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Le miracle dans la théologie fondamentale classique
Que faire des miracles ? Cette question a passablement embarrassé la théologie catholique au cours des dernières décennies. Il est vrai que l’héritage des siècles passés n’était pas simple à recevoir. Longtemps, l’apologétique classique a fait jouer aux miracles un rôle qu’ils ne pouvaient remplir, celui d’argument péremptoire en faveur de la foi. Le présent essai tente de confronter les lacunes de l’apologétique classique aux ressources de la tradition théologique, en fonction de la situation nouvelle créée par les exigences critiques de l’épistémologie moderne ainsi que par les résultats convergents des historiens.
Le miracle au feu de la critique et au regard de l’analyse narrative
Le cadre de cet article est double : d’une part, il s’agit de se prononcer sur le traitement historico-critique du miracle auquel procède J. Meier et d’autre part de présenter comment l’analyse narrative aborde les récits de miracle. En d’autres termes : comment le miracle résiste-t-il à l’épreuve du feu (critique historique) et comment le récit de miracle s’expose-t-il au regard du lecteur (analyse narrative) ? L’enquête historique de Meier fait conclure avec une haute vraisemblance à une activité thaumaturgique de Jésus de Nazareth, mais ses résultats factuels sont modestes ; cette déception tient à la nature même du miracle, qui relève du signifié plutôt que du signifiant de la pratique de Jésus, l’historien se fixant sur le signifiant. La démarche narratologique a montré comment le récit qualifiait de miracles, à l’intention du lecteur, les gestes de Jésus ; dire « miracle » est donc un effet du texte, qui relaie la parole du témoin.
Une christologie de la Gestalt eschatologique
Ainsi que le soulignait H. Duméry, le miracle ne doit pas lâcher la « topique théologique » s’il ne veut pas « s’égarer sur un terrain de fausse science ». Le genre « évangile » intègre certes la thaumaturgie, mais il intègre aussi son motif correcteur et son « thème compensateur », dont le « croire sans voir » (Jn 20, 29) « agit comme réducteur de toute adhésion sur preuves, de toute foi sur constats ». Meier semble négliger cette contre-épreuve, pourtant instructive et probablement décisive quant à l’élucidation de l’identité du Messie et du prophète eschatologique Jésus. La mise en exergue d’une « tradition des miracles » donne aussi parfois l’impression que la confession de foi est secondarisée, comme si le motif pascal interférait telle une composante susceptible d’être détachée du récit au profit de l’acte de guérison qui vérifie et confirme le résultat, associant l’historicité bien établie de la tradition des miracles et la christologie sui generis qui en découle. Or, le miracle ne peut être isolé comme acte de puissance et de transgression laissé à la discrétion
La portée révélatrice des miracles de Jésus
Une première partie se donne pour tâche de faire apparaître que, loin de tout miser sur le caractère extra-ordinaire et merveilleux des « miracles » de Jésus, les récits évangéliques frappent plutôt par la « réserve » et la « discrétion » avec lesquelles ils rapportent ces actions étonnantes. Il est alors en un second temps possible, en référence à la Résurrection du même Jésus, de préciser non seulement en quoi lesdits miracles peuvent être tenus pour révélateurs de Dieu, mais plus globalement ce qu’ils sont susceptibles d’éclairer concernant l’œuvre de Dieu en général.