Bulletin Jésus, Christ (107/4-2019)
Lire le bulletin sur Cairn
Lire le bulletin sur Cairn
Lire le bulletin sur Cairn
Les meilleures enquêtes socio-historiques montrent que la tradition chrétienne est entrée, au moins en Europe de l’ouest, dans une nouvelle phase de son existence. La période de la chrétienté est définitivement close (même si subsistent encore, ici et là, certains microclimats catholiques), laissant la place à ce qu’on peut appeler, en analogie avec la diaspora juive, un « christianisme diasporique ». Utilisée pour la première fois par Karl Rahner en 1954 (Œuvres 10, p. 357-394), cette expression a été aussi adoptée – au moins marginalement – par le concile Vatican II dans sa Constitution sur l’Église (Lumen gentium, 26 § 1).
Lorsque Karl Rahner annonce dans un fameux article de 1954, les profondes mutations qui attendaient l’Église catholique, il fit preuve d’un singulier courage théologique mais surtout d’une grande originalité d’analyse. En effet, plutôt que de déplorer la sécularisation et de chercher à la contrer, il en prend acte comme de la condition actuelle de la présence du christianisme dans les sociétés occidentales contemporaines. L’article évalue la portée sociologique de cette forme « diasporique » que Karl Rahner présente comme la modalité obligée d’une communalisation catholique répondant à sa situation minoritaire dans le monde tel qu’il est.
L’histoire du mouvement néoscolastique moderne, qui n’est pas identifiable en tout au thomisme, et dont la magna carta était Æterni Patris s’est achevée au deuxième Concile du Vatican. L’article cherche à définir les caractéristiques de cette néoscolastique, précise le rôle central qu’y tient le thème de la « nature pure », et formule quelques points sur lesquels une théologie dans la situation de diaspora qui est la sienne devrait être attentive.
Vatican II a introduit une nouvelle manière d’élaborer un discours chrétien et d’exprimer la foi chrétienne, mais ce renouveau de la théologie a besoin d’être poursuivi et approfondi si celle-ci ne veut pas être marginalisée, car la situation présente du monde et de l’Église lui lance de nouveaux défis. L’article questionne le rôle du Concile dans cette révolution puis réfléchit aux nouveaux approfondissements exigés dans la situation actuelle. L’enjeu pour la théologie est de demeurer enracinée dans son terreau et de reprendre la question du salut dans le Christ à partir du cri des pauvres et de la terre. S’appuyant certes sur des spécialistes voués au travail théologique, elle ne pourra pas s’isoler du travail d’interprétation menée par les communautés.
Dans Evangelii Gaudium, le pape François invite à une mission pastorale, en contact avec la joie de l’Évangile, qui prend comme orientation le document d’Aparecida et fait sortir l’Église des zones de confort de la culture du bien-être. Dans le cadre des succès missionnaires dynamiques du christianisme au sein de la civilisation mondiale contemporaine, on voit naître précisément dans la diaspora une zone de contacts avec les hommes d’aujourd’hui, qui ne se laisse pas réduire à l’indifférence de cette culture du bien-être où les chrétiens sont en position majoritaire. Il y a bien longtemps que la diaspora n’est plus une région où la foi est en minorité ; elle est plutôt un rythme à la fois désillusionnant et encourageant de la vie, notamment de celle des migrants, mais aussi du style de vie urbain de notre époque. Les sciences culturelles diagnostiquent dans ces rythmes toujours déroutants une hybridité qui pousse les hommes à s’aligner en référence à un pays natal où ils
C’est une évidence qui se manifeste dans le célèbre texte de Karl Rahner sur l’Église en diaspora (1954), à savoir le lien, historiquement variable mais en principe chaque fois intrinsèque, entre une situation historico-sociale de l’Église et la désignation correcte du moment présent, d’un côté, et des manières spécifiques de faire de la théologie, de l’autre. Partant de ce constat et tenant compte des évolutions post-conciliaires de la théologie catholique, l’article distinguera et précisera trois tâches de la théologie au sein d’un christianisme diasporique. La toute première est celle que Rahner a entreprise à son époque, à savoir celle de discerner aujourd’hui les « signes des temps » et d’aider ainsi les communautés chrétiennes à comprendre le moment de crise hautement inconfortable qu’elles traversent. Une deuxième tâche consiste alors à penser l’existence chrétienne et sa communalisation ecclésiale, en sa source et en son déploiement minoritaire au sein de nos sociétés européennes d’aujourd’hui. Ce qui nous conduira, pour finir, à concevoir un type de « formation » élémentaire au
Les auteurs de ce bulletin enseignent la théologie à l’université. Voilà qui explique sans doute la sélection des ouvrages qui y sont présentés et le mode de leur présentation : si la discussion scientifique est présente, si la volonté de signaler les tendances de la recherche est manifeste, le bulletin ne craint pas de s’attarder à la présentation d’œuvres trop peu connues et d’attirer l’attention sur les instruments de travail qui permettent aux étudiants et chercheurs de s’orienter dans le domaine en perpétuelle recomposition de la théologie fondamentale. Ce qu’on y lira autorise-t-il d’identifier des évolutions de la discipline ? Il paraît difficile de l’affirmer tant la variété des directions dont témoigne l’actualité bibliographique correspond, par-delà les confessions chrétiennes, à une diversité de projets et de besoins, irréductibles à des mouvements d’ensemble clairement repérables. Études monographiques de théologie historique, synthèses thématiques, présentations encyclopédiques, essais et traités – tout au plus, peut-on signaler la variété des positionnements de chacune de ces productions dans le rapport aux autres rationalités et à la culture ambiante, et constater l’écart entre les positions antagonistes de
Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris Theologicum – Institut catholique de Paris Notre bulletin de théologie morale continue de se centrer sur les ouvrages de théologie morale fondamentale sans pouvoir rendre compte, sauf exception, des multiples travaux dans les domaines des éthiques plus spécialisées. Il cherche donc à examiner cette discipline tant dans son travail de fond concernant sa méthode (et son rapport aux Écritures, à la Révélation, à la philosophie, aux sciences humaines et de manière générale aux autres disciplines), que dans la créativité qui se manifeste dans la rencontre avec les thématiques nouvelles issues de l’expérience, de l’actualité sociale et de la réflexion contemporaine. Quatre parties composent ce bulletin. Comme dans les livraisons précédentes, nous présentons en premier lieu les ouvrages qui exposent une réflexion sur la méthode et les tâches de la théologie morale actuelle (I). Une deuxième partie rassemble les ouvrages qui traitent des contributions de la philosophie à la théologie morale (II). La troisième partie est consacrée à la littérature en plein développement sur les éthiques des vertus, en l’espèce