Editorial 114/2

Consacrer un numéro des RSR à la guerre mérite quelques commentaires. La paix semble un sujet beaucoup plus adapté à l’espérance chrétienne et aux discours des souverains pontifes depuis au moins Benoît XV. En 1917, ce dernier voyait dans la Grande Guerre un « massacre inutile ». Jean XXIII considérait la prolifération nucléaire de la « guerre froide » comme une raison supplémentaire pour plaider en faveur de la paix. Jean-Paul II, Benoît XVI firent de même. François affirma que seule la non-violence active était compatible avec l’annonce de l’Évangile. Alors, pourquoi parler de la guerre ? N’aurait-il pas été plus pertinent de faire un point sur la doctrine que l’Église semble désormais incarner, la « non-violence active », un pacifisme intégral ? Il vaut la peine d’y regarder de plus près et de distinguer les discours publics de l’Église et son action médiatrice pendant les conflits. On ne limitera pas dans ce dossier l’Église au Saint-Siège ni les chrétiens aux catholiques. Les discours qui promeuvent exclusivement la paix posent des

Editorial 114/1

Il existe dans l’Église catholique un paradoxe qui frise la contradiction : les femmes y sont investies dans de nombreux services et sans elles peu de paroisses pourraient se maintenir mais leur présence est empêchée et leurs voix presque inaudibles. Certaines figures féminines y sont certes louées, à commencer par Marie, « Mère de Dieu », honorée de tous les titres qu’on lui attribue. Catherine de Sienne, Thérèse d’Avila, et, plus récemment reconnue, Hildegarde von Bingen se tiennent à l’avant-garde. Mais occuper une place dans l’institution demeure aujourd’hui une exception. On a salué les nominations faites par le pape François : enfin, certaines femmes arrivaient au Vatican ! Manière de dire, en effet, car elles ont toujours été nombreuses, les petites mains des cuisines, de l’entretien et de la sacristie. Près de 25% du personnel de la Cité du Vatican est féminin. Les hauts offices étaient pourtant jusqu’à peu uniquement masculins. On vit d’abord une femme à la tête des musées du Vatican puis d’autres rejoindre

Éditorial 113/4

Pour la première fois les RSR consacrent un dossier entier aux théologies africaines et à leur renouveau. Bon nombre d’observateurs soulignent les bouleversements que vivent les sociétés et les Églises africaines. Chacun a entendu parler des mega-churches qui se multiplient en Afrique, de la créativité liturgique, de prélats réactionnaires, dont certains ont comme terrain l’Europe, semble-t-il, ou les violences que subissent les religieuses. Bribes d’information, risque de caricatures. Ce que nous connaissons de la vie ecclésiale en Afrique atteint l’Europe de manière estompée, voire biaisée. La relation de nos pays à ceux de l’Afrique est complexe. Le passé colonial hante notre présent. Ce qui nous lie à l’Afrique est tissé de fils multiples, indémêlables. Le rôle missionnaire de la France et de la Belgique, pour ne citer que ces deux pays, est inséparable de l’histoire politique, économique et culturelle, sans y être réductible. Les réalités ecclésiales n’échappent pas à cette complexité1. Le journal Le Monde a consacré dans son édition du 17 août 2025 un long article

Éditorial 113/3

Comme cela avait été annoncé dans l’éditorial du numéro précédent, présentant la première partie des actes du colloque des RSR « Théologie et Sciences sociales » (Paris, 14-16 novembre 2024), il n’y aura pas ici de développement pour décliner le troisième et dernier axe, « théologie et sciences de la cité ». Sont publiés sous ce titre cinq articles (de F. Gabriel, A. Zielinski, de A.-S. Vivier-Muresan, E. Di Pede et J.-F. Chiron), puis les interventions données lors de la table ronde « théologie et sciences sociales face à la nécessité d’un « grand récit » » (de Ph. Portier, P. Gisel et F.-M. Le Méhauté), et enfin, en manière de relecture de l’ensemble du projet (numéro préparatoire RSR 112/3 [2024], colloque et les deux numéros des actes) deux articles d’Alain Rauwel et Christoph Theobald que nous remercions de s’être livrés à cet exercice. Christoph Theobald reprend l’ensemble de la démarche du colloque et des trois numéros qui lui ont été consacrés (RSR 112/3 [2024], RSR 113/2 [2025] et ce numéro RSR

Éditorial 113/2

À qui observe aujourd’hui la théologie depuis l’université en raison d’un intérêt pour les questions religieuses dans nos sociétés pluralistes, il apparaît souvent une production peu compatible avec les requêtes de la recherche scientifique. Beaucoup de publications se contentent de manières de dire et de penser qui ne trouvent plus de lecteurs en dehors de quelques cercles déjà convaincus ou sans attente d’un recul critique. On rencontre de moins en moins de théologiens informés avec sérieux de l’histoire de l’Église, de la sociologie, pour ne rien dire des sciences et de la médecine, à quelques rares exceptions près. D’autres, au rebours, font mine d’avancer masqués sous les habits du philosophe, du sociologue ou de l’historien. Mais personne ne s’y trompe : ni les universitaires pour qui l’accoutrement est trop grossier, ni ceux que satisfait un essai pour faire taire les sciences sociales. Même si l’université compte des polémistes et des militants, les chercheurs, dans leur ensemble, ne font pas leur carrière

