Pour une concitoyenneté évangélique

L’ecclésiologie de communion figure parmi les avancées majeures du concile Vatican II. La situation présente de l’Église suggère que ce concept n’a pas bénéficié des concrétisations structurelles qu’il appelait. Moingt propose une double intuition, d’une part qui lie fermement la qualité de la communication entre l’Église et le monde au type de relation que les chrétiens entretiennent entre eux et, d’autre part, qui commande une réinterprétation de la Révélation beaucoup plus attentive à l’originalité indépassable du don de l’Esprit.

Le « sacerdoce » dans le discours catholique avant Vatican II

Le discours catholique sur le sacerdoce ministériel avant Vatican II peut être étudié à partir des textes pontificaux de la première moitié du XXe siècle et d’une lettre pastorale du cardinal Suhard. Ces documents représentent les états ultimes d’une tradition qui fait du prêtre un homme séparé du peuple, médiateur entre Dieu et les hommes, dans une perspective christologique qui finit par définir son sacerdoce comme participation au sacerdoce du Christ. La prise de conscience, dans les décennies précédant le concile, de la nécessité d’un rôle « missionnaire » conduisit à vouloir faire du prêtre, homme séparé, un homme immergé dans le monde qu’il doit évangéliser. Il n’est pas sûr que le recours, alors renforcé, à la thématique de la médiation sacerdotale ait suffi à honorer un programme aussi ambitieux, sinon contradictoire.

Ordonner des pasteurs

Les déséquilibres doctrinaux de la théologie courante de l’ordination aggravent la crise actuelle du clergé. Selon la Tradition, les pasteurs étaient situés dans leur Église et en vis-à-vis d’elle. Actuellement, prêtres et évêques sont surtout envoyés à leur Église, après une ordination qui les fait personnellement prêtres ou évêques, et en second lieu pasteurs d’une Église, après coup. Cet accent sur la personne individuelle des ministres (vocation antérieure à l’appel de l’Église ; pouvoirs personnellement possédés ; identification au Christ), grève l’ecclésiologie de communion et met l’accent sur l’Église comme organisation. L’évangélisation bénéficierait du retour aux équilibres traditionnels analysés dans l’article.

Instituer l’ininstituable

La crise des abus sexuels commis par des clercs interroge la cohérence de la théologie catholique des ministères et le risque d’épuisement institutionnel des dons de l’Esprit saint. Le pôle charismatique n’est pas extérieur à l’institution mais il est un rappel intérieur de sa propre vocation et nul ne devrait pouvoir s’en arroger la propriété ni prétendre en épuiser l’infinie diversité. Pour envisager la place des ministères pastoraux dans la communauté, il convient de tenir un paradoxe : ce qui édifie l’autorité dans l’Église est en même temps ce qui la corrige et la décentre d’elle-même. La constitution eschatologique de l’Église implique pour l’autorité une non-disponibilité radicale à la fois de son fondement et de son objet. Une telle perspective vient corriger tout régime d’eschatologie réalisée qui ne prendrait pas en charge l’historicité du rapport de l’Église à son essence.