Pourquoi et comment Dieu devrait-il sauver le monde ?

Cet article passe en revue différentes conceptions du salut divin, leurs programmes et leurs centres d’intérêt. Inspirée par la théologie augustinienne du péché, de la concupiscence et de la dépravation des hommes, un certain type de sotériologie oblige Dieu à sauver l’être humain du péché individuel et de la damnation. La christologie y est dès lors définie en référence à une certaine conception des besoins humains. L’alternative pourrait consister en ce que la théologie se concentre sur le déploiement de la volonté divine relative à la création et, en elle, à l’humanité. La christologie pourrait alors révéler l’offre gracieuse d’amour de Dieu en Jésus Christ pour et avec l’humanité, de même que l’œuvre divine de réconciliation à travers le réseau de relations d’amour interdépendantes et dynamiques : l’amour divin et notre amour de Dieu, des uns les autres, de l’œuvre divine ininterrompue de création et de réconciliation, et notre amour pour notre propre être émergeant de la sorte. La critique des

Le rapport à l’Écriture chez Joseph Moingt

La question du rapport à l’Écriture condense celle du rapport entre l’histoire et le théologique. C’est central chez Moingt, et il y marque sans relâche la rupture d’ordre entre l’historique et le théologique, ce qui ne va pas sans tensions avec certaines manières de pratiquer ou de valider l’exégèse historico-critique. L’article suit cet axe de questionnement dans divers textes de Moingt, de la fin des années 1960 à la fin des années 2010. Il se penche ensuite sur la question du Jésus de l’histoire, qui vaut ici test, avant d’en venir au moment de la narrativité dont Moingt a souligné l’importance, pour ouvrir sur ce qui en est entraîné quant à la manière de penser la théologie, avec un accent mis sur un « acte de croire » transversal aux données de l’humain et du monde.

Éditorial (106/1 – 2018)

Depuis l’Antiquité, la nécessité de traduire la Bible s’est imposée aux communautés croyantes. Considérée comme la parole divine inspirée, elle devait, à leurs yeux, être accessible à tout croyant, quelle que soit sa langue : grec, araméen, syriaque, latin, etc.

Éditorial (105/4 – 2017)

 LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE IMPACT SUR LA THÉOLOGIE La Première Guerre mondiale marque, dans l’histoire européenne, « une coupure décisive aux effets irréversibles » (René Rémond). Les conséquences politiques et sociales furent certes importantes, mais les répliques religieuses de ce séisme ne se sont pas avérées moins fortes ni moins déterminantes. Cette guerre fut « une guerre qui mobilisa les religions et les Églises, qui engagea clercs et fidèles, qui interrogea foi et ferveurs » (Frédéric Gugelot). On peut dire après coup, utilisant une image, que de multiples fils de la politique et de la culture européennes se sont alors subitement noués en un écheveau inextricable, obligeant le continent à se confronter avec sa propre histoire selon des contradictions depuis longtemps accumulées. Et ce fut un christianisme qui, tant du côté allemand que du côté des alliés, se laissa instrumentaliser par le patriotisme et le nationalisme, légitimant, voire sacralisant la guerre. Les confessionnalismes catholiques, protestants, russes orthodoxes, fondés sur une osmose entre la culture et la foi, commencèrent par nier leurs solidarités transfrontalières, pour entrer, au plan national, dans

Bulletin de théologie sacramentaire (105/4 – 2017)

Ces dernières années ont vu la publication de plusieurs ouvrages particulièrement suggestifs sur l’eucharistie ; il convenait dans ce bulletin des honorer, c’est pourquoi nous commencerons par ceux-ci. Certains des auteurs poursuivent un travail sur l’histoire de la liturgie eucharistique et les élaborations théologiques qui l’accompagnent, donnant ainsi un aperçu sur cette étonnante efflorescence (merci à Jean-Baptiste Sèbe qui a recensé l’ouvrage d’Arnold Angenendt). Plusieurs s’affrontent à la question difficile de la « présence réelle » : comment en rendre compte, après notamment la critique heideggérienne de la métaphysique ? D’autres enfin abordent l’eucharistie à partir de questions actuelles. Le synode sur le mariage et la famille a donné lieu à d’abondantes publications, notamment sur les questions les plus débattues. J’ai rendu compte d’une dizaine d’entre elles dans une note publiée dans le Tome 103/2 des RSR (avril-juin 2015). Je ne reviendrai donc pas sur celles-ci, mais recense ici d’autres ouvrages sur le mariage, certains en rapport avec le synode. La troisième partie du bulletin rend compte de livres sur les sacrements du baptême et de l’ordre ; elle est suivie

