Penser philosophiquement la théologie

Quatre étapes jalonnent cet article. L’auteur procède d’abord à une clarification de ce que l’on entend par philosophie et théologie, le sens des mots et leurs rapports ayant beaucoup évolué au cours de l’histoire. La lecture du premier article de la Somme théologique de Thomas d’Aquin lui permet ensuite de faire prendre conscience du statut spécifique du geste théologique par rapport aux autres discours du sens. Dans une troisième étape, l’auteur trouve auprès de Karl Rahner, malgré des prémices et des contextes différents, une confirmation du rapport philosophie / théologie sur le modèle chalcédonien, pour mettre ensuite en évidence, à l’aide de trois critères (nature et grâce ; nouveauté ; engagement), différents styles de théologie dans leur rapport à la philosophie.

La théologie sacramentaire aujourd’hui : quelques axes de recherche à promouvoir

Il s’avère nécessaire d’élaborer une théologie fondamentale de la sacramentalité qui implique une réévaluation de notre rapport à la théologie sacramentaire scolastique et invite à la fois à en mesurer les limites (notamment son défaut d’intérêt pour l’action liturgique en tant que « lieu théologique ») et à s’alimenter de ce qu’elle a de meilleur (raviver la dimension cultuelle des sacrements et leur lien au corps). Parmi les points qui requièrent une vigilance particulière, l’auteur aborde les sacrements en tant qu’actions de l’Église (l’adage « un seul préside, tous célèbrent » exprimant bien la pointe de ce propos), le lien intime entre Parole et Sacrement (le geste sacramentel n’étant autre que le déploiement sous mode visible de la Parole). Il évoque également l’anamnèse eucharistique (« tenir en éveil la mémoire du Seigneur »), l’épiclèse sacramentelle (« le rite ne devient sacrement que s’il est converti par la Parole et habité par l’Esprit ») et la dimension eschatologique des sacrements.

Théologie sacramentaire et célébration du mystère du Christ dans l’année liturgique. Une approche

Au cours du XXe siècle, la redécouverte de la notion casélienne de « mystère » a permis de retrouver la dimension ecclésiale des célébrations sacramentelles. En considérant l’année liturgique dans son lien avec la christologie, la présente contribution cherche à déployer un propos qui tente d’articuler la réflexion en liturgie et en théologie sacramentaire alors que trop souvent encore, les approches risquent de ramener les aspects rituels des célébrations sacramentelles à un enrobement cérémoniel des actes sacramentels. En fondant la proposition sur une relecture des déplacements opérés par la recherche théologique au cours du XXe siècle, mais aussi sur l’enseignement de Vatican II dans la Constitution sur la liturgie, la contribution dresse quatre axes pour un chantier de recherche qui conjugue prise au sérieux de l’année liturgique comme actualisation des mystères salvifiques, les célébrations sacramentelles dans leur site liturgiques, et les questions de christologie qui apparaissent dans un monde contemporain marqué fortement par la rencontre des religions.

De quelques enjeux actuels pour la pastorale sacramentelle

La force des sacrements ne peut plus aujourd’hui être associée à l’accompagnement de toutes les étapes de la vie : nos existences fragmentées ne le permettent plus. Leur célébration n’en garde pas moins une puissance structurante lorsqu’on s’intéresse à la manière dont ils peuvent aider à traverser les défis du moment. Sont alors mis en valeur des aspects (question de l’identité, du rapport à ce qui fait peur, de l’importance des liens) qui étaient autrefois maintenus au second plan, et pour cause : ce qui inquiète aujourd’hui était alors pris en charge par les cadres de la société. Lorsque ces traits sont perçus et honorés, les sacrements peuvent redevenir source pour les chrétiens d’aujourd’hui, et les aider à reconnaître le don de Dieu à l’œuvre dans toutes les dimensions de l’existence. Privilégier cette approche permet également à l’Église d’avoir une pastorale des sacrements moins marquée par le souci de la règle canonique et de poser autrement les questions de l’accès aux sacrements

Sacrements et peuple de Dieu

L’article s’ouvre par une interrogation sur le fait paradoxal que la stabilité de l’Église puisse être menacée par sa sacramentalité, qu’une ordination reçue hors d’elle et malgré elle puisse servir à la démembrer et à la désunir sans qu’elle puisse s’y opposer sous peine de désavouer ses propres sacrements. Un regard à la fois méticuleux et concis est alors porté sur une tradition embrouillée, celle concernant la question de la validité des ordinations hérétiques et schismatiques, pour montrer qu’une longue tradition autorise à raisonner dans un sens qui conclurait à l’invalidité des ordinations conférées en dehors de l’Église et pour plaider en faveur d’une prise en compte plus résolue, s’agissant de la validité des sacrements, du point de vue, non du ministre, mais des sujets au profit de qui ils sont administrés.

