Le traité de saint Basile sur le Saint-Esprit (suite). Sa structure et sa portée

L’argumentation de Basile gravite tout entière, à travers l’exégèse biblique élaborée par la tradition, autour de la sémantique des prépositions doxologiques (par, dans, avec) de la liturgie. C’est la seule clef de lecture, fournie par lui-même, qui garantisse l’homogénéité de structure (contestée à tort) de l’ensemble de l’œuvre. Sa « Théologie » ou doctrine de la Trinité, cautionnée par le Symbole de foi de Constantinople I, met en lumière « l’Économie » ou disposition trinitaire de l’histoire du salut, qui associe indissolublement l’Esprit Saint à la mission du Fils, tout en « appropriant » à l’Esprit, « Don de Dieu », la mission sanctifiante et illuminatrice d’introduire dans la « familiarité » de Dieu.

Création et salut

L’Ancien et le Nouveau Testament associent constamment création et salut, deux notions que notre culture tend à séparer et que la théologie contemporaine voudrait réconcilier. Mais nos représentations du monde nous invitent à laisser aux sciences de l’univers le soin de parler de ses origines et il nous est devenu très difficile aujourd’hui de parler de l’acte créateur dans le registre de la « toute-puissance », concept ressenti comme contraire à l’autonomie humaine (D. Bonhoeffer), à la révélation de la Croix (E. Jüngel), à la bonté de Dieu (H. Jonas). Comment donc penser Dieu en tant que créateur ? L’événement de la mort et de la résurrection de Jésus révèle Dieu, en tant que partie prenante de cet événement, comme celui qui, depuis la fondation du monde, appelle un être du monde à devenir homme à sa ressemblance par la conquête de la liberté pour revêtir l’immortalité dans le Christ. Dieu crée l’être humain en s’effaçant devant lui pour le laisser advenir à sa

L’éthique de la vie face au décisionnisme moderne

L’esprit écologique entraîne l’éthique à redéfinir le rapport de l’homme à la nature en tant que mode de relations entre vivants dans le monde de la vie. L’éthique moderne pose une coupure entre nature et culture, fins naturelles et fins spirituelles ; elle postule que la reponsabilité est engagée uniquement dans la décision de poser un acte en fonction de l’état actuel du monde. L’éthique de la vie, que propose Hans Jonas, conteste cette coupure ; elle change la perspective de Kant en passant de la réciprocité des sujets à l’historicité du processus de la vie ; s’opposant également à l’utopisme de Marx, elle entend que la responsabilité du sujet assume le devenir historique de son action à l’égard des générations futures. Cependant, cette éthique reste encore trop affaire de décision et ne prend pas suffisamment en compte le champ d’application de ses normes. Aussi sera-t-il utile de la confronter aux recherches de J. Rawls dans le champ du consensus politique, ou à

Que dit-on, quand on dit Dieu créateur ?

Les analyses linguistiques modernes ont mis en lumière une dimension de la communication humaine qui est de l’ordre de la promesse, et qui est applicable au langage de la création. Tout récit de commencement est mythique et symbolique, en tant qu’il relève de l’imagination et qu’il implique la foi dans une promesse d’avenir. Dans la Bible, les récits de création disent l’Alliance de Dieu avec l’humanité, dont l’histoire est précédée par l’acte créateur de l’univers. S’intéressant à l’histoire de la nature à la suite de Newton, Kant fera de l’idée de Dieu un principe, non de connaissance d’un objet, mais de régulation de la recherche, et il accepte de parler d’une finalité de la création pour rendre compte de la liberté humaine. Le paradigme de la création relève d’une pensée de l’agir libre et s’impose quand il est question de l’avenir. L’excès du monde où vit l’homme provoque son admiration et lui donne le pressentiment de la transcendance. De nos

L’affirmation de la création dans l’expérience chrétienne

Au renouveau indéniable de la théologie de la création, ne semble pas correspondre, dans l’expérience d’un bon nombre de chrétiens de notre temps, un intérêt égal pour l’affirmation de la création du monde ou de Dieu créateur. Comment expliquer cette disparité ? La croyance à la création revêt deux formes, l’une faible, celle du théisme, l’autre forte, celle de la foi scripturaire liée à l’Alliance, et il semble que la seconde cherche à assumer la première comme une voie sapientielle de portée universelle ; mais la foi de nombreux chrétiens ne paraît même pas impliquer cette croyance faible. Cet oubli appauvrit sans doute leur foi, mais peut s’expliquer : la sécularisation a produit un effacement de la notion de création, qui a perdu son évidence culturelle, la question de l’origine est laissée à la science, le croyant trouve Dieu dans la proximité du présent et ne le cherche plus dans l’espace originaire, et des attitudes croyantes, autrefois liées à cette notion, s’expriment aujourd’hui

Le dévot découronné

L’attribution au jésuite Jean-Pierre Caussade, faite sans recherche suffisamment critique des sources, du célèbre Traité de l’abandon à la Providence divine (rédigé vers 1740, publié en 1861) est remise en cause par l’analyse sérieuse, socio-historique, sémantique et graphologique, de la tradition manuscrite ainsi que par d’autres documents d’archives, dont certains récemment découverts. Ce traité, composé directement sous forme de traité et non de recueil de lettres, semble l’œuvre d’une femme de Lorraine, laïque et cultivée, correspondante de Caussade, en lien avec les monastères de la Visitation. Héritier de la tradition mystique, mais influencé par la philosophie des Lumières, cet ouvrage signale le déclin du modèle de spiritualité « dévote » qui avait cours en Europe au XVIIe siècle.