Éditorial 109/4

Historiographie du catholicisme européen contemporain   Écrire l’histoire du catholicisme contemporain en Europe relève d’un « métier », si l’on veut reprendre ce terme à Marc Bloch et à son essai, Apologie pour l’histoire ou le métier d’historien, édité à titre posthume par Lucien Febvre en 1949. Placer ce numéro sous les auspices de ces deux maîtres, dans lesquels la profession se reconnaît encore en France, malgré tous les débats et les évolutions que la discipline historique a connues depuis, c’est délibérément inviter les théologiens à accepter de faire un détour. Comment en théologiens se rapporter à l’histoire, et en particulier à l’histoire du contemporain ? L’expression pourrait sembler contradictoire à moins qu’elle ne risque d’enfermer le théologien dans le piège de ne considérer les problèmes auxquels il s’affronte qu’à partir de son présent, le plus souvent aujourd’hui hanté par l’inquiétude d’un avenir incertain.

Introduction au numéro 109/3

(Paris, 6 – 8 janvier 2021) Aujourd’hui la fécondité de la pensée de Karl Rahner n’est plus à démontrer. Nombreux sont ses interprètes et quasi innombrables les travaux de celles et ceux qui se sont inspirés de sa théologie pour penser leur propre pratique dans l’Église et la société ou ont poursuivi son travail de manière créative, voire l’ont infléchi sur tel ou tel point débattu. L’achèvement des trente-deux volumes de l’édition critique allemande en 2018 (Sämtliche Werke, Herder) relancera sans doute ce processus de réception mondiale sur la base d’une documentation désormais bien plus étendue et rendue parfaitement accessible grâce aux registres et une banque de données, établis par Albert Raffelt. En francophonie, les huit volumes déjà parus de l’Édition critique autorisée (Éditions du Cerf) permettent de se faire une image plus précise de la pensée de ce grand classique du XXe siècle, souvent caricaturée ou réduite au seul Traité fondamental de la foi.

Éditorial 109/2

Ministère épiscopal et ministère presbytéral La crise des ministères pastoraux dans l’Église catholique en Europe, telle qu’elle a été décrite et analysée dans le premier numéro de ce dossier (RSR 109/1 [Janvier-Mars 2021], suscite et nécessite – comme toute crise – des considérations historiques sur son « avant » et, si possible, sur un « après ». La théologie ne peut donc aborder la situation actuelle et l’avenir des ministères sans recourir aux travaux des historiens, voire se faire elle-même histoire critique des configurations successives de la ministérialité ecclésiale au sein d’une longue tradition pluriforme. Ainsi doit-elle débusquer des légitimations idéologiques sans fondement, détecter des compromis et des « bricolages », expliciter les liens entre des discours doctrinaux tenus pour pérennes et des réalités sociales dépassées qui les sous-tendent ; tout cela pour chercher positivement ce qui est « normatif », toujours intrinsèquement lié à un contexte et donc relevant d’une herméneutique, et pour libérer ainsi la créativité pastorale.

Éditorial 109/1

Église et ministères pastoraux I. Fondement charismatique et institutionnalisation de l’envoi Dans les années soixante-dix du siècle dernier, à la suite du deuxième concile du Vatican, la question des ministères pastoraux a donné lieu à un nombre non négligeable de travaux de recherche en histoire du christianisme et dans les sciences sociales, en ecclésiologie, théologie sacramentaire et droit canonique. À l’époque, on aurait pu croire que, pour longtemps, l’essentiel était dit. Mais les évolutions rapides au sein de nos sociétés européennes et dans nos Églises ont fait qu’à plusieurs reprises l’interrogation sur l’avenir de la figure pluriforme de ce ministère a été remise sur le métier ; débats interrompus par des phases d’apparente tranquillité ou de lassitude face à un recentrement institutionnel sur le ministère du prêtre dans les années quatre-vingt-dix, jugé par d’aucuns comme retour à un passé sans avenir.

