L’exégèse critique aujourd’hui

Dans Let the Reader Understand, R.M. Fowler applique à la communication textuelle dont relève l’écriture biblique le modèle par lequel R. Jakobson décrivait la communication verbale. Ce modèle permet d’articuler les principales méthodes exégétiques. Après la querelle des méthodes, une complémentarité se dessine donc sans que toute tension dans leurs résultats ne soit pleinement dissipée. Le débat exégétique est néanmoins relancé aujourd’hui par la critique que la pensée postmoderne adresse aux fondements mêmes des méthodes exégétiques qui se sont développées avec la modernité. Le débat affecte chacune des dimensions de la communication textuelle et explique l’apparition de nouvelles approches du texte biblique.

L’étape critique de la réception biblique

Si entre le XVe et le XXe siècle on peut distinguer deux histoires de l’exégèse critique, la première qui court du XVe au XVIIIe marque effectivement une crise de la lecture de la Bible. Celle-ci porte d’abord sur la fiabilité du texte et de ses traductions pour mettre bientôt en doute la légitimité et la justesse du principe allégorique qui avait dominé la chrétienté jusqu’à la fin du Moyen Âge. Entre le milieu du XVIIe siècle et le milieu du XVIIIe, Richard Simon et Jean Astruc prennent à bras le corps un long héritage et surtout les difficultés qui n’ont cessé de s’accumuler pour ouvrir à la réception et à l’intelligence du texte une voie que la modernité exigeait tant d’un point de vue épistémologique que d’un point de vue théologique.

Exégèse critique, Exégèse patristique

Dans le cadre des célébrations du Centenaire des Recherches de Science Religieuse, la Faculté de théologie de l’Université catholique de Lyon ainsi que l’Institut des « Sources chrétiennes » ont offert à la revue leur hospitalité pour un deuxième colloque qui a eu lieu le 21 janvier 2010…

Précarité institutionnelle de l’Église et radicalité du Royaume

L’Église de Jésus-Christ, sous sa forme visible et institutionnelle, à la fois plurielle et une, n’est pas une fin en soi et, même dans l’ordre du salut, garde un caractère second et instrumental. Chez Calvin, l’Église, comme Église invisible, doit son existence à l’élection de Dieu. Mais la distinction entre Église visible et Église invisible prend son origine, chez le Réformateur, dans la nécessité de justifier la critique théologique et pratique de l’Église romaine. Nous sommes donc ici à un carrefour entre la fondation théologique de l’ecclésiologie et sa condition historique. À terme, c’est-à-dire à l’aune de l’espérance de la venue du Royaume de Dieu et de la communion des saints, la distinction entre Église visible et Église invisible s’estompe, non en faveur de la seconde, mais en fonction du règne universel et final de Dieu, lequel transcende les limites de toute forme d’ecclésialité. Mais cette délimitation claire entre l’Église et le Royaume de Dieu, ou, exprimé d’une autre manière,

La distinction « incorporé à » / « ordonné à » dans Lumen gentium

La répartition habituelle des traités en théologie laisse souvent l’ecclésiologie à distance des questions touchant au pluralisme religieux et c’est davantage le christologue ou le spécialiste de la théologie fondamentale qui sont sollicités. Pourtant, les débats ayant trait à cette question ne sont pas sans répercussions sur l’ecclésiologie et spécialement sur l’articulation entre l’Église et le Règne de Dieu. Dans cette perspective, il est utile de revenir sur deux expressions qui qualifient le lien à l’Église au concile Vatican II , à savoir « incorporé à » (LG 14) qui qualifie l’appartenance des catholiques à leur Église et l’expression « ordonnés à (…) l’unité du Peuple de Dieu » qui s’applique à « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile ». Cette façon dont le concile a décrit le lien entre l’Église et ceux qui n’en font pas partie appelait à préciser à son tour le lien entre l’Église et le Règne de Dieu. Sur ce point, une étude généalogique permettra de percevoir l’importance de l’évolution opérée par le

