Karl Rahner et l’œcuménisme : un plaidoyer pour l’audace

L’engagement et le souci œcuméniques de Karl Rahner ne sont plus à démontrer. Il demeure toutefois intéressant et important d’en préciser les contours, au fil d’une œuvre où le thème de la grâce représente une sorte de fil rouge tout sauf marginal. La présente contribution s’attache à trois aspects de cette œuvre, à savoir la question du thème ou de l’objet même de la théologie, la question de la grâce incréée et créée, et enfin les audacieuses thèses de Rahner et de Fries sur l’unification des chrétiens.

Le ministère dans et pour la communauté

Au plan œcuménique, quelles sont les difficultés en théologie du ministère, ordonné plus spécifiquement, au sein et au service de la communauté ? Pour recenser et analyser consensus et divergences, l’étude explore trois types de dialogue particulièrement significatifs : (I) un dialogue multilatéral de Foi et Constitution du COE, le BEM (Baptême, Eucharistie, Ministère, 1982) ; (II) un dialogue bilatéral international de la Commission luthéro-catholique sur L’Apostolicité de l’Église (2006) ; (III) le dialogue bilatéral non officiel du Groupe des Dombes, aboutissant en 1972 à l’accord audacieux Pour une réconciliation des ministères.

Église catholique, réforme et méthodologie oecuménique

La méthodologie du consensus différencié, mise en œuvre dans le dialogue luthéro-catholique, a permis d’obtenir un accord historique sur la justification. Elle a d’ores et déjà pu être appliquée à d’autres sujets. Elle ne saurait toutefois être considérée comme la voie unique dans le processus de recomposition de l’unité. Une meilleure articulation avec la notion de réforme permet de mettre en évidence ce que l’interpellation luthérienne garde d’actuel, sans pour autant figer le débat à un stade historique de cimentation des différences confessionnelles.

La notion d’apostolicité selon Vatican II

Dans les recherches sur Vatican II, la notion d’apostolicité n’a pas été sujet d’une étude détaillée, bien qu’elle soit un des fondements de l’ecclésiologie. Notre étude est un premier essai. Le terme est intimement relié à la mission de l’Église. Apostolicité invoque toujours une manière de vivre et une doctrine. La personne et la prédication du Christ sont centrales : les apôtres, les évêques, les prêtres, les laïcs doivent s’engager dans la ligne du fondateur. Le rôle central du successeur de Pierre crée des tensions profondes dans les relations internes (primauté versus collégialité ; centralité versus autonomie des Églises locales). Dans les relations avec les autres dénominations chrétiennes, la place centrale du Saint Siège cause aussi des problèmes, même si le concile Vatican II a souligné les valeurs évangéliques réalisées par les autres Églises et dénominations chrétiennes.