« Vivre dans le temps présent avec réserve, justice et piété » (Tt.*), peut-il être désirable ?

À partir de la recommandation de l’auteur de la lettre à Tite, l’article, après avoir reparcouru la réélaboration théologique contemporaine autour d’une christologie eschatologique conduisant in fine à la notion de réserve eschatologique, examine la notion de réserve comme une attitude qui peut renouveler toutes les relations de la vie et permettre de mettre l’accent sur des notions anthropologiques tel que la perte, la fraternité, la vocation, en lien avec les conseils évangéliques.

Le corps du témoin. Sur la vision eschatologique du martyr

Dans cet article, deux hypothèses se croisent. La première affirme que l’eschatologie n’est pas une représentation du monde, ni même seulement une conception du temps, mais un mode de vision spécifique. La seconde consiste à inscrire cette vision dans l’institution théologico-politique du martyre, telle qu’elle s’est déployée au début du IIe siècle de notre ère entre judaïsme et christianisme. Une double hypothèse, qui permettra de parler d’une vision eschatologique du martyr, mais aussi de questionner la construction d’un nouveau corps collectif devant le témoignage du martyr.

Précarité institutionnelle de l’Église et radicalité du Royaume

L’Église de Jésus-Christ, sous sa forme visible et institutionnelle, à la fois plurielle et une, n’est pas une fin en soi et, même dans l’ordre du salut, garde un caractère second et instrumental. Chez Calvin, l’Église, comme Église invisible, doit son existence à l’élection de Dieu. Mais la distinction entre Église visible et Église invisible prend son origine, chez le Réformateur, dans la nécessité de justifier la critique théologique et pratique de l’Église romaine. Nous sommes donc ici à un carrefour entre la fondation théologique de l’ecclésiologie et sa condition historique. À terme, c’est-à-dire à l’aune de l’espérance de la venue du Royaume de Dieu et de la communion des saints, la distinction entre Église visible et Église invisible s’estompe, non en faveur de la seconde, mais en fonction du règne universel et final de Dieu, lequel transcende les limites de toute forme d’ecclésialité. Mais cette délimitation claire entre l’Église et le Royaume de Dieu, ou, exprimé d’une autre manière,