Interpréter l’humain – l’imago Dei à l’heure du numérique

Les programmes d’intelligence artificielle s’avèrent de plus en plus compétents à assumer des tâches considérées jusqu’alors comme spécifiquement humaines, telles la génération du langage et de l’art, ou la reconnaissance d’image, et sont en marche vers un niveau d’intelligence équivalant au nôtre ou le dépassant même. D’un point de vue théologique, il est à craindre que de tels développements pourraient invalider l’intuition de la spécificité humaine, impliquée dans la doctrine de l’imago Dei, et nous rendre peu remarquables et peut-être même remplaçables. Dans le présent article, je soutiens que ces inquiétudes sont injustifiées. Les évolutions technologiques représentent en réalité une opportunité d’enrichir et de ré-articuler notre anthropologie théologique en renvoyant aux vrais marqueurs de la spécificité humaine : non pas à la rationalité et à la capacité de résoudre des problèmes, mais à la relationnalité et à la vulnérabilité authentiquement personnelles. Pour une théologie de l’imago Dei, cela signifie prendre ses distances par rapport à des modèles plus anciens axés sur

L’humain imago Dei et l’intelligence artificielle imago hominis ?

Dans cette contribution, nous présentons d’abord les principaux modèles d’interprétation de l’imago Dei (ontologique, fonctionnel, relationnel) dont Noreen Herzfeld se sert dans son livre In Our Image: Artificial Intelligence and the Human Spirit (Fortress Press, 2002) pour élaborer sa thèse de l’intelligence artificielle (IA) comme imago hominis. À la lumière du Christ imago Dei par excellence, nous proposons ensuite une révision de la théologie de l’image en nous focalisant sur l’humain comme image incarnée, personnelle et filiale de Dieu, à savoir des dimensions qui ne sont pas purement et simplement transposables aux IA. Malgré des potentialités impressionnantes, l’IA est plutôt une apparence humaine qu’une image de l’humain au sens propre.

Dramatique personnelle de la quête d’immédiateté de Dieu

Analyser la question de l’immédiateté de Dieu en regard avec le développement du fondamentalisme permet de clarifier les modalités de cette « immédiateté », mais aussi d’interroger les institutions ecclésiales et académiques sur leur capacité à en rendre compte d’une manière qui réponde aux besoins vitaux de la foi. Partant de la quête contemporaine d’immédiateté de Dieu, cet article explore les ressources de l’approche dramatique et de la grammaire trinitaire tant pour exposer les impasses de certaines quêtes spirituelles que pour ouvrir un chemin d’intelligibilité propre à l’existence chrétienne.

Bulletin d’anthropologie théologique (104/4 – 2016)

Université catholique de Lille – Faculté de théologie Le premier bulletin d’anthropologie théologique s’était ouvert par une présentation de la discipline et de ses subdivisions, suivie d’une recension spécialement approfondie de la Theologische Anthropologie de Thomas Pröpper (2011). Il s’était conclu par un questionnement sur la future réception de cette œuvre monumentale. Puisque plusieurs ouvrages recensés dans ce second bulletin y contribuent, le lecteur est invité à se reporter à ladite recension (RSR 101/2 [2013]) et à l’article sur « Grâce et liberté » (RSR 102/1 [2014]) dans lequel elle a été complétée. Dans les pages qui suivent, il sera fait plusieurs fois référence à l’ontologie structurale que, sous autant de variantes, trois philosophes ont élaborée dans les dernières décennies, en opposition déclarée à l’ontologie classique de la substance. Ces réflexions, quoique pénétrantes, créatives et particulièrement propices au renouvellement de la pensée métaphysique en théologie, sont peu connues en France. En voici donc une évocation synthétique. Elles furent proposées successivement par le grand philosophe