La vie éternelle : corporelle, dynamique et universelle ?

Le mystère de la vie éternelle est appréhendé à partir de ce qui lui est le plus radicalement propre : son centre christologique et trinitaire. C’est à la lumière de celui-ci que sont affrontées trois questions – choisies pour leur importance intrinsèque et leur place dans les débats contemporains – touchant respectivement à la corporéité, à la temporalité et à l’universalité de la vie éternelle. La première est abordée en référence aux débats sur la résurrection dans la mort et à la possibilité de penser la conformation au Christ à la lumière de la phénoménologie et de l’ontologie structurale ; la seconde, à partir de la tension entre stabilité de la béatitude et vitalité du désir ; la troisième, en tenant compte des enjeux de l’espérance d’un salut universel et de la puissance des arguments de l’universalisme contemporain.

La vie éternelle, selon les Écritures

La notion de « vie éternelle » se trouve aujourd’hui grevée d’une interprétation statique et anhistorique. Le retour au Nouveau Testament met en valeur l’ambivalence de l’adjectif « éternel » (en grec aiônios), inséparable de la notion d’éon (aiôn), désignant comme un espace-temps divin, inaccessible au sein de l’histoire, quoique déjà mystérieusement présent. Ce sera le propre des écrits johanniques que d’insister, tant sur le déjà-là d’une eschatologie anticipée que sur l’intériorité du sujet croyant, appelé à laisser sourdre en lui la « source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,14).