Éditorial 108/4

La vie éternelle Source toujours jaillissante ? La « vie éternelle » est incontestablement, comme le soulignait récemment le Pape François, une « ligne de crête » de la foi chrétienne et sans doute l’une des plus escarpées. Dès qu’il s’agit de confronter nos espérances à la réalité de la mort, tout se passe comme si les mots pour mettre ces deux dimensions en rapport nous faisaient défaut. Rien d’étonnant à cela : la ligne de crête qui sépare le versant de la foi et le précipice de la peur a, depuis toujours, de quoi donner le vertige et, souvent, le silence est préférable au vite-dit bavard. C’est ce vertige qui se fait sentir dans la manière dont l’Épître aux Hébreux articule le constat que « le sort des hommes est de mourir une seule fois » (He 9,27) et l’unicité de la Passion du Christ.

Éditorial 108/3

Dossier préparatoire du 27e colloque des RSR (Paris, 12-14 novembre 2020) Il pourrait sembler incongru de s’intéresser, en pleine crise de pandémie, à un penseur, certes parmi les grands « classiques » du XXe siècle mais tout de même éloigné de nos préoccupations actuelles, par ailleurs omniprésentes dans les dernières livraisons des Recherches de Science Religieuse. Mais un interview de Karl Rahner, donné il y a exactement quarante ans, nous fait dresser l’oreille : Je ne suis pas un scientifique, déclarait-il, et ne veux pas non plus l’être. Mais j’aimerais être un chrétien qui prend le christianisme au sérieux, qui vit sans appréhension dans le temps d’aujourd’hui et qui, dans cette position, se laisse donner tel ou tel problème, un troisième et un vingtième, et qui y réfléchit. Si alors on veut appeler cela « théologie », c’est bien. (« Der Werdegang eines Theologen. Gespräch mit Peter Pawlowsky im 1. Fernsehprogramm des Österreichischen Rundfunks 1980 », dans Sämtliche Werke, 31, p. 247). Et si c’était précisément cette manière de

Éditorial 108/2

La Sagesse par Christoph Theobald Une fois n’est pas coutume. Il a semblé en effet à la Rédaction des RSR que les bouleversements tant écologiques que socio-politiques et existentiels de notre époque méritent qu’on leur consacrât un dossier qui couvre plusieurs livraisons de la Revue. Portant sur la Sagesse, celle-ci vient donc à la suite du précédent numéro sur l’Apocalyptique (108/1 [janvier-mars 2020]) et conclut notre parcours sur une manière de vivre le temps de l’histoire, désormais insérée dans l’histoire de la terre aux prises avec une nouvelle ère géologique : celle de « l’anthropocène » où l’action humaine se transforme en force géologique dominante. La dernière livraison de l’an dernier (107/4 [octobre-décembre 2019]) avait inauguré notre série en traitant de l’impact de cette mutation sur la théologie de la création, avant de pouvoir aborder dans les deux premiers numéros de cette année la mise en crise de nos conceptions du temps et de l’histoire. Comme nous le verrons, c’est la conception même de

Éditorial 108/1

L’Apocalyptique par Christoph Theobald Si nous sommes effectivement entrés dans une nouvelle ère géologique, celle de l’« anthropocène » dont a traité le numéro précédent des Recherches de Science Religieuse (RSR 107/4), esquissant dans ce cadre une théologie de la création, il faut désormais scruter le temps de l’histoire humaine comme inséré dans l’histoire de la terre. À moins que « bientôt » il n’y ait plus de temps humain, comme tente de le penser le catastrophisme, selon lequel l’humanité a mis en œuvre une puissance technique telle que son impact sur la planète la mène inexorablement à sa perte ! Nous croisons ici l’« apocalypse » selon le langage courant désignant le malheur qui vient. Mais il est une autre manière de réagir : celle de la sagesse tournée vers le temps présent, le permettant humainement viable, tant au plan individuel qu’au niveau de nos liens affectifs et politiques.