Enjeux du numérique en théologie pastorale et en pédagogie religieuse

Comment le numérique et la promotion de l’image dans notre culture contemporaine modifient-ils non seulement les manières de vivre en Église, mais la manière de penser la foi et sa transmission ? C’est à un véritable bouleversement dans nos manières de penser, de communiquer, de former, de transmettre la foi et d’évangéliser, que le déploiement des technologies du numérique continue de nous conduire. C’est une sorte d’« écosystème digital » qu’elles établissent. La contribution prend en compte sept défis principaux qu’une e-pastorale et une « e-catéchèse holistique » s’emploient à relever à l’ère des « écologies digitales », du fait des modifications de nos rapports aux savoirs, à la vérité, à la temporalité, à l’autorité, à l’expérience spirituelle, à la pédagogie d’initiation et à la communauté. Ce sont des formes de combinaisons hybrides entre propositions pastorales et catéchétiques en présentiel et en ligne que nous sommes poussés à développer, car vu la loi de l’incarnation « synesthétique » au cœur de la foi chrétienne, le tout numérique demeure une illusion.

Que fait le numérique à la recherche patristique ?

Dans le domaine des études patristiques, le tournant numérique a apporté un certain nombre de changements, d’ampleur variable, sans modifier fondamentalement la nature des travaux menés. Sont envisagés successivement la préparation des éditions critiques, l’utilisation des corpus de textes et des répertoires électroniques de citations, puis diverses autres facettes. La question de la gratuité de l’accès aux ressources, ainsi que de la pérennité des ressources numériques concernées, est évoquée de manière transversale.

L’usage du numérique dans la recherche biblique

Les ressources numériques (sites en ligne, logiciels, plates-formes) mettent aujourd’hui à la disposition du chercheur une quantité considérable d’informations. Parallèlement à cette fonction encyclopédique, des procédés assistés par ordinateur permettent d’obtenir des résultats remarquables en ce qui concerne notamment la stylométrie, l’analyse linguistique ou la critique textuelle. L’accent est mis sur la critique textuelle du Nouveau Testament où deux approches concurrentielles s’affrontent à l’heure actuelle. Une comparaison conduit à se poser la question : l’usage du numérique est-il neutre ?

Que font les humanités numériques aux sciences dites humaines ?

Les humanités sont affectées massivement par les nouveaux outils numériques, recueil de données comme traitement algorithmique de ces données. Au-delà des facilités de stockage de textes et de navigation dans des corpus, dans quelle mesure le tournant digital transforme-t-il les humanités ? Dans cet article je m’appuierai sur le constat précédemment dressé dans Les sociétés du profilage (Huneman, 2023) du glissement d’une épistémologie plutôt causale vers une épistémologie purement statisticaliste et prédictive lorsque les données massives opèrent, pour interroger la nature et la nouveauté des humanités dites digitales. À partir d’une description du « data mining » en histoire des sciences je généraliserai la description des humanités numériques comme modélisation décentrante en troisième personne. Dans un dernier temps j’analyserai leur place dans le système des humanités, en insistant sur l’exigence d’une positon critique spécifique impliquant la dimension herméneutique des humanités, pour que le tournant numérique exprime sa puissance de nouveauté plutôt qu’un redoublement stérile ou un remplacement fort biaisé des savoirs existants.