Quelles biographies de Jésus pour aujourd’hui ? Difficultés et propositions

Est-il possible d’écrire aujourd’hui une vie de Jésus ? On connaît la réponse négative apportée par tous ceux qui, à la suite d’A. Schweitzer, ont désespéré d’atteindre quoi que ce soit de solide sur le Jésus de l’histoire. L’exégèse de la fin du XXe est revenue à des positions moins radicales, et la biographie critique de J.P. Meier semble même se trouver au sommet d’une courbe positive en constante progression. Au demeurant, de quel type de biographie, historique ou théologique, avons-nous le plus besoin aujourd’hui ? C’est à ces questions simples, mais dont l’enjeu est vaste, que cette contribution voudrait répondre.

Vérité et méthode : la question christologique du Jésus historique après J. P. Meier

Le plaidoyer de Meier pour la méthode dans l’exégèse historico-critique du N.T. le conduit à accorder une authenticité historique à des textes évangéliques que d’autres exégètes considèrent comme des relectures théologiques de l’Église primitive. Sur ce constat, il faudra donc mesurer ce que cette méthode peut apporter au portait historique de Jésus qui a été l’objectif de la longue histoire des quêtes du Jésus historique. Situé ainsi dans les débats sur le Jésus historique, le travail de Meier conduit à la question théologique des rapports qui existent entre la vérité de la foi et les méthodes exégétiques, entre la vérité théologique et l’histoire. Il s’agira finalement de se demander, sur la base des travaux de Meier, de quel « Jésus » la théologie chrétienne a besoin pour être vraiment chrétienne.

Le vide du tombeau ou la perplexité de l’histoire, l’impossible dogmatisme et la nécessité de l’écriture

Comment apprécier théologiquement le travail de John P. Meier ? C’est à cette vaste question que s’attache cet article, en relevant notamment les questions que l’ouvrage pose en ce qui concerne l’épistémologie de l’exégèse dans son rapport à la théologie, et en tentant de dégager ce que ce genre de travaux apporte aux théologiens, leur incidence sur la théologie. Il va sans dire qu’il s’agit là d’une lecture critique du travail de Meier, notamment au plan de l’historiographie. Mais par-delà le travail critique nécessaire, c’est à une épistémologie de la lecture (non réductible à une méthodologie) que ces pages voudraient conduire. Contre tout risque de positivisme historique ou doctrinal, il faut tenir que pour l’historien comme pour le croyant, le tombeau demeure vide.

Le miracle chez Meier : méthodologie et bilan

La recherche entreprise par John P. Meier sur le Jésus historique accorde une large place à la question des miracles. La présente contribution s’attachera à rendre compte du travail de Meier sur ce dossier particulier, en trois étapes : un premier temps sera consacré à l’examen de son projet et de sa méthodologie ; un deuxième moment sera dédié à l’évaluation des principaux résultats auxquels il parvient. Il s’agira enfin, au terme du parcours, de répondre à la question : « Y a-t-il une théologie du miracle chez Meier ? Il faudra alors se situer différemment dans la lecture de l’ouvrage de Meier, dont le projet, selon ses propres mots, « peut être pris en compte par des théologiens qui pratiquent la christologie dans un contexte contemporain ». Il est clair, en effet, que cette recherche historique peut être d’un grand profit aux théologiens contemporains, encore faut-il préciser en quoi et selon quelles limites.

Henri Bouillard et l’avénement des sciences humaines

La période la plus féconde de la pensée de Bouillard correspond, dans la seconde moitié du XXe siècle, au moment où la philosophie et la théologie académique sont mises en concurrence avec l’entrée des sciences humaines dans le champ universitaire. Alors que Bouillard élabore le concept de théologie fondamentale en lieu et place de l’ancienne apologétique, il reste curieusement silencieux sur l’apport possible à la quête du sens de ces nouvelles disciplines que sont la sociologie, l’histoire, la psychologie et la linguistique.

