Note sur quatre ambiguïtés du pardon

Cet article entend déployer quatre ambiguïtés du pardon propres à en fragiliser le concept et à inspirer une certaine réserve devant son invocation tous azimuts. Le pardon répète d’abord le caractère contradictoire du temps, selon lequel tout est déjà passé et rien pourtant jamais ne passe (I). D’autre part, il semble exiger à la fois l’effacement et l’approfondissement du mal accompli, se donnant alors soit comme événement soit comme processus (II). Ensuite, il complique l’alternative souvent caricaturale entre la justice et la grâce et exige que la seconde affleure à partir de la première (III). Enfin, il tend à configurer une relation entre offenseur et offensé dans laquelle se rejoue ou s’inverse la relation de domination à laquelle il est censé mettre un terme (IV). – Ces quatre ambiguïtés interdisent tout moralisme du pardon.

Le salut – un défi pour la théologie

La question du salut, centrale en théologie chrétienne, se heurte à l’incompréhension de nombreuses personnes aujourd’hui : « de quoi » faut-il être sauvé ? La théologie chrétienne, à travers ses sous-disciplines, se doit donc de penser à nouveaux frais cette question, en évitant de la réduire au « sens de la vie ». Ne s’agit-il pas plutôt du rétablissement d’une relation, là où la rupture dominait ? Alors qu’on associe encore souvent le salut à la vie éternelle et l’au-delà, l’inscription du salut dans notre histoire, dans la pâte humaine et dans la création, comme « délivrance » du mal qui nous menace toujours et encore, continue d’être déterminante, y compris face aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui.

Immédiateté médiatisée ou la médiation du langage théologique repensée par Rahner

Les locutions « symbole réel » et « immédiateté médiatisée » véhiculent des choix à la fois métaphysiques et théologiques fondamentaux que Karl Rahner pose à partir du paradigme christologique. Leur force heuristique, pour considérable qu’elle soit, aboutit pourtant à une critique de la médiation du langage théologique. Parce que Dieu se donne en immédiateté médiatisée, le langage est capable d’un discours théologique dont la qualité est à la mesure d’une conscience paradoxale, celle de son impuissance. Ainsi, la théologie accomplit d’autant mieux sa mission qu’elle sait recourir à la blessure du langage.

Karl Rahner et l’œcuménisme : un plaidoyer pour l’audace

L’engagement et le souci œcuméniques de Karl Rahner ne sont plus à démontrer. Il demeure toutefois intéressant et important d’en préciser les contours, au fil d’une œuvre où le thème de la grâce représente une sorte de fil rouge tout sauf marginal. La présente contribution s’attache à trois aspects de cette œuvre, à savoir la question du thème ou de l’objet même de la théologie, la question de la grâce incréée et créée, et enfin les audacieuses thèses de Rahner et de Fries sur l’unification des chrétiens.

Transcendantal, catégorial et expérience de la grâce

Cet article interroge l’évidence avec laquelle on parle de l’importance du transcendantal dans la théologie de Karl Rahner. Il défend la thèse selon laquelle les références philosophiques, réelles, ne doivent pas masquer l’usage théologique qui en est fait. On distingue trois usages du concept « transcendantal » chez Rahner, et l’on discute surtout le sens dans lequel il forme un couple avec « catégorial ».

La théologie rahnérienne de la grâce et « L’Église et les autres »

Le travail théologique de Rahner a accompagné Vatican II dans son changement de regard sur les autres religions. L’originalité de Rahner a été de dire comment des hommes peuvent être sauvés en dehors d’une foi explicite au Christ. Ce comment est fondé dans sa théologie de la grâce : tout être humain est destinataire de l’offre de la grâce divine, et reçoit la capacité de s’y ouvrir.

Incarnation et Grâce

Par la façon dont il unit l’anthropologie à la christologie, Karl Rahner invite à considérer l’ensemble de la création et du salut dans un même mouvement. Il s’agit toujours, dans sa théologie, de cette « violence inouïe de l’amour de Dieu » qui s’offre à l’histoire, et de la libre volonté de l’homme qui, par grâce, souvent, s’y allie. Par union entre l’amour qu’est Dieu et la libre détermination de soi qu’est l’homme se construit tout ce qui vit véritablement et tout ce qui demeure – le Christ lui-même. C’est là l’unique réalité qui vaille : l’incarnation de la grâce, qui forme l’histoire, selon le mouvement de l’Union hypostatique et la personne historique de Jésus-Christ. Le rapport de la grâce à l’incarnation dessine un centre interprétatif de la théologie de Karl Rahner et en permet une approche cohérente. La constance de ce fondement apparaît dans tous les textes du corpus. Rahner lui-même cerne et rappelle régulièrement l’audace de cette approche, dont la théologie contemporaine n’a

Le « doux secret de Ta grâce »

L’approche rahnérienne de la vie spirituelle « dans la grâce » présente une véritable théologie de l’expérience spirituelle qui prend en charge les questions de fond que rencontrent toute vie et toute théologie spirituelle ; tout en étant théologique, elle respecte le caractère propre de l’expérience spirituelle en sa différence d’avec la théologie systématique. La fluidité de la grâce, sa capacité à articuler transcendance et immanence mais aussi initiative de Dieu et liberté humaine, le rapport qu’elle entretient avec les affirmations dogmatiques de la foi chrétienne sont des atouts précieux pour une théologie spirituelle fondamentale dans un contexte où le spirituel est sorti de la seule sphère chrétienne.

L’artiste et la grâce du Christ

Lorsque le théologien d’Innsbruck propose de discerner des expériences de la grâce, il fait appel aux diverses expériences de la vie en lesquelles notre esprit se dévoile dans sa transcendance propre. Or l’expérience artistique est précisément un lieu concret où peut se vivre cette transcendantalité de l’esprit. Plus encore l’expérience proprement créatrice, parce qu’elle est un acte fondamentalement libre, place inéluctablement l’artiste sous l’offre universelle de la grâce du Christ en tant que celle-ci est un existential permanent de l’homme. L’artiste, s’exprimant à partir de lui-même, peut être ainsi témoin, ne serait-ce qu’anonymement, de l’événement de la grâce. Ces réflexions rahnériennes sur l’art supposent une compréhension de la sensibilité dans son unité indivise avec l’esprit et son ouverture à un horizon infini.

Réception francophone de Karl Rahner

La réception francophone de l’œuvre de Karl  Rahner est envisagée sous l’angle du potentiel qu’elle représente pour l’initiation à la recherche théologique à l’université. La communication expose les difficultés que comporte l’étude de Rahner, quarante ans après sa disparition, ainsi que les conditions à satisfaire pour que cet apprentissage porte les fruits espérés.