Immédiateté médiatisée ou la médiation du langage théologique repensée par Rahner

Les locutions « symbole réel » et « immédiateté médiatisée » véhiculent des choix à la fois métaphysiques et théologiques fondamentaux que Karl Rahner pose à partir du paradigme christologique. Leur force heuristique, pour considérable qu’elle soit, aboutit pourtant à une critique de la médiation du langage théologique. Parce que Dieu se donne en immédiateté médiatisée, le langage est capable d’un discours théologique dont la qualité est à la mesure d’une conscience paradoxale, celle de son impuissance. Ainsi, la théologie accomplit d’autant mieux sa mission qu’elle sait recourir à la blessure du langage.

« Rares sont ceux qui voudraient le croire » : hiérarchie et proximité de Dieu selon saint Bonaventure

Comment Bonaventure peut-il soutenir sans contradiction la nécessité de médiations (hiérarchies, itinéraire) entre Dieu et l’âme humaine, et la possibilité d’une expérience immédiate de Dieu ? Faut-il y voir une tension entre le ministre général réputé autoritaire et le mystique avide de goûter la présence de Dieu ? Loin de cette caricature, l’examen de sa conception de l’Ordre et de sa doctrine des sens spirituels révèle qu’à ses yeux les médiations n’ont de sens qu’à reconduire l’homme vers l’expérience de la présence de Dieu dans leur vie.

Dramatique personnelle de la quête d’immédiateté de Dieu

Analyser la question de l’immédiateté de Dieu en regard avec le développement du fondamentalisme permet de clarifier les modalités de cette « immédiateté », mais aussi d’interroger les institutions ecclésiales et académiques sur leur capacité à en rendre compte d’une manière qui réponde aux besoins vitaux de la foi. Partant de la quête contemporaine d’immédiateté de Dieu, cet article explore les ressources de l’approche dramatique et de la grammaire trinitaire tant pour exposer les impasses de certaines quêtes spirituelles que pour ouvrir un chemin d’intelligibilité propre à l’existence chrétienne.

L’artiste et la grâce du Christ

Lorsque le théologien d’Innsbruck propose de discerner des expériences de la grâce, il fait appel aux diverses expériences de la vie en lesquelles notre esprit se dévoile dans sa transcendance propre. Or l’expérience artistique est précisément un lieu concret où peut se vivre cette transcendantalité de l’esprit. Plus encore l’expérience proprement créatrice, parce qu’elle est un acte fondamentalement libre, place inéluctablement l’artiste sous l’offre universelle de la grâce du Christ en tant que celle-ci est un existential permanent de l’homme. L’artiste, s’exprimant à partir de lui-même, peut être ainsi témoin, ne serait-ce qu’anonymement, de l’événement de la grâce. Ces réflexions rahnériennes sur l’art supposent une compréhension de la sensibilité dans son unité indivise avec l’esprit et son ouverture à un horizon infini.

La mystique : une histoire au présent

Le présent article se propose d’analyser le projet de La Fable mystique en tant que démarche historienne. En l’abordant sous cet angle, nous souhaitons mettre en évidence le style singulier de Michel de Certeau. Trente ans après le premier tome, la publication de La Fable mystique II continue un itinéraire : les mêmes intuitions se trouvent étayées, des contenus déjà annoncés y sont élaborés. En prenant en considération les deux volumes, cet article met en lumière une préoccupation centrale de Michel de Certeau, celle de ne pas séparer les recherches sur la mystique du présent de celui qui l’étudie. Il cherche ainsi à saisir la relation établie entre l’historien, son objet et son présent. La mystique, science éphémère aux XVIe et XVIIe siècles, objet historique étrange qui noue l’expérience au langage, se fait et se défait sous la plume de Michel de Certeau. Elle finit par ne plus avoir de lieu propre, fixé d’avance dans un périmètre littéraire déterminé. Le discours

La tradition liturgique dans le monde postmoderne

Comment traiter du rapport entre la liturgie et l’anthropologie cinquante ans après Sacrosanctum concilium et ainsi penser la logique « plurielle » du sacrement pour que les chrétiens puissent s’y reconnaître comme fils de Dieu et frères en Christ ? L’article propose de parcourir les grandes évolutions du Mouvement liturgique et de la théologie liturgique, en montrant comment un changement paradigmatique s’est opéré ouvrant sur la perspective d’une raison théologique « plus ample et intégrale » propre à rendre compte de l’expérience rituelle chrétienne.