La leçon toujours actuelle d’Henri Bouillard

Dans une période particulièrement troublée de la vie intellectuelle de l’Église catholique, Henri Bouillard fut à proprement parler un passeur, ouvrant des voies nouvelles dont nous sommes toujours les héritiers. Dans ce parcours très complexe qui a duré près de quarante ans, on peut repérer trois passages dont nous n’avons pas fini de mesurer la portée. Il y a d’abord la volonté de dépasser un anti-modernisme catholique hanté par l’objectivité de la vérité révélée et soucieux de dénoncer le subjectivisme des théologiens s’efforçant de prendre au sérieux l’expérience du sujet croyant. C’est ici le rapport entre vérité et histoire qui est touché. Il y a ensuite un deuxième passage dont la théologie catholique du XXe siècle lui est redevable, c’est le remplacement de l’Apologétique comme science objective par une vraie théologie fondamentale. Il y a enfin un dernier passage, souvent moins relevé mais d’une grande actualité pour notre théologie contemporaine : celui d’une théologie naturelle – ou mieux d’une théologie philosophique

La logique de la foi et la sagesse mystique

Cet article s’intéresse tout d’abord à la logique de la foi chez Bouillard, à partir de deux sources, Logique de la foi (1964) et Comprendre ce que l’on croit (1971). Ensuite, à la lumière du dernier article de Bouillard, « Transcendance et Dieu de la foi » (1981), il cherche à voir si la sagesse mystique peut en constituer son accomplissement et celle de l’essence humaine. En s’appuyant sur la conception de la vie mystique telle que la conceptualise saint Jean de la Croix et en y apportant une interprétation tout à fait personnelle, Bouillard développe une approche qui prend l’homme sous l’angle de la destination. Il cherche à introduire son lecteur au plan méta-philosophique et méta-théologique, là où la ratio fidei est inconditionnée, mais conditionne tout, sans aliéner, libère tout en dispensant les grâces de la divine Providence.

Eric Weil et la question de Dieu selon H. Bouillard

Dans une de ses lettres, datée de 1976, Henri Bouillard présente ainsi l’œuvre de Weil : « Une pensée philosophique qui s’impose par son simple déploiement, celle d’une victoire de la liberté raisonnable sur le positivisme de notre temps ». Tout est dit ici mais, pour en comprendre le pourquoi, il faut retracer le déploiement de la Logique de la Philosophie d’Eric Weil, notamment les catégories de la condition, éclairant celles de Dieu et du moi qui la précèdent immédiatement, et celle de la conscience qui la suit, celle de l’action enfin en laquelle elles s’articulent. Au terme de ce parcours, il resterait alors simplement à accepter, avec la perspective d’un progrès collectif, celle de la rédemption d’une humanité confrontée à ce scandale d’un non-sens que peut simplement conjurer la foi en la cohérence dernière d’un Dieu sauveur.

Henri Bouillard et Saint Thomas d’Aquin

Au premier trimestre 1944, paraît sous la signature du jésuite Henri Bouillard un livre bref intitulé Conversion et grâce chez saint Thomas d’Aquin. Étude historique. Fruit de sa thèse soutenue en 1941 à Lyon, il donnera lieu à une vive polémique connue sous le nom « d’affaire de Fourvière ». En montrant que saint Thomas lui-même a varié au cours de sa vie sur la question (mineure) des dispositions de l’homme à l’accueil de la grâce, Henri Bouillard avalise en fait une thèse qu’il présente en conclusion : la relativité de systèmes théologiques, même les plus célèbres, et leur dépendance par rapport à l’état de la culture, religieuse et profane, de leur temps. Cette juxtaposition a alors fait figure d’agression dans des milieux thomistes sur la défensive.

Textes spirituels et existence chrétienne : la place évangélique du lecteur

Dans le christianisme d’aujourd’hui, les textes spirituels sont lus et appréciés pour la saveur de la vie chrétienne qu’ils révèlent, et l’élan à vivre la foi qu’ils communiquent. L’adjectif « spirituel » qualifie des textes qui traitent de la vie de foi dans la prière ou dans l’action. Il renvoie explicitement à l’Esprit qui conduisait Jésus de Nazareth selon les Écritures. Les textes spirituels nous feraient voir ainsi comment il est possible de mener une existence chrétienne. Dire cela ne doit pas masquer la situation dans laquelle nous lisons ces textes aujourd’hui : ils se trouvent au carrefour d’intérêts et de démarches tantôt complémentaires, tantôt conflictuelles, situés sur une ligne qui semble départager la foi de l’absence de foi en Jésus Christ. Aussi, parler à l’intérieur du christianisme de la relation des textes spirituels à l’existence chrétienne suppose de s’inscrire en ce lieu de divergences herméneutiques. Ainsi nous a-t-il paru fécond, dans le contexte de ces lectures plurielles, de nous interroger sur la relation