Vers une pratique des koans bibliques. Le Passe sans porte de l’Évangile de Luc

L’essai de B. Sénécal a pour objet le dialogue interreligieux pris comme lieu d’expérience mystique et source d’engagement social au coeur d’un monde en pleine globalisation ; bien que ses développements puissent être appliqués à d’autres contextes, il se concentre sur la rencontre du bouddhisme et du christianisme en Corée du Sud où le pourcentage de bouddhistes et de chrétiens est approximativement le même. Cet essai aborde un aspect spécifique de cette rencontre : l’impact, sur la prière chrétienne, de la pratique des koans qui sont des énigmes bouddhiques dont la pratique a en vue de parvenir à l’Éveil complet et définitif, objectif suprême du bouddhisme. Bien que de nombreux chrétiens coréens rejettent catégoriquement la possibilité d’être enrichis par un quelconque apport bouddhique, d’autres sont fortement attirés par la pratique des koans. Le bouddhisme et le christianisme coréens se trouvent dans une situation telle qu’il est urgent de développer une voie moyenne entre les extrêmes constitués par le rejet catégorique de tout

La théologie chrétienne et les religions du monde

En conclusion de deux dossiers, et faute de pouvoir traiter le sujet sous tous ses aspects, M. Fédou l’aborde ici sous l’angle suivant : qu’est-ce qui, dans la situation de notre temps, aurait chance de féconder une réflexion de théologie fondamentale et dogmatique sur « le christianisme et les autres religions » ? Ainsi formulé, le questionnement a au moins deux implications. D’une part, malgré la grande diversité des religions et de leurs contextes sociaux, politiques ou culturels, il doit y avoir encore place pour une réflexion théologique qui ne considère pas seulement telle religion en particulier mais l’ensemble des religions. D’autre part, nous avons moins à proposer une « théologie des religions » qu’une réflexion théologique sur « le christianisme et les autres religions » : cette dernière formule suggère que le regard des chrétiens sur les religions ne saurait être indépendant de leur confession de foi ; elle attire en outre l’attention sur les rapports mêmes entre le christianisme et les diverses religions du monde.

La théologie, ça sert à quoi ?

Quel est le type de rationalité que peut revendiquer la théologie dans le champ des savoirs ? Pas seulement d’épistémologie, la question prend aujourd’hui une tournure nettement plus utilitaire : qu’est-ce qui justifie le fait que des institutions prestigieuses comme les universités entretiennent encore à grand frais des Facultés dont l’objet même (« parler de Dieu » !) est devenu culturellement marginal ? Craintes illusoires ? Les gestionnaires des universités d’inspiration chrétienne, comme il en existe dans mon pays, vous diront qu’elles ne sont pas dépourvues de fondement. Les urgences en termes humains : là est l’enjeu. Nos sociétés se trouvent face à des défis inédits. La prise de conscience la plus récente est la catastrophe écologique qui nous menace. Et l’écologie n’est pas le seul défi. Nous vivons dans un monde d’inégalités terrifiantes, où sévissent de nombreux espaces de famine, où la violence semble incontrôlable, où les idéologies religieuses qu’on croyait mortes exercent encore des ravages. L’enjeu, ce n’est donc pas la survie d’institutions vénérables, ni même

Place, fonction et forme de la théologie

Un passé marqué de discontinuités : même pour en rester à notre histoire, celle de l’Occident, largement comprise, la théologie a connu des modifications importantes quant à la tâche qu’on lui impartit ou peut lui reconnaître, et du coup quant à ses formes et à son lieu institutionnel. Par-delà ce qui lui vient des Grecs, Platon, Aristote, les Stoïciens, la théologie s’est d’abord développée, en christianisme, avec l’institutionnalisation de cette nouvelle forme de religion qu’il cristallise au coeur de l’Antiquité tardive. Aux temps des Réformes, catholique ou protestante, elle va se développer – nouvelle modification – en lien avec une volonté et une nécessité de légitimer un système de croyance donné. Le statut, la tâche et la fonction de la théologie a été enfin l’objet de reformulations dont nous dépendons encore aujourd’hui, pour une grande part, à la suite des Lumières, à l’ombre de Kant et en articulation avec le déploiement positif d’une histoire. Mais est-ce toujours pertinent ?