Éditorial 113/1

La Trinité, quoi de neuf ? On pourrait croire les questions de théologie trinitaire résolues, si ce n’est éculées, comme l’avoue un des auteurs de ce numéro, à qui l’on doit l’argumentaire général, Vincent Holzer, et que je veux remercier pour avoir préparé ce dossier. On pourrait craindre de voir s’enfermer la théologie dans sa plus grande abstraction, loin des préoccupations des fidèles et des contemporains. Évidemment, les pages qui suivent ne relèvent pas de la prose ordinaire. Pourtant, comme on le lira en acceptant le travail exigeant des concepts et de leur langue rigoureuse, l’enjeu principal est bien de référer la confession de foi trinitaire à l’expérience des croyants. Or, rôde toujours une certaine forme ou de suspicion ou de commun préjugé que les formulations trinitaires seraient d’abord des emprunts à la pensée néoplatonicienne. Ce dossier défend une tout autre hypothèse, par une approche historique et systématique, qui fait place à la narrativité néo-testamentaire : c’est l’expérience que les croyants font

Éditorial 112/4

Il est plutôt rare de trouver dans les RSR des articles consacrés à l’islam ou au Coran pour eux-mêmes. Relire le premier numéro de 1910 donne pourtant à penser que les études islamologiques rejoignaient les préoccupations premières de la revue. Un article, intitulé « Qoran et tradition. Comment fut composée la vie de Mahomet », rédigé par l’islamologue, Henri Lammens, jésuite belge de Beyrouth, soulevait les questions de méthode propres au modernisme. Cette longue étude de plus de vingt pages suivait un article du théologien français jésuite Jules Lebreton, « La foi au Seigneur Jésus dans l’Église naissante », prolégomènes à son maître-livre de la fin des années 1930. Un semblable intérêt le guidait avec d’autres choix : comment écrire une vie de Jésus où l’histoire s’harmoniserait avec les Écritures et la Tradition ? Les RSR n’ont cessé de revenir sur le problème du « Jésus historique », la revue ne pouvant masquer les évolutions, bien sûr des débats, mais encore de ses prises de position, faisant de notre publication un des témoins et un des

Éditorial 112/3

Encore ?, se plaindront certains. Enfin !, soupireront d’autres. S’interroger sur les rapports entre la théologie et les sciences sociales ne cesse d’ouvrir de nouveaux débats, à moins que ce ne soit le même qui se poursuive. La crise moderniste toujours recommencée ? Ce trouble pourrait bien être le symptôme d’une indécision chronique de la théologie, du moins dans le catholicisme romain, à prendre parti pour l’historicité de la foi. Il faudrait alors expliciter les raisons pour lesquelles la théologie ne pourrait se décider quant aux relations qu’elle entretient avec les savoirs qui constituent les sciences de l’homme et de la société, quels que soient les qualificatifs retenus : sciences « humaines », à la française, ou sciences « sociales », à l’anglaise. La théologie ne ferait qu’instrumentaliser les sciences sociales, tirant profit ici ou là de données qu’elle emprunte à la sociologie, à l’histoire ou à l’anthropologie. À moins qu’elle ne recycle certains de ses concepts. Mais au fond, rien ne ferait bouger la théologie, science pérenne de la

Éditorial 112/2

La revue poursuit sa réflexion sur le monde numérique. Après un précédent numéro (111/4 [2023]) consacré à l’Intelligence Artificielle, nous vous présentons aujourd’hui un dossier intitulé “Humanités numériques et théologie”. La théologie est-elle touchée par ce qu’on a coutume d’appeler les « humanités numériques », et si oui, en quoi cela concerne-t-il, à travers des questions épistémologiques, la théologie ? Une première réponse pourra sans doute étonner plus d’un lecteur. Les « humanités numériques » ont été préfigurées, selon certains, par Roberto Busa, jésuite italien, spécialiste de saint Thomas. Dès 1949, au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, ce théologien eut l’idée de se tourner vers IBM pour l’aider dans ses recherches philologiques. L’Index Thomisticus fut prêt en 1953, à peu près au même moment que la recherche biblique faisait appel aussi à l’informatique pour le traitement d’une cinquantaine de manuscrits. Merrill Parvis, de l’Université de Chicago, spécialiste du Nouveau Testament, recourait aux services d’IBM pour encoder des variantes textuelles. Ces deux exemples montrent le parti que les

Éditorial 112/1

Le scandale des agressions sexuelles et des emprises commises en Église a vite mis au-devant de la scène la question de la miséricorde et de la justice. C’est à cette question proprement théologique que ce dossier s’attache. Il en va de notre foi en Dieu, et de la vérité de notre confession, que d’entrer dans une attitude juste et miséricordieuse envers les victimes, les fidèles, clercs ou laïcs, et les agresseurs, dont, pour le droit civil, bon nombre de leurs actes relèvent de la criminalité. Dis-moi quelle est ta justice, et je te dirai quel est ton Dieu. Le comité de rédaction n’a pas souhaité revenir sur l’analyse des causes, les mesures à prendre, les réformes à entreprendre. Cela a déjà été très bien fait par d’autres plus qualifiés. Les RSR, fidèles à leur dimension de recherche, ont choisi d’interroger comment ce couple de justice et de pardon pouvait être éclairé théologiquement alors que les abus dans l’Église et leur