Le salut – un défi pour la théologie

La question du salut, centrale en théologie chrétienne, se heurte à l’incompréhension de nombreuses personnes aujourd’hui : « de quoi » faut-il être sauvé ? La théologie chrétienne, à travers ses sous-disciplines, se doit donc de penser à nouveaux frais cette question, en évitant de la réduire au « sens de la vie ». Ne s’agit-il pas plutôt du rétablissement d’une relation, là où la rupture dominait ? Alors qu’on associe encore souvent le salut à la vie éternelle et l’au-delà, l’inscription du salut dans notre histoire, dans la pâte humaine et dans la création, comme « délivrance » du mal qui nous menace toujours et encore, continue d’être déterminante, y compris face aux défis qui sont les nôtres aujourd’hui.

Immédiateté médiatisée ou la médiation du langage théologique repensée par Rahner

Les locutions « symbole réel » et « immédiateté médiatisée » véhiculent des choix à la fois métaphysiques et théologiques fondamentaux que Karl Rahner pose à partir du paradigme christologique. Leur force heuristique, pour considérable qu’elle soit, aboutit pourtant à une critique de la médiation du langage théologique. Parce que Dieu se donne en immédiateté médiatisée, le langage est capable d’un discours théologique dont la qualité est à la mesure d’une conscience paradoxale, celle de son impuissance. Ainsi, la théologie accomplit d’autant mieux sa mission qu’elle sait recourir à la blessure du langage.

Dramatique personnelle de la quête d’immédiateté de Dieu

Analyser la question de l’immédiateté de Dieu en regard avec le développement du fondamentalisme permet de clarifier les modalités de cette « immédiateté », mais aussi d’interroger les institutions ecclésiales et académiques sur leur capacité à en rendre compte d’une manière qui réponde aux besoins vitaux de la foi. Partant de la quête contemporaine d’immédiateté de Dieu, cet article explore les ressources de l’approche dramatique et de la grammaire trinitaire tant pour exposer les impasses de certaines quêtes spirituelles que pour ouvrir un chemin d’intelligibilité propre à l’existence chrétienne.

Le rapport à l’Écriture chez Joseph Moingt

La question du rapport à l’Écriture condense celle du rapport entre l’histoire et le théologique. C’est central chez Moingt, et il y marque sans relâche la rupture d’ordre entre l’historique et le théologique, ce qui ne va pas sans tensions avec certaines manières de pratiquer ou de valider l’exégèse historico-critique. L’article suit cet axe de questionnement dans divers textes de Moingt, de la fin des années 1960 à la fin des années 2010. Il se penche ensuite sur la question du Jésus de l’histoire, qui vaut ici test, avant d’en venir au moment de la narrativité dont Moingt a souligné l’importance, pour ouvrir sur ce qui en est entraîné quant à la manière de penser la théologie, avec un accent mis sur un « acte de croire » transversal aux données de l’humain et du monde.

La patristique dans l’œuvre de Joseph Moingt

Joseph Moingt consacra jadis d’importants travaux à Clément d’Alexandrie et à Tertullien. Ses enseignements à Lyon-Fourvière donnèrent aussi une place très importante aux écrits des Pères, avec une attention privilégiée à la « logique » qui avait présidé au développement du « discours chrétien ». Plus tard, dans ses ouvrages de théologie systématique, Joseph Moingt n’a pas cessé de revenir à la tradition patristique, mais il l’a fait de manière renouvelée, dans le cadre des problématiques auxquelles il s’attachait désormais.

La connaissance humaine du Christ. Exégèse, théologie contemporaine et Thomas d’Aquin

Après avoir présenté trois principes fondamentaux en christologie, nous appliquerons à la connaissance humaine du Christ la déclaration du concile de Chalcédoine selon laquelle ses deux natures, divine et humaine, ne doivent être ni confondues ni séparées. Nous considérerons l’apport de divers exégètes et théologiens comme Balthasar, Rahner et Pannenberg, et nous offrirons une reprise critique de la position de Thomas d’Aquin, en modifiant sa compréhension des trois genres de connaissance qu’il distingue en Jésus : vision béatifique, connaissance infuse et connaissance acquise.

