Théologie de la nature

Le thème de la nature revient dans la pensée contemporaine sous le signe de la menace. C’est parce que la nature est en péril que l’intérêt se porte à nouveau sur elle. Le souci d’éviter une possible catastrophe écologique doit-il nous faire revenir à une « théologie naturelle » où chaque composante du monde serait invitée à occuper son « lieu » sous la conduite du « Moteur immobile » ? Dans le monde catholique en particulier, cette nostalgie n’est pas rare. Mais si l’on tient à un certain « anthropocentrisme chrétien », tout en restant conscient des risques qu’il comporte, comment redonner à la nature un statut théologique ? C’est ici le propos du présent article. Il commence par reprendre la composante anthropologique de l’héritage chrétien qui contraste avec le cosmocentrisme de la pensée antique. Il s’interroge ensuite sur la nouvelle vision de la nature. L’approche globale s’accompagne d’une perspective évolutive que l’on peut qualifier d’« historique », qui invite à s’interroger sur l’avenir du monde, plus ouvert et donc plus risqué, que dans les

Nature et loi naturelle comme concepts théologiques

Dans le cadre de ce dossier, la rédaction a souhaité voir élucidé le rôle et le sens du concept de nature en théologie morale catholique. Car il importe de déjouer les malentendus qui peuvent naître du fait que, d’un côté, de nouveaux et très ambigus naturalismes font aujourd’hui retour dans la culture contemporaine, tandis que, d’un autre côté avec le pontificat de Benoît XVI, la loi naturelle est remise à l’honneur. Cette conjonction peut nourrir bien des amalgames et tentatives de récupération. Pour les déjouer, il importe de prendre la mesure de l’élaboration spécifiquement théologique dont le concept de nature a fait l’objet dans la tradition catholique, puis de comprendre l’originalité de cet enseignement « canonique » que représente la scolastique pour une compréhension de la téléologie de la nature pour l’éthique. Á partir de là, quelques conclusions peuvent être tirées sur ce qu’un tel positionnement assigne encore aujourd’hui au moraliste.

Le concept de nature à l’articulation des savoirs

Le projet de traiter de la nature en lien avec la culture moderne constitue un véritable défi aujourd’hui. Il sera ici conduit en se souvenant d’une parole de Jacques Maritain relevant que toute métaphysique vieillit à raison de la physique qui la sous-tend. Pour cette raison, la première partie sera consacrée à ce que l’on appelle traditionnellement « philosophie de la nature » pour dégager une notion confirmée par l’approche scientifique ; la deuxième traitera de l’image de la nature qui en résulte et la troisième s’attachera à ce qui est spécifiquement humain. Cette étude, cherchant à articuler les divers aspects du savoir humain, espère ainsi pouvoir apporter des éléments à la réflexion théologique.

Peut-on parler de nature dans l’Ancien Testament ?

Ne demanderait-on pas à la Bible de répondre à une question qu’elle ne se pose pas ? On ne trouvera pas en effet dans le corpus biblique un concept de nature aussi affiné et travaillé que celui que nous offre la philosophie grecque, mais plutôt une démarche inchoative qui oriente vers le concept. Si l’on accepte ces prémisses, on évitera le principal écueil où vient s’échouer la plupart des réflexions sur ce sujet en le remplaçant par le concept de création. Or, nature et création ne sont pas permutables, car leurs registres sémantiques ne se recoupent pas entièrement. Après avoir déterminé le statut spécifique de la nature dans la Bible, cet article envisage les différentes relations qui se nouent entre Dieu et la nature d’une part, entre l’homme et les animaux ou les plantes d’autre part, traitant à part des problèmes posés les corps célestes.

Une philosophie de la nature aujourd’hui : état des lieux

À lire le dernier essai de Pierre Kerzberg, ce que nous appelons la nature n’est plus que l’ombre d’elle-même. Avons-nous donc vraiment perdu la nature ? Ne sommes-nous pas en train de redécouvrir ce qu’elle est et ce qu’elle vaut ? Une certaine effervescence existe de fait aujourd’hui qui rend probable un intérêt nouveau pour une philosophie de la nature. Mais discerner ce qu’il en est exactement exige une certaine attention à une longue histoire. La philosophie de la nature que l’on a perdue depuis longtemps et qui éveille toujours la nostalgie est celle des Anciens. Les philosophies modernes de la nature, elles, ne répondent plus au programme de ces cosmologies antiques et médiévales dont le propos est clairement ontologique. Au vu des possibilités qu’atteste l’histoire des philosophies de la nature, on ne peut envisager la situation actuelle à partir de la simple alternative du retour ou du non retour d’une philosophie de la nature que l’on situe en fait dans l’optique

« Homoousios et homoousios. La substance entre théologie et philosophie

Cet article part d’un passage de la profession de foi du concile de Chalcédoine, où l’on peut constater un certain décalage entre le « vouloir dire » et l’équivoque de l’effectivement « dit » dans le double emploi du mot homoousios appliqué au Christ, pour souligner la nécessité d’une critique philosophique de l’usage théologique de tout concept. L’auteur prolonge son propos en analysant l’utilisation du concept de « transsubstantiation » en théologie eucharistique. En aidant le théologien à ajuster son dire à son vouloir dire, le philosophe se tient dans les marges de la théologie, mais à titre de spectateur intéressé et son apport ne pourra avoir lieu que sous contrôle théologique – donc sous celui d’une théologie fondamentale. Si rigueur il doit y avoir en théologie et en philosophie, herméneutique philosophique des textes théologiques et interprétation critique des textes philosophiques par le théologien ne sont pas une option mais un impératif.

« Philosopher à l’intérieur de la théologie ». La transcendance de la question ontologique comme voie d’accès à une Philosophie de la Religion dans l’oeuvre de Karl Rahner

Cet article propose une relecture de l’œuvre de Karl Rahner à la lumière des développements successifs qu’il consacra à la relation entre philosophie et théologie, dégageant ainsi la force inspiratrice d’une réflexion qui n’a rien perdu de son actualité. Les sources auxquelles puise et se confronte K. Rahner (la métaphysique de la connaissance qui se dégage des relectures de la tradition thomiste produites par P. Rousselot et J. Maréchal ; la pensée de M. Heidegger …) sont diverses, mais toujours maîtrisées, au service d’une tâche dont il s’est inlassablement préoccupé : dégager l’espace où puisse être audible et dicible la manifestation du « libre Inconnu » se révélant et se communiquant à l’homme.

La théologie entre urgence phénoménologique et endurance herméneutique

Cet article entend réagir au défi lancé aux théologiens par le philosophe Jean-Luc Marion : « Pourquoi n’entreprennent-ils pas ou si peu (…) de lire phénoménologiquement les événements de révélation consignés dans les Écritures (…) au lieu de toujours privilégier des herméneutiques ontique, historique ou sémiotique ? » « Sauver les phénomènes » en leur reconnaissant le droit d’apparaître sans réserve, contrairement au privilège indiscuté reconnu aux processus d’objectivation, tel est le tournant radical que Marion préconise. Ainsi, la foi donne accès à des réalités données dont l’accueil réclame que soit levée, du côté du témoin, la censure préalable qui leur interdit d’apparaître. Cette perspective, a priori sympathique au théologien, lui pose néanmoins des questions, notamment concernant la passivité fondamentale à laquelle le phénomène semble réduire le témoin qu’il submerge.