Théologie, histoire et réflexivité sociale

Dans le cadre d’une problématisation des rapports de la théologie et des sciences sociales, le texte d’Edmond Ortigues intitulé « Lettre à Rome », daté de 1952, apparaît comme un document décisif : le jeune théologien, dans des circonstances difficiles, argumente avec force en faveur d’un renouvellement historique et sociologique de la doctrine et de la pratique ecclésiastiques dont il dénonce les effets de blocage pour la vie et l’engagement religieux des acteurs catholiques, au premier plan desquels, les clercs. C’est à un effort réflexif de l’intelligence de la foi qu’en appelle Ortigues, puisant dans l’idée de culture, tacitement issue de sa connaissance du culturalisme américain (savoir social « de pointe » dans ces premières années 1950), le socle d’une nécessaire conscience culturelle de soi. Ce texte fonctionne dès lors comme le premier jalon d’un itinéraire philosophique qui conduira cet auteur vers la mise au centre de l’histoire critique du projet d’une philosophie de la religion.

L’écologisme entre science et religion ?

L’écologie politique est accusée à la fois de scientisme et de religiosité, c’est l’une des raisons pour lesquelles le courant est fréquemment considéré comme antimoderne et dangereux. Cet article entend clarifier les termes de la controverse et dans ce but revenir sur les rapports entre science et religion, en politique, notamment revisiter le concept de religion séculière. Avec l’aide d’A.N. Whitehead nous montrons que le possible est à la fois l’une des catégories les plus centrales du politique, et celle où tend à s’effacer la différence entre les affirmations relevant de la science et celles impliquant une certaine définition de la religion.

Karl Rahner et l’œcuménisme : un plaidoyer pour l’audace

L’engagement et le souci œcuméniques de Karl Rahner ne sont plus à démontrer. Il demeure toutefois intéressant et important d’en préciser les contours, au fil d’une œuvre où le thème de la grâce représente une sorte de fil rouge tout sauf marginal. La présente contribution s’attache à trois aspects de cette œuvre, à savoir la question du thème ou de l’objet même de la théologie, la question de la grâce incréée et créée, et enfin les audacieuses thèses de Rahner et de Fries sur l’unification des chrétiens.

La fécondité philosophique du « soubassement » transcendantal de la théologie de Rahner

L’acte philosophique, tel qu’il est convoqué par la manière dont Rahner fait de la théologie : tel sera le champ exploré. L’enjeu en paraît actuel, car il interroge le mode de présence du discours théologique dans l’ensemble des discours rendant compte de l’homme et de ses visions du monde. Des débats récents et non encore dépassés s’en trouvent convoqués, comme les clivages du début du XXe siècle à propos de la méthode d’immanence, ou le destin du transcendantal dans la philosophie contemporaine.

Philosophes devant l’histoire

La philosophie ne s’est pas toujours intéressée à l’histoire, entendue comme développement immanent de l’aventure humaine, finalisé vers un but atteignable par l’industrie des hommes. Un tel intérêt est désormais compromis devant le constat des désillusions engendrées par ces grandes épopées idéologiques. Dès lors faut-il s’incliner devant le fait que présentisme et fatalité dominent désormais pensée et action ? Et si oui, à quel prix ?

Bulletin philosophie et christianisme (105/1 – 2017)

Institut catholique de Paris – Université Humboldt de Berlin Les ouvrages recensés dans le présent bulletin s’inscrivent dans une ellipse dont les deux foyers, qui ne se confondent pas avec un partage disciplinaire strict, sont la « religion » et «l’homme ». I. Introduire philosophiquement à la « philosophie de la religion » 1. Delecroix Vincent, Ceci n’est point le pays de la vérité. Introduction à la philosophie de la religion, Félin, Paris, 2015, 1009 p. 2. Perone Ugo, L’essenza della religione, Queriniana, Brescia, 2015, 135 p. 3. Bancalari Stefano, Logica dell’épochè. Per un’introduzione alla fenomenologia della religione, ETS, Pisa, 2013, 306 p. II. Autour du théologico-politique 4. Delecroix Vincent, Apocalypse du politique, Desclée de Brouwer, Paris, 2016, 363 p. 5. Valadier Paul, Sagesse biblique, sagesse politique, Salvator, Paris, 2015, 187 p. III. Questions disputées 6. Guibal Francis, Faut-il renoncer à la métaphysique ?, Facultés Jésuites de Paris, Paris, 2016, 276 p. 7. Capelle-Dumont Philippe, Finitude et Mystère III, « Philosophie & Théologie », Éd. du Cerf, Paris, 2016, 233 p. 8. Dalferth

Bulletin théologie systématique : Dieu-Trinité (105/1 – 2017)

Institut Catholique de Paris – Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses Collège doctoral « Religion, culture et société » (EA 7403) Par le choix de quelques ouvrages d’importance – dont certains ne bénéficient que d’une diffusion trop confidentielle – nous signons notre premier bulletin de théologie trinitaire jusqu’alors tenu magistralement par Christoph Theobald. Une deuxième livraison laissera la part belle à la littérature théologique s’enquérant de la doctrine trinitaire sous l’angle de nouvelles synthèses. Ce premier bulletin est d’intention plus modeste, centré sur des tentatives de relecture critique d’une tradition de pensée tributaire d’une grammaire conceptuelle puisant ses ressources dans l’organon métaphysique. Les ouvrages en question sont déjà des tentatives de « sortie » ou de refonte des catégories d’usage. Il y a encore en théologie trinitaire un « impensé », virtuellement contenu dans des catégories qui semblent, à première vue, avoir épuisé, ou pire, avoir résolu l’indicible et le révélé. Le bulletin s’ouvre par une Trinité contestée, au siècle de Louis le Grand, et c’est l’ombre de Platon qui vient

Bulletin d’anthropologie théologique (104/4 – 2016)

Université catholique de Lille – Faculté de théologie Le premier bulletin d’anthropologie théologique s’était ouvert par une présentation de la discipline et de ses subdivisions, suivie d’une recension spécialement approfondie de la Theologische Anthropologie de Thomas Pröpper (2011). Il s’était conclu par un questionnement sur la future réception de cette œuvre monumentale. Puisque plusieurs ouvrages recensés dans ce second bulletin y contribuent, le lecteur est invité à se reporter à ladite recension (RSR 101/2 [2013]) et à l’article sur « Grâce et liberté » (RSR 102/1 [2014]) dans lequel elle a été complétée. Dans les pages qui suivent, il sera fait plusieurs fois référence à l’ontologie structurale que, sous autant de variantes, trois philosophes ont élaborée dans les dernières décennies, en opposition déclarée à l’ontologie classique de la substance. Ces réflexions, quoique pénétrantes, créatives et particulièrement propices au renouvellement de la pensée métaphysique en théologie, sont peu connues en France. En voici donc une évocation synthétique. Elles furent proposées successivement par le grand philosophe

Est-ce la tâche de « la droite raison » que de « démontrer les fondements de la foi » ?

Exposant la pensée de Dubarle et de Schaeffler sur les relations entre philosophie et théologie, ou plutôt sur l’intérêt d’un exercice philosophique pour la théologie, l’article défend la thèse selon laquelle la recherche de fondements philosophiques pour la théologie résulte d’une naturalisation de la foi religieuse, et d’une confusion entre foi et savoir.