“Du temps ? On n’en a pas !”

La modernité a pensé le progrès à partir du paradigme d’un espace euclidien plat. Or l’incertitude de notre époque est liée à l’inadaptation de cette topologie à la complexité du nouvel espace-temps fermé sur lui-même mais ouvert intérieurement, par exemple par les enjeux écologiques. Fermé et ouvert sont en relation duale. Cette dualité conduit à penser la complexité à partir des bords, des marges, de l’altérité, ici des très pauvres. Leur être au monde suggère une manière prophétique de traverser l’Apocalypse : entre le temps de l’urgence et le temps du projet politique s’ouvre une façon de vivre non dans l’anxiété de la fin des temps, mais dans la confiance d’« une présence de la fin dans ce temps à vivre ».

Histoire et théologie : du conflit au multilatéralisme

Le rapport histoire et théologie qui s’est noué dans la crise moderniste a trouvé une issue momentanée avec la catégorie de la tradition créatrice conçue par Maurice Blondel. Il a évolué vers une pensée herméneutique qui a influencé l’exégèse critique de la Bible et l’histoire des dogmes sans être encore aujourd’hui totalement reçue. Une situation nouvelle a découlé d’une culture marquée par subjectivation des individus et leur détraditionnalisation. Leur présent est en crise car la recherche de fondement rencontre les sociétés liquides. Une phénoménologie relisant Heidegger sous la forme d’une apocalypse de la vérité reconduirait jusqu’à Paul de Tarse pour réhabiliter le danger comme une puissance d’imagination créatrice nouvelle. À sa suite, l’article suggère que l’anamnèse chrétienne, chez le même Paul, pourrait fournir aux modernes un recours mieux averti à l’histoire.

La réception de la sagesse dans la sophiologie russe

La Sophia n’a jamais été pleinement et correctement reçue dans la pensée orthodoxe. Après l’exploration brève de son développement du point de vue de la relation Dieu-monde, à travers la pensée des grandes figures de la philosophie religieuse russe, à savoir Soloviev, Florensky et le plus influents parmi eux, Boulgakov, et une évaluation critique de sa réception historique au XXe siècle par la théologie chrétienne (orthodoxe incluse), l’article propose une discussion préliminaire sur sa pertinence possible dans le dialogue à mener entre l’Église et la modernité.

Bulletin philosophie et christianisme (105/1 – 2017)

Institut catholique de Paris – Université Humboldt de Berlin Les ouvrages recensés dans le présent bulletin s’inscrivent dans une ellipse dont les deux foyers, qui ne se confondent pas avec un partage disciplinaire strict, sont la « religion » et «l’homme ». I. Introduire philosophiquement à la « philosophie de la religion » 1. Delecroix Vincent, Ceci n’est point le pays de la vérité. Introduction à la philosophie de la religion, Félin, Paris, 2015, 1009 p. 2. Perone Ugo, L’essenza della religione, Queriniana, Brescia, 2015, 135 p. 3. Bancalari Stefano, Logica dell’épochè. Per un’introduzione alla fenomenologia della religione, ETS, Pisa, 2013, 306 p. II. Autour du théologico-politique 4. Delecroix Vincent, Apocalypse du politique, Desclée de Brouwer, Paris, 2016, 363 p. 5. Valadier Paul, Sagesse biblique, sagesse politique, Salvator, Paris, 2015, 187 p. III. Questions disputées 6. Guibal Francis, Faut-il renoncer à la métaphysique ?, Facultés Jésuites de Paris, Paris, 2016, 276 p. 7. Capelle-Dumont Philippe, Finitude et Mystère III, « Philosophie & Théologie », Éd. du Cerf, Paris, 2016, 233 p. 8. Dalferth