La question christologique : une théologie de la vie de Jésus ?

Puisque l’ouvrage de Meier s’intéresse au Jésus historique et qu’il s’efforce d’en préciser peu à peu le « portrait », il est légitime de se demander si les enquêtes ainsi menées permettent d’envisager aujourd’hui une nouvelle théologie de la vie de Jésus, et, si oui, à quelles conditions. Les trois séries de réflexions ici proposées – sur la position de Jésus dans le monde juif, sur ses miracles, et finalement sur la question de son identité – permettent d’apporter une première réponse à cette question.

Morale commune et théologie face à la vie et à la mort

Les problèmes de la vie commençante (procréations médicalement assistées) et ceux de la vie finissante (euthanasie/soins palliatifs) déterminent deux secteurs importants de la bioéthique. La démarche éthique de toutes les personnes concernées par ces problèmes (patients, médecins, pasteurs, etc.) commence par une information sérieuse sur les données scientifiques, biologiques ou médicales, sur les situations des personnes et leurs implications anthropologiques et sociales. Elle requiert ensuite, mais toujours en lien étroit avec ces approches technologiques, l’analyse, principalement philosophique, des concepts de personne et de corps humain, de dignité et de respect de la personne, analyse attentive à la fragilité de l’être humain et aux conflits qui peuvent surgir entre valeurs humaines et procédures médicales comme entre les situations individuelles et les impératifs de la loi. A la « morale commune », (P. Ricoœur) élaborée par le discours philosophique, la théologie ajoute son intuition propre de la gratuité de l’amour et de la responsabilité d’autrui, puisée dans la révélation de l’Alliance et de l’identification du

Créativité éthique dans le champ de la bio-médecine

Une éthique de la bio-médecine s’élabore depuis plus de vingt ans dans des institutions hospitalières, professionnelles ou politiques. Elle vise à protéger les droits de la personne face aux progrès de la techno-science. Elle est pluridisciplinaire et mêle aux chercheurs des penseurs de diverses familles d’esprit. Une aide à la décision est proposée aux praticiens par plusieurs méthodes : les « conférences de consensus » entre experts, les « protocoles » de soins, les « arbres décisionnels » qui connectent toutes les hypothèses possibles et leurs issues prévisibles, l’évaluation médico-économique des coûts et de l’utilité des soins. L’éthique clinique qui commence à être intégrée aux études médicales s’intéresse aux décisions prises, ou à prendre, au chevet du malade. Des méthodes d’analyse de ces cas ont été mises au point, pour tenir compte, notamment, de la situation singulière, physique, mentale, sociale du patient et des modalités de l’expression de sa volonté. Ces analyses et prospectives font appel, entre autres spécialistes, au concours d’«- éthiciens », représentants des diverses « valeurs » spirituelles reconnues dans la

Théologien dans un comité national d’éthique

Les personnes appelées à faire partie d’un comité national d’éthique sont choisies à raison de leurs connaissances pratiques d’un domaine de la recherche biomédicale, ou d’un secteur particulier de la vie sociale, ou d’une tradition philosophique ou spirituelle, – le théologien entrant évidemment dans cette troisième catégorie sans être pour autant le représentant attitré d’une Église. Le bon fonctionnement du comité requiert, comme première base éthique, un apprentissage de la communication entre ces différents experts et une grande attention aux données techniques des questions à élucider. Chaque groupe d’experts aborde, en effet, les enjeux éthiques de ces questions du point de vue propre à leurs disciplines professionnelles ; cependant, à défaut d’intérêts ou de convergences idéologiques, des références communes à la dignité de la personne, aux droits de l’homme, au devoir moral, à la responsabilité, permettent de négocier des compromis prudentiels entre des valeurs opposées. Le théologien intervient dans ces débats, souvent de concert avec le philosophe, pour approfondir l’approche rationnelle des

L’actualité des Lumières

Le discours officiel de l’Église catholique met volontiers en cause, depuis plusieurs années, la rationalité des Lumières sous le nom de « modernité ». La raison occidentale qui se détourne de la transcendance est accusée de conduire l’humanité à sa perte, rendue responsable de la décadence des mœurs, et de toutes les formes de totalitarisme; la Shoah serait le fruit amer d’une telle perversion. Il est vrai que les Lumières ont été dénoncées depuis longtemps sous des aspects divers, par le Romantisme, par l’École de Francfort, et le sont encore par toutes les critiques adressées à la raison instrumentale. Mais ces critiques émanent de la méme raison, elles s’inscrivent dans la ligne d’une évolution de la rationalité qui a commencé bien avant les Lumières, elles ne rejettent aucun de ses acquis, en particulier la liberté de penser face à tous les autoritarismes, notamment religieux, elles gardent la même vision d’un monde sécularisé. La pensée catholique devrait faire l’effort de mieux comprendre cette évolution

Comment fonder une éthique de la nature ? Un essai de pensée chrétienne à partir de Simone Weil

La crise écologique fait sentir la nécessité d’élaborer une éthique de la nature. Elle provoque l’affrontement, en particulier en Allemagne, d’une tendance philosophique, qui fonde le devoir de l’homme envers la nature sur le propre bien de l’homme, et d’une tendance théologique, qui fonde ce devoir sur l’immanence de Dieu dans la nature. Il semble qu’on puisse trouver chez Simone Weil (quitte à corriger sa pensée) une autre voie, esthétique, qui éviterait les insuffisances ou les dangers de ces deux tendances : la perception de la beauté du monde, appréhendée comme trace de la présence du Dieu absent.

Le symbolisme du Temple et le Nouveau Temple

Le symbolisme du temple court d’un Testament à l’autre, non sans de profondes transformations. Dans toutes les religions, le sanctuaire est conçu comme le centre du cosmos, point de rencontre du ciel et de la terre, et sa construction reflète la cosmogenèse. Le Temple de Jérusalem, qui a pu subir l’influence des anciens cultes cananéens et des civilisations voisines, n’échappe pas à cette loi générale. Mais la perspective historique et eschatologique, qui caractérise la foi yahviste, recouvre les symbolismes cosmologiques. On les reconnaît néanmoins dans des détails architecturaux, comme les chérubins, dans le mobilier du Temple, le voile, ou encore dans le vêtement du Grand-Prêtre. Le Nouveau Testament assume le langage symbolique de l’Ancien, bien déstabilisé, à l’époque où Jésus entre en scène, par les évolutions et les antagonismes des divers groupes religieux. Un processus de spiritualisation et d’intériorisation s’était mis en route dans les écrits apocalyptiques et qumrâniens. Le rapport mis par les évangiles entre Jésus et le Temple,

Le dogme comme mode original d’affirmation dans la culture

L’étude de l’élaboration historique du dogme du péché originel est propre à dissiper l’illusion qu’il descendrait le cours du temps : il le remonte en réalité. On l’observe en particulier dans la genèse de ce concept chez Augustin, en réponse à la doctrine manichéenne du mal: la rédemption du Christ reflue vers les origines de l’humanité pour dévoiler notre responsabilité de la faute sous le pardon divin qui la recouvre. Ce dogme fournit une clef de lecture de l’histoire, il montre la présence active de l’amour et du pardon aux origines du temps, pour dénoncer et réprimer la violence des hommes ; il conteste l’inertie du temps par la profusion du pardon, il exprime un sens de l’existence, il enseigne une intelligence de la temporalité. Le cas du péché originel illustre le fonctionnement du dogme en général dans la culture, bien au-delà de la sphère de l’Église, son rôle à la fois révélateur, contestant et régulateur. Encore faut-il savoir interpréter les dogmes,