La distinction « incorporé à » / « ordonné à » dans Lumen gentium

La répartition habituelle des traités en théologie laisse souvent l’ecclésiologie à distance des questions touchant au pluralisme religieux et c’est davantage le christologue ou le spécialiste de la théologie fondamentale qui sont sollicités. Pourtant, les débats ayant trait à cette question ne sont pas sans répercussions sur l’ecclésiologie et spécialement sur l’articulation entre l’Église et le Règne de Dieu. Dans cette perspective, il est utile de revenir sur deux expressions qui qualifient le lien à l’Église au concile Vatican II , à savoir « incorporé à » (LG 14) qui qualifie l’appartenance des catholiques à leur Église et l’expression « ordonnés à (…) l’unité du Peuple de Dieu » qui s’applique à « ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile ». Cette façon dont le concile a décrit le lien entre l’Église et ceux qui n’en font pas partie appelait à préciser à son tour le lien entre l’Église et le Règne de Dieu. Sur ce point, une étude généalogique permettra de percevoir l’importance de l’évolution opérée par le

La proclamation du Royaume de Dieu comme marqueur de continuité entre Jésus et l’Église dans l’oeuvre de Luc

« Jésus annonçait le Royaume, et c’est l’Église qui est venue » : la célèbre formule d’A. Loisy, souvent mal comprise, doit être replacée dans son cadre d’origine expliquant que l’Église a élargi la forme de l’Évangile qui ne pouvait être conservée telle quelle dans la période qui a suivi la fin du ministère terrestre de Jésus. Dans cette ligne, l’Église s’inscrit à la suite de Jésus non pour s’identifier au Royaume, mais afin d’en poursuivre l’annonce. C’est bien ainsi que nous pouvons comprendre le rapport entre les trois termes « Jésus », « Royaume » et « Église », dans le sens du prolongement d’une même proclamation du salut. En effet, c’est plutôt que le rapport entre Jésus, le Royaume et l’Église doit être envisagé. L’annonce du Royaume joue un rôle important, voire capital, quand on s’interroge sur la raison d’être et la finalité de l’Église d’après le Nouveau Testament. Dans cette perspective, le Royaume de Dieu semble nettement intervenir comme un marqueur de continuité entre Jésus et l’Église. Et c’est

Crise, christianisme et société contemporaine

Une sourde appréhension hante aujourd’hui les consciences : « Le christianisme survivra-t-il à la modernité ? S’il a été un facteur historique de civilisation, sa pertinence est-elle caduque quand cette civilisation se transforme, comme cela est le cas dans le monde contemporain ? De quelles quêtes, de quelles souffrances, les regards portés sur lui, de l’intérieur comme de l’extérieur, sont-ils symptômes ? Quels en sont les dynamismes fondamentaux ? À quelles conversions l’expérience chrétienne est-elle appelée ? Pour baliser des pistes de réponses à ces questions, nous questionnerons ici l’institution culturelle du christianisme, c’est-à-dire les modes selon lesquels, dans son histoire, il a soutenu du sens et se trouve, aujourd’hui, confronté à une conjoncture inédite. Cette institution culturelle comprend davantage que la vie interne et l’action des Églises qui à la fois la débordent et en dépendent. Par christianisme, nous entendons donc saisir les modes variés par lesquels se sont inscrites, historiquement, « des nappes de produit relatives à des systèmes de production » en transactions constantes avec le « monde ».

Le dernier colloque des Recherches de Science Religieuse…

Le dernier colloque des Recherches de Science Religieuse sur une thématique ecclésiale a eu lieu en juin 1990 ; il portait le titre « Un corps pour l’Église » et fut publié dans RSR 79/2 et 3 (1991). Voici comment Joseph Moingt présenta le diagnostic auquel a répondu le colloque de 1990 : « La tournure de ce titre, à la fois interrogative et optative, exprime une inquiétude et un engagement : quel corps sera-t-il possible, quel corps est-il souhaitable de préparer pour l’Église ? La formulation interrogative signifiait que nous voulions laisser de côté les questions classiques, mais abstraites et intemporelles, de l’ecclésiologie pour nous concentrer sur les problèmes concrets que pose la situation actuelle de l’Église dans nos pays, ceux-là mêmes auxquels s’intéresse tout observateur des évolutions sociales de notre temps, à plus forte raison tout croyant responsable de son identité religieuse : un corps social évidé et éclaté, mal installé dans une société sécularisée avec laquelle il entretient des relations conflictuelles, mal assuré de son propre fonctionnement

Jésus – Christ, Dieu – Trinité (2) Bulletin de théologie systématique 99/4

Les parties I à III (christologie) ont paru dans RSR 99 (2011), 287-316. IV. Question de Dieu 25. Ingolf U. Dalfert et Philippe Stoelger (éd.), Gott Nennen, Mohr Siebeck, Tübingen, 2008, 326 p. 26. João Manuel Duque, Dizer Deus na Pós-modernidade, Livraria Alcalá, 2003, 391 p. 27. Burkhard Neumann, „Gott Alles in Allem“ (1 Kor 15, 28). Eine Studie zum eschatologischen Denken Franz-Anton Staudenmeiers, « Müsterische Beiträge zur Theologie », N° 68, Aschendorff, Münster, 2010, 351 p. 28. François-Xavier Nguyen Tien Dung, La foi au Dieu des chrétiens, gage d’un authentique humanisme. Henri de Lubac face à l’humanisme athée, « Théologie à l’Université », N° 13, Desclée de Brouwer, Paris, 2010, 512 p. 29. Paul Tillich, Théologie systématique. Cinquième partie : L’histoire et le Royaume de Dieu (Trad. d’André Gounelle et de Jean-Marc Saint en collaboration avec Claude Conedera), Les Presses de l’Université de Laval – Éditions du Cerf – Labor et fides, Québec – Paris – Genève, 2010, 237 p. 30. Wolfhart Pannenberg, Théologie systématique, vol. 1, « Cogitatio fidei », N° 268, Éditions

