Le Jésus de l’histoire sous le regard des théologiens

A partir d’une problématique qui fait droit à la distinction entre historique et historicité, l’article de J. Moingt pose la question : en quoi la théologie s’intéresse-t-elle au Jésus de l’histoire ? à quoi il répond d’emblée : le théologien, en tant que discours sur Dieu et ouverture à la révélation et au salut pris globalement, s’intéresse de façon inéluctable au Jésus de l’histoire en tant que l’identité du Dieu des chrétiens est déterminée par son rapport d’identification à un personnage historique, Jésus de Nazareth. Proposant d’abord un parcours du symbole de foi pour vérifier cet intérêt de la foi pour l’histoire, il propose une approche théologique du Jésus de l’histoire par le retour à la question de Dieu aujourd’hui, rejoignant la question fondamentale qui est la question du sens.

L’intérêt théologique de la quête du Jésus historique

Partant du constat que le Jésus historique ne soulève pas un intérêt également partagé chez les théologiens, l’article de Chr. Duquoc propose d’ouvrir un chemin de corrélation féconde entre l’élaboration théologique et la dynamique houleuse de la recherche d’une figure de Jésus qui ne soit pas délimitée par la seule évidence des textes canoniques et de leurs interprétations officielles ou autorisées. Ainsi, après avoir exposé l’enjeu de l’exégèse historico-critique, lucide sur les excès notamment du rationalisme, notant au passage les différences entre catholiques et protestants et l’importance des ouvrages de Schweitzer et Bultmann, Chr. Duquoc conclut sur un bilan des recherches exégétiques qui est loin d’être négligeable pour le théologien, faisant sien le jugement de D. Marguerat : « L’historien ne sape pas la foi ; il en trace les contours ».

Mythe et science dans la perspective d’Auguste Sabatier

Lorsque, à la fin du XIX° siècle, le Modernisme décida d’abandonner certains concepts métaphysiques et théologiques, comme n’étant plus adaptés à la mentalité moderne, il en assura également une certaine transcription. L’attitude qui guidait les protestants (Sabatier, Harnack), ainsi que le principal représentant du Modernisme catholique, Alfred Loisy, était plus ou moins la suivante : le dogme énonce des choses vraies dans un langage métaphysique ou symbolique, qui s’adaptait parfaite­ment au monde d’autrefois, mais qui risque d’égarer la mentalité mo­derne. Mais le changement de langage ne laisse pas les choses inaltérées : pour la métaphysique théologique, le Christ est Dieu; pour l’historiographie scientifique, le problème est dépourvu de sens, ou bien il demeure extérieur à sa propre compétence. Que la résurrection soit un événement réellement advenu ne signifie rien pour l’historien, qui s’occupe métho­diquement de ce qui se produit dans le temps et dans l’espace du monde. Confronté à ce double souci, d’une adaptation du Christianisme à la mentalité moderne, et d’un

Les textes fondateurs dans la Compagnie de Jésus

Les textes dits fondateurs sont ceux qui, dans une société déterminée, assurent la structure et l’esprit de cette société. Quand il s’agit de la Compagnie de Jésus, ces textes ne sont pas seulement ceux du fondateur, mais l’ensemble des documents qui ont présidé à la naissance et aux premiers jours de la Compagnie. Or, lorsqu’il s’agit de la Compagnie de jésus, disons des Jésuites pour parler plus couramment, le fondateur, Ignace de Loyola, n’est pas seul en cause, si exceptionnel et donc unique qu’ ait été son rôle aux temps des origines. « Les origines » : ce pluriel convient assez bien à l’ordre des Jésuites, car cet ordre n’a pas été l’oeuvre d’un seul. En ce sens, la Compagnie, tant par son premier maître que par ses premiers compagnons, est « l’unité plurielle » d’une fondation. C’est par ce trait d’origine que la fondation de la Compagnie affirme sa différence à l’égard des autres « religions » ou ordres. Ignace a été, de manière essentielle, lié à ses collègues

Rédemption, eschatologie et sublimation : éléments pour une théorie du christianisme. Ernst Troeltsch et Max Weber

La modernité sonne le glas de la théologie comme fondation ration­nelle du christianisme. Le programme d’une théorie du christianisme développé par Troeltsch vise à formuler un équivalent fonctionnel au dogme classique, capable de réfléchir le rôle du christianisme dans la culture de modernité. C’est autour d’une théorie de la religion que s’élabore cette théorie du christianisme. On évoque d’abord les condi­tions réflexives d’une telle théorie, et tout particulièrement le rôle heu­ristique essentiel revenant à la situation de crise dans laquelle se trouve le christianisme moderne. C’est là le point de départ des réflexions que Troeltsch et Weber consacrent à ce problème. La découverte du caractère eschatologique du christianisme primitif y joue un rôle décisif: c’est l’origine de leurs réflexions communes sur la tension entre religion de rédemption et monde. Elles ouvrent sur le problème des stratégies de rationalisation permettant une régulation de cette tension ; développée par Troeltsch à partir de l’exemple du christianisme, cette problématique se trouve au centre des