La vie éternelle, selon les Écritures

La notion de « vie éternelle » se trouve aujourd’hui grevée d’une interprétation statique et anhistorique. Le retour au Nouveau Testament met en valeur l’ambivalence de l’adjectif « éternel » (en grec aiônios), inséparable de la notion d’éon (aiôn), désignant comme un espace-temps divin, inaccessible au sein de l’histoire, quoique déjà mystérieusement présent. Ce sera le propre des écrits johanniques que d’insister, tant sur le déjà-là d’une eschatologie anticipée que sur l’intériorité du sujet croyant, appelé à laisser sourdre en lui la « source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,14).

L’émergence d’une sensibilité apocalyptique dans l’histoire

L’apocalyptique ressort d’une sensibilisation particulière à l’événement vécu et à l’histoire, apparue dans l’Antiquité, qui utilise un système de représentations spécifique et qui ne se réduit pas à une matrice biblique. Une approche comparative de la littérature antique à l’époque hellénistique et romaine fournit les critères d’identification d’un événement apocalyptique : catastrophisme opposé au prévisionisme éclairé des Grecs et à leur principe de restauration, succession et chute des empires, désertion de(s) Dieu(x), renversement des situations et des valeurs, violence.  L’apocalyptique antique a produit une littérature de résistance culturelle et religieuse dans une période de persécution ou de rébellion. Elle participe de la construction d’une identité communautaire en ouvrant des possibilités d’action opposées allant de la résistance passive à l’action violente.