Quelles biographies de Jésus pour aujourd’hui ? Difficultés et propositions

Est-il possible d’écrire aujourd’hui une vie de Jésus ? On connaît la réponse négative apportée par tous ceux qui, à la suite d’A. Schweitzer, ont désespéré d’atteindre quoi que ce soit de solide sur le Jésus de l’histoire. L’exégèse de la fin du XXe est revenue à des positions moins radicales, et la biographie critique de J.P. Meier semble même se trouver au sommet d’une courbe positive en constante progression. Au demeurant, de quel type de biographie, historique ou théologique, avons-nous le plus besoin aujourd’hui ? C’est à ces questions simples, mais dont l’enjeu est vaste, que cette contribution voudrait répondre.

Vérité et méthode : la question christologique du Jésus historique après J. P. Meier

Le plaidoyer de Meier pour la méthode dans l’exégèse historico-critique du N.T. le conduit à accorder une authenticité historique à des textes évangéliques que d’autres exégètes considèrent comme des relectures théologiques de l’Église primitive. Sur ce constat, il faudra donc mesurer ce que cette méthode peut apporter au portait historique de Jésus qui a été l’objectif de la longue histoire des quêtes du Jésus historique. Situé ainsi dans les débats sur le Jésus historique, le travail de Meier conduit à la question théologique des rapports qui existent entre la vérité de la foi et les méthodes exégétiques, entre la vérité théologique et l’histoire. Il s’agira finalement de se demander, sur la base des travaux de Meier, de quel « Jésus » la théologie chrétienne a besoin pour être vraiment chrétienne.

Le vide du tombeau ou la perplexité de l’histoire, l’impossible dogmatisme et la nécessité de l’écriture

Comment apprécier théologiquement le travail de John P. Meier ? C’est à cette vaste question que s’attache cet article, en relevant notamment les questions que l’ouvrage pose en ce qui concerne l’épistémologie de l’exégèse dans son rapport à la théologie, et en tentant de dégager ce que ce genre de travaux apporte aux théologiens, leur incidence sur la théologie. Il va sans dire qu’il s’agit là d’une lecture critique du travail de Meier, notamment au plan de l’historiographie. Mais par-delà le travail critique nécessaire, c’est à une épistémologie de la lecture (non réductible à une méthodologie) que ces pages voudraient conduire. Contre tout risque de positivisme historique ou doctrinal, il faut tenir que pour l’historien comme pour le croyant, le tombeau demeure vide.

Le miracle chez Meier : méthodologie et bilan

La recherche entreprise par John P. Meier sur le Jésus historique accorde une large place à la question des miracles. La présente contribution s’attachera à rendre compte du travail de Meier sur ce dossier particulier, en trois étapes : un premier temps sera consacré à l’examen de son projet et de sa méthodologie ; un deuxième moment sera dédié à l’évaluation des principaux résultats auxquels il parvient. Il s’agira enfin, au terme du parcours, de répondre à la question : « Y a-t-il une théologie du miracle chez Meier ? Il faudra alors se situer différemment dans la lecture de l’ouvrage de Meier, dont le projet, selon ses propres mots, « peut être pris en compte par des théologiens qui pratiquent la christologie dans un contexte contemporain ». Il est clair, en effet, que cette recherche historique peut être d’un grand profit aux théologiens contemporains, encore faut-il préciser en quoi et selon quelles limites.

Henri Bouillard et l’avénement des sciences humaines

La période la plus féconde de la pensée de Bouillard correspond, dans la seconde moitié du XXe siècle, au moment où la philosophie et la théologie académique sont mises en concurrence avec l’entrée des sciences humaines dans le champ universitaire. Alors que Bouillard élabore le concept de théologie fondamentale en lieu et place de l’ancienne apologétique, il reste curieusement silencieux sur l’apport possible à la quête du sens de ces nouvelles disciplines que sont la sociologie, l’histoire, la psychologie et la linguistique.