Histoire et Théologie(s)

Les revues scientifiques de théologie constituent un bon angle d’analyse des débats institutionnels, idéologiques, politiques liés à la « production » sociale de cette discipline, ainsi qu’un excellent laboratoire des recompositions des « savoirs du religieux » au cours du XXe siècle. Dans cette contribution, nous explorons la manière dont la revue s’attaque aux problèmes méthodologiques concernant la relation complexe théologie-histoire en examinant les choix théoriques d’Henri de Lubac et de Michel de Certeau et les débats qui les confrontent.

Corpus mysticum revisité

Corpus mysticum demeure l’un des principaux ouvrages de Henri de Lubac. À la relecture, il apparaît que son but principal – restaurer la dimension ecclésiale de l’eucharistie – est inséparable d’une réflexion sur la sacramentalité. En même temps que l’adjectif «mystique» en venait à qualifier l’Église plutôt que l’eucharistie, son sens s’affaiblissait. Dans la réflexion et la piété eucharistiques, on tendait à dissocier, sinon à opposer, « réalité » et « symbole », à dévaluer le registre du symbolique/sacramentel au profit de la « vérité ». Que les inflexions remontent au IXe ou au XIe siècle, une perte en venait à affecter la compréhension du mystère eucharistique, les questions se posant de savoir dans quelle mesure la théologie ultérieure devait s’en trouver affectée. L’ouvrage érudit du théologien jésuite avait donc une dimension militante, qui ne pouvait qu’affecter sa réception, mais devait se révéler à plus long terme riche de ressources.