Bultmann et l’exégèse d’aujourd’hui

Peu cité de nos jours par les exégètes, si ce n’est pour redresser ses méthodes (ainsi de la théorie des formes littéraires) ou pour contester et dépasser ses conclusions (sur le messianisme en particulier), Bultmann n’en reste pas moins présent aux grands questionnements bibliques de notre temps : parce qu’il en a été souvent l’initiateur (en matière de recherches de l’histoire littéraire des textes évangéliques), mais tout autant parce que plusieurs de ses intuitions sont définitivement acquises (avant tout, l’idée que la tradition précède l’écriture) et parce que, de toutes façons, les problèmes qu’il a soulevés demeurent. Le grand procès intenté à Bultmann, par ses propres disciples en premier lieu, concerne son traitement négatif de l’historicité de Jésus. Les recherches entreprises depuis lors sur ce chapitre aboutissent cependant à des résultats assez proches des siens, mais elles sont libérées du positivisme historiciste auquel il a paru succomber (par exemple, sur la question des miracles). Un autre contentieux vient de son herméneutique,

René Marlé et la théologie pratique

L’expression de « théologie pratique » donne une clé de l’interprétation que faisait René Marlé de sa propre pratique de la théologie, telle qu’il l’a mise en œuvre notamment à l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique de Paris et dans ses inlassables contributions au mouvement catéchétique. C’est aussi un clé de l’unité de sa vie de croyant, de savant et de formateur. Articulée sur une approche herméneutique, confrontée aux rationalités modernes d’un côté, et sur une analyse des pratiques, familière des sciences humaines d’autre part, cette pratique théologique, pleine de pudeur, alliait le souci pédagogique de la formation des esprits et de la transmission du savoir aux recherches les plus aiguës sur les problèmes contemporains de la foi.

Les diverses dénominations de la Bible

On se propose ici de faire l’inventaire des diverses expressions utilisées par les juifs d’abord, par les chrétiens ensuite, pour désigner le corps des écrits bibliques. Cette recherche est basée sur la langue grecque et étendue à l’hébreu et au latin. Le but est d’analyser l’évolution sémantique qui a déterminé l’usage spécifique de ces mots. Cinq groupes d’appellations sont étudiés, construits respectivement autour des mots grecs : graphè (« écriture »), biblos (« livre »), nomos (« loi »), logos (« parole ») et diathèkè (« testament »). L’ajout d’autres mots ou épithètes précise l’intention théologique qui s’énonce dans ces appellations, ainsi « écritures saintes », « le livre de la Loi » et, évidemment, « Ancien » et « Nouveau Testament ». Tout un espace culturel et religieux se construit au moyen de ces usages linguistiques.

Sur les fondements de la recherche en théologie biblique

Dans la ligne tracée par les travaux de Paul Ricœur, familier aux exégètes, l’herméneutique biblique doit se préoccuper du lien de la pensée hmaine avec la vie de l’univers., du rapport de l’écriture à la loi ou à l’éthique, de la consonance profonde de la pensée religieuse avec le langage symbolique. L’écriture est, en effet, l’une des techniques par lesquelles l’être humain, dès ses origines, assure sa maîtrise sur l’univers ; l’écrit lui sert à codifier la vie en société et le fonctionnement de l’autorité. La comparaison des diverses cultures religieuses entre elles permet de discerner le travail original de la foi d’un peuple sur les symbolismes dont il a hérité.

Gratuité de Dieu

Notre époque de culture sans Dieu, celle du « discours sur la mort de Dieu », provoque la théologie à se concentrer sur la Croix du Christ pour y reconnaître le lieu même de la révélation de Dieu et fonder du même coup le vrai sens de la « mort de Dieu ». Si l’athéisme est né de l’impuissance de la pensée moderne à concevoir la nécessité de Dieu (cf. E. Jüngel), la théologie de la Croix en apporte la justification ; car la connaissance naturelle de Dieu ne peut se réclamer d’aucune nécessité rationnelle, quand la révélation de Dieu sur la Croix — scandale pour la raison — échappe à toute évidence externe et fait savoir que l’existence de Dieu n’a pas de fondement dans ce monde. La gratuité est donc caractéristique de cette révélation, la marque de son humilité. L’événement de la Croix est l’avènement historique de la liberté de l’homme face à Dieu, liberté de croire et de ne pas croire, d’exister avec Dieu ou sans

Note sur l’iconographie du Prologue de Jean

Le Prologue a engendré une production iconographique importante, qui est la traduction visuelle de la théologie johannique. On en donnne ici une illustration, tirée d’un évangéliaire byzantin du xie ou xiie siècle (le Paris gr. 64), et on étudie quelles exégèses picturales elle propose du Verbe qui était « au commencement auprès de Dieu ». Le problème d’interprétation ainsi posé est significatif de la complexité des rapports entre « pensée discursive » et « pensée figurative ».