Hommes et femmes, discerner ensemble la tradition de l’Évangile

Dans les débats actuels qui traversent l’Église catholique, les voix féministes sont parfois disqualifiées a priori comme excessives, non seulement par des hommes, mais aussi par des femmes qui ont une vision négative du féminisme ou qui veulent être intégralement « loyales » envers l’Église catholique. Nous proposons ici une réflexion critique et constructive en quatre temps. Par le recours à l’épistémologie féministe telle qu’elle se définit hors du champ de la théologie, nous établirons d’abord qu’il est légitime et judicieux d’écouter avec soin les interpellations dérangeantes venant de femmes. Nous prêterons aussi attention à la voix d’une théologienne, Lucia Vantini, qui identifie dysfonctionnements et dénis dans l’Église catholique, sans congédier l’espérance. Nous argumenterons ensuite que la fructification de la charité est la visée unifiante de la tradition chrétienne, en vue de distinguer entre la tradition de l’Évangile et les traditions ecclésiales. L’objectif est de soutenir un discernement bifocal, par les hommes et les femmes en conversation, de la puissance de l’Évangile dans

Le rapport à l’Écriture chez Joseph Moingt

La question du rapport à l’Écriture condense celle du rapport entre l’histoire et le théologique. C’est central chez Moingt, et il y marque sans relâche la rupture d’ordre entre l’historique et le théologique, ce qui ne va pas sans tensions avec certaines manières de pratiquer ou de valider l’exégèse historico-critique. L’article suit cet axe de questionnement dans divers textes de Moingt, de la fin des années 1960 à la fin des années 2010. Il se penche ensuite sur la question du Jésus de l’histoire, qui vaut ici test, avant d’en venir au moment de la narrativité dont Moingt a souligné l’importance, pour ouvrir sur ce qui en est entraîné quant à la manière de penser la théologie, avec un accent mis sur un « acte de croire » transversal aux données de l’humain et du monde.

Histoire et théologie : du conflit au multilatéralisme

Le rapport histoire et théologie qui s’est noué dans la crise moderniste a trouvé une issue momentanée avec la catégorie de la tradition créatrice conçue par Maurice Blondel. Il a évolué vers une pensée herméneutique qui a influencé l’exégèse critique de la Bible et l’histoire des dogmes sans être encore aujourd’hui totalement reçue. Une situation nouvelle a découlé d’une culture marquée par subjectivation des individus et leur détraditionnalisation. Leur présent est en crise car la recherche de fondement rencontre les sociétés liquides. Une phénoménologie relisant Heidegger sous la forme d’une apocalypse de la vérité reconduirait jusqu’à Paul de Tarse pour réhabiliter le danger comme une puissance d’imagination créatrice nouvelle. À sa suite, l’article suggère que l’anamnèse chrétienne, chez le même Paul, pourrait fournir aux modernes un recours mieux averti à l’histoire.

Ordonner des pasteurs

Les déséquilibres doctrinaux de la théologie courante de l’ordination aggravent la crise actuelle du clergé. Selon la Tradition, les pasteurs étaient situés dans leur Église et en vis-à-vis d’elle. Actuellement, prêtres et évêques sont surtout envoyés à leur Église, après une ordination qui les fait personnellement prêtres ou évêques, et en second lieu pasteurs d’une Église, après coup. Cet accent sur la personne individuelle des ministres (vocation antérieure à l’appel de l’Église ; pouvoirs personnellement possédés ; identification au Christ), grève l’ecclésiologie de communion et met l’accent sur l’Église comme organisation. L’évangélisation bénéficierait du retour aux équilibres traditionnels analysés dans l’article.

Instituer l’ininstituable

La crise des abus sexuels commis par des clercs interroge la cohérence de la théologie catholique des ministères et le risque d’épuisement institutionnel des dons de l’Esprit saint. Le pôle charismatique n’est pas extérieur à l’institution mais il est un rappel intérieur de sa propre vocation et nul ne devrait pouvoir s’en arroger la propriété ni prétendre en épuiser l’infinie diversité. Pour envisager la place des ministères pastoraux dans la communauté, il convient de tenir un paradoxe : ce qui édifie l’autorité dans l’Église est en même temps ce qui la corrige et la décentre d’elle-même. La constitution eschatologique de l’Église implique pour l’autorité une non-disponibilité radicale à la fois de son fondement et de son objet. Une telle perspective vient corriger tout régime d’eschatologie réalisée qui ne prendrait pas en charge l’historicité du rapport de l’Église à son essence.

Église catholique, réforme et méthodologie oecuménique

La méthodologie du consensus différencié, mise en œuvre dans le dialogue luthéro-catholique, a permis d’obtenir un accord historique sur la justification. Elle a d’ores et déjà pu être appliquée à d’autres sujets. Elle ne saurait toutefois être considérée comme la voie unique dans le processus de recomposition de l’unité. Une meilleure articulation avec la notion de réforme permet de mettre en évidence ce que l’interpellation luthérienne garde d’actuel, sans pour autant figer le débat à un stade historique de cimentation des différences confessionnelles.

L’ancienneté dans les premières communautés chrétiennes

Quand se constituent les premières communautés chrétiennes, le presbytérat, expression et institutionnalisation du principe d’ancienneté, apparaît alors comme une structure transversale aux milieux grec et juif et non pas seulement comme un modèle hérité de la Bible. Le concept d’ « Ancien », distinct de celui de « vieillard », est relatif puisqu’il repose sur une bipolarisation et l’opposition entre les Jeunes et les Anciens. Il correspond davantage à une génération qu’à une classe d’âge précise et fournit un modèle sociétal qui privilégie l’autorité et l’expérience. La question de l’antagonisme des générations est un lieu commun de la pensée grecque. L’examen des réalités du christianisme primitif montre le principe d’ancienneté y a joué le même rôle que dans les autres communautés antiques, générant sans doute des conflits analogues. L’originalité des églises est d’avoir fait évoluer le presbytéros d’une figure d’autorité à une figure constitutive de la tradition.