Bulletin de théologie de la création et sciences (105/4 – 2017)

Comme dans les bulletins précédents, on distinguera les ouvrages qui traitent de théologie de la création, ceux qui abordent plus explicitement la question écologique, ceux qui portent sur la relation entre théologie et sciences de la nature, pour terminer par quelques études teilhardiennes. Il est clair que les frontières entre ces catégories sont extrêmement poreuses.  I. Théologie de la création 1. Re Manning Russell et alii (Éds.), The Oxford handbook of natural theology, OUP, Oxford, 2013, 632 p. 2. Fergusson David, Creation, Eerdmans, Grand Rapids, 2014, 150 p. 3. Bracken Joseph A., The World in the Trinity. Open-Ended Systems in Science and Religion, Fortress Press, Minneapolis, 2014, 224 p. 4. Rubini Costantino, Il divenire della creazione. In dialogo con Karl Rahner e Jurgen Moltmann, Città Nuova, Roma, 2013, 298 p. 5. Revol Fabien, Le temps de la création, Éd. du Cerf, Paris, 2015, 400 p. 6. Kärkkäinen Veli-Matti, Creation and Humanity, Eerdmans, Grand Rapids, 2015, 554 p. 7. Greenway William, For the Love of All Creatures, Eerdmans, Grand Rapids, 2015,

Note sur « Jésus, l’encyclopédie », J. Doré et Chr. Pedotti

L’ouvrage représente un événement éditorial en France, dans l’édition francophone, appelé à une postérité universelle. Organisateurs et auteurs se sont mobilisés pour faire connaître Jésus de manière attrayante, convaincante et libérante. On ne peut d’abord que renvoyer au génie pédagogique mis en oeuvre dès l’Avant-propos de Jean Mouttapa, directeur du secteur « spiritualité » chez Albin Michel, l’introduction nuancée de Joseph Doré et le mode d’emploi proposé pour explorer le volume…

Les Recherches de Science Religieuse pendant la Grande Guerre

À la déclaration de guerre le 2 août 1914, Léonce de Grandmaison se trouvait être à la fois Directeur des Études et des Recherches de Science Religieuse, revue bimestrielle qu’il avait fondée en 1910. Pendant quatre ans, Études abordera sous bien des aspects, et très abondamment, les réalités de la guerre : du point de vue politique, militaire, moral et bien sûr religieux. Plus de dix articles de fond traiteront de l’Allemagne, de la guerre, du patriotisme, articles qui se veulent distanciés et équilibrés, mais qui trahissent, relus aujourd’hui, les courants dominants de l’opinion française et catholique de l’époque…

La Première Guerre mondiale et la mise en crise de la théologie protestante germanophone et francophone

En théologie protestante de langue allemande, la Première Guerre mondiale a été l’occasion d’une mise en question radicale des positions théologiques dominantes jusqu’alors. Des voix, dont celle du jeune Karl Barth, se sont élevées contre la théologie patriotique proposée au début de la guerre par les plus grandes figures théologiques de l’époque (Adolf Harnack, Wilhelm Herrmann et Ernst Troeltsch). À l’instar de Rudolf Bultmann, nombre de théologiens allemands d’abord aveuglés par le puissant élan patriotique des premiers mois de guerre ont, par la suite, questionné certaines associations trop rapides entre le destin de leur pays et la providence divine.

L’adresse à Dieu dans la mystique chrétienne

Dans la tradition chrétienne, l’expérience mystique porte « l’Adresse à Dieu » jusqu’à ses extrêmes limites. Les modes de la purification sont pluriels : le dénuement radical dans les spiritualités du désert, la voie de négation – nuit obscure, ou encore l’abandon comme ampleur de l’amour et du service. Ces attitudes extrêmes, repérées en divers moments de l’histoire mais liées entre elles et toujours signifiantes, manifestent des dimensions essentielles à une affirmation de Dieu enracinée dans un acte de la liberté : l’expérience, la nomination, le silence, l’interrogation. Elles en renouvellent le langage.