Théologie, histoire et réflexivité sociale

Dans le cadre d’une problématisation des rapports de la théologie et des sciences sociales, le texte d’Edmond Ortigues intitulé « Lettre à Rome », daté de 1952, apparaît comme un document décisif : le jeune théologien, dans des circonstances difficiles, argumente avec force en faveur d’un renouvellement historique et sociologique de la doctrine et de la pratique ecclésiastiques dont il dénonce les effets de blocage pour la vie et l’engagement religieux des acteurs catholiques, au premier plan desquels, les clercs. C’est à un effort réflexif de l’intelligence de la foi qu’en appelle Ortigues, puisant dans l’idée de culture, tacitement issue de sa connaissance du culturalisme américain (savoir social « de pointe » dans ces premières années 1950), le socle d’une nécessaire conscience culturelle de soi. Ce texte fonctionne dès lors comme le premier jalon d’un itinéraire philosophique qui conduira cet auteur vers la mise au centre de l’histoire critique du projet d’une philosophie de la religion.

Histoire et religion, entre pratique historiographique, principes épistémologiques et enjeux de sociétés

Cet article s’efforce de préciser les défis lancés à l’historien confronté à l’étude des religions ou de faits définis comme religieux. Après une interrogation sur les difficultés posées par un tel objet, il envisage les limites de la notion d’histoire religieuse et expose les principaux fondements épistémologiques et méthodologiques propres à la connaissance historique, qui guident la production d’une vérité spécifique, distincte des autres savoirs sur le religieux comme des passions religieuses de la société.

Faire une histoire du catholicisme en Europe

En Europe, l’histoire du catholicisme fut longtemps une histoire de l’Église à but apologétique, auxiliaire de la théologie, et soumise au magistère. Sa prise d’autonomie, à des degrés différents selon les pays, a permis l’émergence d’une histoire religieuse qui, dans une histoire « en miettes », est encore hantée par la nécessaire déconfessionnalisation de ses approches, de ses thèmes et de ses chercheurs. Elle peut y répondre par une exigence de neutralité, l’extension du domaine des recherches, l’attention aux autres sciences sociales et ainsi revendiquer d’être un pan à part entière de l’histoire générale.

Bulletin d’histoire de l’exégèse (104/1 – 2016)

Qu’est-ce que l’histoire de l’exégèse ? Si la question vaut d’abord pour elle-même du fait qu’on s’interroge depuis des siècles, pour ne pas dire des millénaires, sur l’histoire – et l’historiographie – en général, elle peut aussi relever d’une pertinence particulière à un moment donné et dans un cadre particulier. C’est dans ces deux derniers cas que nous nous situons et qu’une telle question surgit pour ce Bulletin en fonction de la diversité, voire de l’étroite précision de tel ou tel ouvrage, mais touchant directement ou indirectement, et de façon significative, à la spécialisation de ce Bulletin. Tant qu’il s’agit d’œuvres explicitement et quasi totalement liées à la Bible, les choses vont de soi, même s’il nous a fallu, dans l’un ou l’autre cas, faire le départ entre ce qui relevait de la recherche pure et ce qui relevait d’une certaine vulgarisation. Si, dans ce dernier cas, nous avons retenu des ouvrages, c’est que non seulement ils étaient assurés par des spécialistes en

Prophète et historien

À première vue, tout sépare les grands historiens grecs et les grands prophètes d’Israël. Le prophète est le porte-parole du Dieu unique qui l’a choisi et requis, l’historien s’emploie à ne parler qu’en son nom propre de ce qui a eu lieu. Entre les deux univers, celui de « l’historien » et celui du prophète, il n’y a, semble-t-il, guère d’interférences. Sauf que nous avons un témoignage du Ie siècle après J.-C., celui de Flavius Josèphe, qui soutient expressément le contraire. La perspective comparatiste de cet article, cherche à montrer que ces deux figures ne sont pas incommensurables en les mettant en tension, en les questionnant l’une par l’autre.