La christologie comme clé d’une théologie « post-substitutive » du judaïsme après Nostra aetate

Catholic Theological Union – Catholic-Jewish Studies Program, Chicago Depuis la Déclaration Nostra ætate de Vatican II, les théologiens chrétiens ont proposé divers modèles pour une nouvelle perspective chrétienne sur le peuple juif et la permanence de sa relation d’alliance avec Dieu après la venue du Christ. Ces modèles pouvaient originellement être classés en deux catégories fondamentales connues sous le nom d’unique et de double Alliance. Plus récemment, des efforts ont été entrepris pour trouver de nouvelles voies d’articulation des liens aussi bien que des spécificités des juifs et des chrétiens. Une christologie incarnationnelle semble fournir le meilleur fondement à cette quête au sein du christianisme, surtout depuis que plusieurs chercheurs juifs se sont engagés dans une recherche similaire au sein du judaïsme

L’un et l’autre Peuple de Dieu. Christ, Peuple et Écriture, après la théologie de la substitution

Institut Catholique de Paris – UR « Religion, Culture et Société » – EA 7403 Cet article veut explorer ce que la sortie de la théologie de la substitution, qui valorise la permanence d’Israël, peut avoir comme conséquence pour l’ecclésiologie fondamentale. Partant d’une intuition féconde de Kurt Koch, sur la place des développements de l’exégèse dans l’émergence puis dans la réception de Nostra ætate nº 4, l’article traverse deux documents essentiels de la Commission biblique pontificale (1993 et 2001) en examinant les rapports entre l’Écriture et le peuple de Dieu. L’avant-propos de Joseph Ratzinger à Jésus de Nazareth, paru en 2007, confirme la difficulté à articuler le plan exégétique et le plan ecclésiologique, pour faire droit en même temps à la nouveauté en Jésus-Christ et à la permanence du peuple juif. Il s’agit d’articuler ce que l’exégèse connaît depuis longtemps à propos de l’un et l’autre Testament avec ce que l’ecclésiologie peut encore découvrir en honorant christologiquement les liens dialectiques entre l’un et l’autre peuple

Un cahier des charges pour la christologie après Nostra aetate

Le paragraphe 4 de la déclaration conciliaire Nostra ætate concernant la religion juive a marqué un tournant symbolique dans la réflexion chrétienne sur le peuple juif et le judaïsme, sans pour autant lever toutes les difficultés héritées de l’histoire complexe entre le peuple juif et l’Église, ni les défis théologiques qui se dégagent lorsqu’est affirmée la validité permanente de l’Ancienne alliance. Après avoir retracé les avancées de la théologie catholique dans son rapport au Judaïsme, l’article met le doigt sur l’insuffisance de leur approche christologique et se propose, à la lumière de certains théologiens qui ont commencé à travailler dans ce domaine, d’élaborer le cahier des charges d’une christologie en rapport avec ce tournant symbolique de Nostra ætate §4.

Éditorial (105/1)

LA CHRISTOLOGIE APRÈS AUSCHWITZ UN PROGRAMME Dans l’éditorial du dossier Christianisme et judaïsme depuis Nostra ætate (RSR 103/3 [2015], 323), nous avions annoncé d’emblée que nous ne pourrions en rester à ce bilan. S’imposait alors de revenir sur la question christologique, tenue trop en retrait du faisceau de thèmes abordés dans ce numéro de 2015. Elle en représentait pourtant le centre secret, déterminant en définitive les rapports, ô combien complexes, entre juifs et chrétiens. Or, à regarder de près les évolutions de la christologie au XXe siècle, on ne peut nier que l’inqualifiable « événement d’Auschwitz » y avait déclenché comme des ondes de choc. Touchant alors au cœur du judaïsme, comment l’événement aurait pu ne pas atteindre aussi le centre de l’identité chrétienne, interroger la responsabilité des chrétiens et mettre gravement en cause la crédibilité du christianisme ? Ainsi fut provoqué un vaste travail de mémoire et de révision, rendant désormais impossible de maintenir l’idée de « substitution » de la voie chrétienne au judaïsme, idée