Jésus et l’histoire. À propos des travaux de John P. Meier

Comment aborder le personnage de Jésus de Nazareth selon une perspective strictement historique ? Pour bien comprendre et répondre à cette question, on propose ici de distinguer de manière claire et tranchée le point de vue de l’histoire en milieu scientifique et celui de l’histoire en milieu théologique. Les travaux de John P. Meier, qui serviront d’exemple significatif, posent la question suivante : sa recherche sur Jésus relève-t-elle de l’histoire en science ou de l’histoire en théologie ? Après avoir rappelé et précisé les attendus et méthodes de la recherche historique sur Jésus de Nazareth en milieu théologique puis en milieu scientifique, l’auteur voudrait plaider ici pour une épistémologie de la recherche sur Jésus de Nazareth en histoire.

Une christologie de la Gestalt eschatologique

Ainsi que le soulignait H. Duméry, le miracle ne doit pas lâcher la « topique théologique » s’il ne veut pas « s’égarer sur un terrain de fausse science ». Le genre « évangile » intègre certes la thaumaturgie, mais il intègre aussi son motif correcteur et son « thème compensateur », dont le « croire sans voir » (Jn 20, 29) « agit comme réducteur de toute adhésion sur preuves, de toute foi sur constats ». Meier semble négliger cette contre-épreuve, pourtant instructive et probablement décisive quant à l’élucidation de l’identité du Messie et du prophète eschatologique Jésus. La mise en exergue d’une « tradition des miracles » donne aussi parfois l’impression que la confession de foi est secondarisée, comme si le motif pascal interférait telle une composante susceptible d’être détachée du récit au profit de l’acte de guérison qui vérifie et confirme le résultat, associant l’historicité bien établie de la tradition des miracles et la christologie sui generis qui en découle. Or, le miracle ne peut être isolé comme acte de puissance et de transgression laissé à la discrétion