des enjeux de l’espérance d’un salut universel et de la puissance des arguments de l’universalisme contemporain.

Salut et technique

Vaincre la mort par des moyens techniques : telle est la perspective qui unit les diverses aspirations du mouvement transhumaniste, pointe avancée de la technoscience contemporaine. Comment une croyance religieuse a-t-elle pu ainsi se transformer en programme scientifique ? Pour répondre à cette question, l’article examine le rapport entre apocalyptique et sagesse et plus largement entre langage mythopoïétique et langage rationnel, en interrogeant notamment Paul et la Sagesse de Salomon.

Le construit-déconstruit des âges de la vie

Le concept d’âges de la vie est un construit social qui a connu des développements divers au cours des siècles. Les mutations contemporaines (augmentation de l’espérance de vie, technologisation de l’existence, morcellement du travail professionnel, mobilités, recomposition des familles…), transforment et remodèlent la segmentation de l’existence. L’auteur propose un état des lieux identifiant quelques-unes des ruptures récentes les plus significatives, avec leurs conséquences paradoxales : brouillage des âges, lutte des âges, solidarité intergénérationnelle, déconstruction et recomposition des segments du cycle de vie, reconfiguration des rôles… pouvant faire préférer l’idée de parcours de vie à celle d’âge de la vie. L’auteur discute enfin du rôle et de la place de la théologie chrétienne dans ces évolutions et en particulier à l’aune des promesses transhumanistes qui ne manquent pas de l’interpeler.