La proclamation du Royaume de Dieu comme marqueur de continuité entre Jésus et l’Église dans l’oeuvre de Luc

« Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue » : la célèbre formule d’A. Loisy, souvent mal comprise, doit être replacée dans son cadre d’origine expliquant que l’Église a élargi la forme de l’Évangile qui ne pouvait être conservée telle quelle dans la période qui a suivi la fin du ministère terrestre de Jésus. Dans cette ligne, l’Église s’inscrit à la suite de Jésus non pour s’identifier au Royaume, mais afin d’en poursuivre l’annonce. C’est bien ainsi que nous pouvons comprendre le rapport entre les trois termes « Jésus », « Royaume » et « Église », dans le sens du prolongement d’une même proclamation du salut. En effet, c’est plutôt que le rapport entre Jésus, le Royaume et l’Église doit être envisagé. L’annonce du Royaume joue un rôle important, voire capital, quand on s’interroge sur la raison d’être et la finalité de l’Église d’après le Nouveau Testament. Dans cette perspective, le Royaume de Dieu semble nettement intervenir comme un marqueur de continuité entre Jésus et l’Église. Et c’est

Crise, christianisme et société contemporaine

Une sourde appréhension hante aujourd’hui les consciences : « Le christianisme survivra-t-il à la modernité ? S’il a été un facteur historique de civilisation, sa pertinence est-elle caduque quand cette civilisation se transforme, comme cela est le cas dans le monde contemporain ? De quelles quêtes, de quelles souffrances, les regards portés sur lui, de l’intérieur comme de l’extérieur, sont-ils symptômes ? Quels en sont les dynamismes fondamentaux ? À quelles conversions l’expérience chrétienne est-elle appelée ? Pour baliser des pistes de réponses à ces questions, nous questionnerons ici l’institution culturelle du christianisme, c’est-à-dire les modes selon lesquels, dans son histoire, il a soutenu du sens et se trouve, aujourd’hui, confronté à une conjoncture inédite. Cette institution culturelle comprend davantage que la vie interne et l’action des Églises qui à la fois la débordent et en dépendent. Par christianisme, nous entendons donc saisir les modes variés par lesquels se sont inscrites, historiquement, « des nappes de produit relatives à des systèmes de production » en transactions constantes avec le « monde ».

Jésus et l’histoire. À propos des travaux de John P. Meier

Comment aborder le personnage de Jésus de Nazareth selon une perspective strictement historique ? Pour bien comprendre et répondre à cette question, on propose ici de distinguer de manière claire et tranchée le point de vue de l’histoire en milieu scientifique et celui de l’histoire en milieu théologique. Les travaux de John P. Meier, qui serviront d’exemple significatif, posent la question suivante : sa recherche sur Jésus relève-t-elle de l’histoire en science ou de l’histoire en théologie ? Après avoir rappelé et précisé les attendus et méthodes de la recherche historique sur Jésus de Nazareth en milieu théologique puis en milieu scientifique, l’auteur voudrait plaider ici pour une épistémologie de la recherche sur Jésus de Nazareth en histoire.

La clarté d’une fin : l’interprétation historico-critique de la Bible

Si, par rapport à l’avant-propos du premier tome (cf. l’article du même auteur sur ce tome dans RSR 96/2 [2008], 219-240), on doit prendre acte d’une plus grande rigueur de vocabulaire dans ce second tome, la lecture de l’avant-propos oblige encore à revenir sur ce qui avait provoqué un certain malaise : une conception par trop étroite de ce qu’il faut rigoureusement désigner soit comme « approche critique », ou « approche historico-critique », « critique » ou « recherche historico-critique », ou « exégèse critique ».Dans ce second tome, J. Ratzinger / Benoît XVI affirme un peu trop vite que « l’interprétation historico-critique a donné tout ce qu’elle avait à donner » et offre un propos quelque peu simplificateur lorsqu’il considère le travail de l’exégèse de notre époque en le taxant non seulement d’« herméneutique positiviste », mais aussi de « devenir théologiquement insignifiant ».