Bulletin de Sociologie religieuse (112/4 – 2024)

Jean-Marie Donegani Les ouvrages recensés dans le présent bulletin sont regroupés en quatre chapitres : I. Sociologie générale. Théorie sociologique du religieux (1-5) II. Corps, sexualité, genre (6-11) III. Religion et politique (12-15) IV. Affiliations, rites, croyances (16-18) I. Sociologie générale. Théorie sociologique du religieux 1. LAHIRE Bernard, Les structures fondamentales des sociétés humaines, « Sciences sociales du vivant », La Découverte, Paris, 2023, 970 p. 2. CUIN Charles-Henry, HERVOUET Ronan (dir.), Durkheim aujourd’hui, « Le lien social », PUF, Paris, 2018, 372 p. 3. WARD Keith, Religion in the Modern World. Celebrating Pluralism and Diversity, CUP, Cambridge, 2019, 213 p. 4. ALTGLAS Véronique, WOOD Matthew (éds.), Bringing Back the Social into the Sociology of Religion. Critical Approaches, Brill, Leiden/Boston, 2018, 218 p. 5. DESJEUX Dominique, Le marché des dieux. Comment naissent les innovations religieuses : du judaïsme au christianisme, PUF, Paris, 2022, 254 p. II. Corps, sexualité, genre 6. FEUILLET-LIGER Brigitte, RISSEL Aurélien (dir.), Corps et religions. Panorama international, « Sciences des religions », PUR, Rennes, 2021, 320 p. 7.

Bulletin de Théologie des religions (112/4 – 2024)

Ce bulletin de théologie des religions fait la part belle à l’islam : les trois dernières parties (« Islam dans ses fondations », « Islam et politique » et « Travaux sur l’islam ») lui sont consacrées, et il n’est pas absent non plus des autres parties. En effet, depuis plusieurs années, beaucoup de travaux universitaires paraissent sur l’islam. Sans concerner directement les rencontres interreligieuses, ces travaux permettent d’avoir une lecture critique des sources et des débuts de l’islam, ainsi que de la manière dont l’islam s’est développé et vit aujourd’hui. Les théologiens engagés dans les rencontres ne peuvent les ignorer. Ce n’est pas donc par volonté de céder à la mode de l’actualité, mais parce que, de fait, de nombreux ouvrages paraissent sur l’islam et sur les interactions entre chrétiens et musulmans ; on peut y lire un réel intérêt, une certaine inquiétude, ainsi que le désir d’avancer sans se faire piéger par des discours idéologiques. Les études théologiques proprement dites ne sont pas absentes de ce bulletin, notamment

Pensée critique des sources islamiques en contexte chrétien

La critique des sources islamiques est un des sujets majeurs qui suscite l’intérêt d’acteurs chrétiens impliqués dans le domaine de l’islamologie ou du dialogue islamo-chrétien. L’analyse se focalise sur l’écho que se fait une revue dominicaine, le MIDÉO, basée au Caire. Quelles sont les thématiques abordées depuis dix ans ? Que donnent-elles à comprendre de ce que l’on pourrait définir comme étant un contexte chrétien dans la réception de la pensée critique des sources islamiques ? Dans cet article, deux types d’analyse sont proposés, l’un diachronique en passant en vue les principales thématiques abordées concernant les textes sources, l’autre synchronique en repérant les méthodes utilisées et les principaux éléments à retenir.

Les jeunes musulmans face à l’approche historico-critique : vers une typologie des négociations de sens possibles

Cet article condense les analyses ressorties d’une étude de terrain menée auprès de 32 musulmans bruxellois. L’objectif a consisté à identifier et caractériser les mécanismes qui régissent le niveau d’ouverture potentiel d’un jeune musulman, face à des discours religieux doctrinairement subversifs pour la foi. Plusieurs « types de négociation de sens » ont été mis en évidence. Une discussion sur l’état actuel des intériorisations de sens chez les jeunes musulmans ainsi que des prospectives pour de futures recherches clôturent la contribution.

Razika Adnani : « le féminisme islamique est une imposture intellectuelle et le voile est un vêtement patriarcal islamiste dénué d’un fondement coranique »

L’article présent a pour objet d’étude de l’apport de la philosophe et islamologue Razika Adnani dans son analyse critique sur le féminisme islamique, qualifié d’imposture intellectuelle, et sur la question du voile, assimilé à un vêtement patriarcal islamiste, en tentant de répondre aux questions suivantes : quelle est l’approche méthodologique de la philosophe ? quels sont notamment les postulats de départ du féminisme islamique mis en exergue par l’islamologue ? comment Razika Adnani démontre-t-elle que le voile islamique est une contrainte vestimentaire patriarcale islamiste sans fondement coranique ?

Femmes exégètes du Coran

Si la recherche académique actuelle a tendance à mettre en avant les dynamiques d’aggiornamento, au sein de l’islam, en s’appuyant sur les écrits d’auteurs masculins, il est à noter que celles-ci sont également portées par des femmes. Cela se manifeste, en particulier, dans le champ de l’exégèse et de l’herméneutique coranique. Le présent article vise à souligner la rupture symbolique et historique que représente, de nos jours, la contribution de femmes musulmanes dans le champ de l’exégèse coranique, et cela indépendamment des interprétations qu’elles proposent.

Pérennité de l’apologétique, essor de la critique

Pour répondre à des renouveaux internes comme aux multiples aspects de l’hégémonie culturelle européenne, la théologie musulmane est demeurée principalement apologétique de la fin du XVIIIe siècle jusqu’aux années 1980. C’est alors seulement que des critiques épistémologiques des savoirs religieux et de la théologie en particulier ont commencé à se déployer. Celles des auteurs sunnites égyptiens et celles des auteurs shi’ites iraniens présentent de fortes concordances, en mettent au jour le caractère humain et historique du texte sacré, de manière plus ou moins explicite.

Islam et pensée critique en contexte arabe au XXe siècle

Le champ de l’écrit sur l’objet religieux dans le monde arabe est, au long du XXe siècle, le cadre de recherches inédites portées par des hommes de différentes conditions mais dotés d’un capital culturel. Ils défendent le droit à une expression libre. Certains ont suivi un cursus de savant musulman ; tous sont, à un degré ou à un autre, marqués par des questionnements, démarches ou méthodes cristallisés dans l’espace européen. Ils ne constituent pas un mouvement cohérent, à l’inverse de leurs adversaires qui s’appuient sur les institutions traditionnelles des sciences islamiques. La réaction de ces derniers s’étend de la réplique argumentée à la justification de l’application de la peine capitale.

Éditorial 112/4

Il est plutôt rare de trouver dans les RSR des articles consacrés à l’islam ou au Coran pour eux-mêmes. Relire le premier numéro de 1910 donne pourtant à penser que les études islamologiques rejoignaient les préoccupations premières de la revue. Un article, intitulé « Qoran et tradition. Comment fut composée la vie de Mahomet », rédigé par l’islamologue, Henri Lammens, jésuite belge de Beyrouth, soulevait les questions de méthode propres au modernisme. Cette longue étude de plus de vingt pages suivait un article du théologien français jésuite Jules Lebreton, « La foi au Seigneur Jésus dans l’Église naissante », prolégomènes à son maître-livre de la fin des années 1930. Un semblable intérêt le guidait avec d’autres choix : comment écrire une vie de Jésus où l’histoire s’harmoniserait avec les Écritures et la Tradition ? Les RSR n’ont cessé de revenir sur le problème du « Jésus historique », la revue ne pouvant masquer les évolutions, bien sûr des débats, mais encore de ses prises de position, faisant de notre publication un des témoins et un des