Bulletin d’histoire des idées médiévales 99/4

I. Transversales 1. Gilbert Dahan, Lire la Bible au Moyen Âge. Essais d’herméneutique médiévale, Droz, « Titre courant » 38, Genève, 2009, 448 p. 2. Nicole Bériou, Béatrice Caseau et Dominique Rigaux (éds), Pratiques de l’eucharistie dans les Églises d’Orient et d’Occident (Antiquité et Moyen Âge), Vol. I : L’institution ; Vol. II : Les réceptions, Institut d’études augustiniennes, « Moyen Âge et Temps Modernes » 45 et 46, Paris, 2009, 614 et 1336 p. 3. Alessandro Barbero, Histoire de croisades, traduit de l’italien par Jean-Marc Mondosio, Flammarion, « Champs histoire », Paris, 2010, 125 p. 4. Jean Flori, La croix, la tiare et l’épée. La croisade confisquée, Payot, « Histoire », Paris, 2010, 351 p. II. VIe-VIIIe siècles 5. Marie-Céline Isaïa, Remi de Reims. Mémoire d’un saint, histoire d’une Église, Cerf, Paris, 2010, 919 p. 6. Vie de Césaire d’Arles. Texte critique de Dom G. Morin, Introduction, révision du texte-critique, traduction, notes et index par M.-J. Delage avec la collaboration de M. Heijmans, Cerf, « Sources chrétiennes » 536, Paris, 2010, 357 p. 7. Grégoire le grand,

Du nouveau dans la recherche sur le « modernisme »

L’évaluation historique et théologique de ce qu’il est convenu d’appeler le « modernisme » a été périodiquement relancée par l’exploration approfondie de documents jusqu’alors inaccessibles ou non publiés. Ces dernières années, notre connaissance de cette « crise » s’est à nouveau enrichie, en aval et en amont. En aval, en raison de la publication des expertises et débats des congrégations romaines de l’Index et du Saint Office, préparatoires à la censure de quelques oeuvres d’Alfred Loisy (1903) et au décret Lamentabili sane exitu (1907). En amont, par l’édition de ses Essais d’histoire et de philosophie religieuses (1899), jamais publiés du vivant de son auteur mais utilisés par lui comme « carrière » pour la composition de ses célèbres articles de la Revue du Clergé Français. Certes, l’importance décisive de telle circonstance, de telle intervention ou de telle personnalité paraît ainsi dans une lumière plus vive ; mais l’enjeu majeur de ces parutions est l’évaluation à long terme de la « crise moderniste ».

Jésus et l’histoire. À propos des travaux de John P. Meier

Comment aborder le personnage de Jésus de Nazareth selon une perspective strictement historique ? Pour bien comprendre et répondre à cette question, on propose ici de distinguer de manière claire et tranchée le point de vue de l’histoire en milieu scientifique et celui de l’histoire en milieu théologique. Les travaux de John P. Meier, qui serviront d’exemple significatif, posent la question suivante : sa recherche sur Jésus relève-t-elle de l’histoire en science ou de l’histoire en théologie ? Après avoir rappelé et précisé les attendus et méthodes de la recherche historique sur Jésus de Nazareth en milieu théologique puis en milieu scientifique, l’auteur voudrait plaider ici pour une épistémologie de la recherche sur Jésus de Nazareth en histoire.

La clarté d’une fin : l’interprétation historico-critique de la Bible

Si, par rapport à l’avant-propos du premier tome (cf. l’article du même auteur sur ce tome dans RSR 96/2 [2008], 219-240), on doit prendre acte d’une plus grande rigueur de vocabulaire dans ce second tome, la lecture de l’avant-propos oblige encore à revenir sur ce qui avait provoqué un certain malaise : une conception par trop étroite de ce qu’il faut rigoureusement désigner soit comme « approche critique », ou « approche historico-critique », « critique » ou « recherche historico-critique », ou « exégèse critique ».Dans ce second tome, J. Ratzinger / Benoît XVI affirme un peu trop vite que « l’interprétation historico-critique a donné tout ce qu’elle avait à donner » et offre un propos quelque peu simplificateur lorsqu’il considère le travail de l’exégèse de notre époque en le taxant non seulement d’« herméneutique positiviste », mais aussi de « devenir théologiquement insignifiant ».

Le principe « pour »

Questionner Jésus de Nazareth, l’oeuvre pour le moment bipartite de Benoît XVI-Joseph Ratzinger, c’est aussi chercher à identifier le genre littéraire de cet objet théologique dont l’auteur doit assumer à la fois le théologienqu’il reste, toujours sujet et objet de critique, et le pape qu’il est devenu, en charge du magistère doctrinal dans l’Église catholique. S’il y a bien une différence entre les deux, que Benoît XVI affirme savoir distinguer, il y a également une unité profonde de l’auteur, qui est aussi celle du Jésus qu’il veut présenter. Le narrateur se met sur le chemin de Celui dont il veut déployer toute la puissance d’être et, ce faisant, avoue ce qu’il doit au Seigneur de Guardini. Le genre littéraire du Jésus de Nazareth de Benoît XVI se présente alors comme une apologie évangélique narrative, raisonnée, de Jésus de Nazareth, Christ et Seigneur. En filigrane, l’auteur raconte aussi son histoire, celle d’une relation profonde au Christ qui l’a fait devenir le