Une christologie de la Gestalt eschatologique

Ainsi que le soulignait H. Duméry, le miracle ne doit pas lâcher la « topique théologique » s’il ne veut pas « s’égarer sur un terrain de fausse science ». Le genre « évangile » intègre certes la thaumaturgie, mais il intègre aussi son motif correcteur et son « thème compensateur », dont le « croire sans voir » (Jn 20, 29) « agit comme réducteur de toute adhésion sur preuves, de toute foi sur constats ». Meier semble négliger cette contre-épreuve, pourtant instructive et probablement décisive quant à l’élucidation de l’identité du Messie et du prophète eschatologique Jésus. La mise en exergue d’une « tradition des miracles » donne aussi parfois l’impression que la confession de foi est secondarisée, comme si le motif pascal interférait telle une composante susceptible d’être détachée du récit au profit de l’acte de guérison qui vérifie et confirme le résultat, associant l’historicité bien établie de la tradition des miracles et la christologie sui generis qui en découle. Or, le miracle ne peut être isolé comme acte de puissance et de transgression laissé à la discrétion

La portée révélatrice des miracles de Jésus

Une première partie se donne pour tâche de faire apparaître que, loin de tout miser sur le caractère extra-ordinaire et merveilleux des « miracles » de Jésus, les récits évangéliques frappent plutôt par la « réserve » et la « discrétion » avec lesquelles ils rapportent ces actions étonnantes. Il est alors en un second temps possible, en référence à la Résurrection du même Jésus, de préciser non seulement en quoi lesdits miracles peuvent être tenus pour révélateurs de Dieu, mais plus globalement ce qu’ils sont susceptibles d’éclairer concernant l’œuvre de Dieu en général.

Penser la tradition chrétienne aujourd’hui

La conférence aborde le contexte difficile de la genèse des RSR et rend un hommage appuyé au courage de ses fondateurs et à leur feuille de route : « un esprit d’entière soumission aux enseignements autorisés de l’Église catholique et en même temps d’exacte fidélité aux bonnes méthodes scientifiques », pour constater que le dialogue exigeant qu’ils ont essayé de nouer avec la pensée de leur époque demeure aussi nécessaire que jamais. Face à l’actuel pluralisme culturel et religieux à l’échelle planétaire, comment penser la tradition religieuse propre si ce n’est comme un processus vivant, et non comme un système abstrait, anhistorique et figé de dogmes. La distinction entre la Tradition et les multiples traditions contingentes et limitées permet de reconnaître le droit légitime de l’interprétation historique et implique une appropriation pensante, garante d’une réception vivante. Le recours à la « théologie négative », plus sensible au mystère insondable d’un Amour sans mesure, amène la théologie à tout repenser, grâce aux « yeux de la foi », par-delà le relativisme

Théologie de la nature

Le thème de la nature revient dans la pensée contemporaine sous le signe de la menace. C’est parce que la nature est en péril que l’intérêt se porte à nouveau sur elle. Le souci d’éviter une possible catastrophe écologique doit-il nous faire revenir à une « théologie naturelle » où chaque composante du monde serait invitée à occuper son « lieu » sous la conduite du « Moteur immobile » ? Dans le monde catholique en particulier, cette nostalgie n’est pas rare. Mais si l’on tient à un certain « anthropocentrisme chrétien », tout en restant conscient des risques qu’il comporte, comment redonner à la nature un statut théologique ? C’est ici le propos du présent article. Il commence par reprendre la composante anthropologique de l’héritage chrétien qui contraste avec le cosmocentrisme de la pensée antique. Il s’interroge ensuite sur la nouvelle vision de la nature. L’approche globale s’accompagne d’une perspective évolutive que l’on peut qualifier d’« historique », qui invite à s’interroger sur l’avenir du monde, plus ouvert et donc plus risqué, que dans les

Nature et loi naturelle comme concepts théologiques

Dans le cadre de ce dossier, la rédaction a souhaité voir élucidé le rôle et le sens du concept de nature en théologie morale catholique. Car il importe de déjouer les malentendus qui peuvent naître du fait que, d’un côté, de nouveaux et très ambigus naturalismes font aujourd’hui retour dans la culture contemporaine, tandis que, d’un autre côté avec le pontificat de Benoît XVI, la loi naturelle est remise à l’honneur. Cette conjonction peut nourrir bien des amalgames et tentatives de récupération. Pour les déjouer, il importe de prendre la mesure de l’élaboration spécifiquement théologique dont le concept de nature a fait l’objet dans la tradition catholique, puis de comprendre l’originalité de cet enseignement « canonique » que représente la scolastique pour une compréhension de la téléologie de la nature pour l’éthique. Á partir de là, quelques conclusions peuvent être tirées sur ce qu’un tel positionnement assigne encore aujourd’hui au moraliste.

Le concept de nature à l’articulation des savoirs

Le projet de traiter de la nature en lien avec la culture moderne constitue un véritable défi aujourd’hui. Il sera ici conduit en se souvenant d’une parole de Jacques Maritain relevant que toute métaphysique vieillit à raison de la physique qui la sous-tend. Pour cette raison, la première partie sera consacrée à ce que l’on appelle traditionnellement « philosophie de la nature » pour dégager une notion confirmée par l’approche scientifique ; la deuxième traitera de l’image de la nature qui en résulte et la troisième s’attachera à ce qui est spécifiquement humain. Cette étude, cherchant à articuler les divers aspects du savoir humain, espère ainsi pouvoir apporter des éléments à la réflexion théologique.

Peut-on parler de nature dans l’Ancien Testament ?

Ne demanderait-on pas à la Bible de répondre à une question qu’elle ne se pose pas ? On ne trouvera pas en effet dans le corpus biblique un concept de nature aussi affiné et travaillé que celui que nous offre la philosophie grecque, mais plutôt une démarche inchoative qui oriente vers le concept. Si l’on accepte ces prémisses, on évitera le principal écueil où vient s’échouer la plupart des réflexions sur ce sujet en le remplaçant par le concept de création. Or, nature et création ne sont pas permutables, car leurs registres sémantiques ne se recoupent pas entièrement. Après avoir déterminé le statut spécifique de la nature dans la Bible, cet article envisage les différentes relations qui se nouent entre Dieu et la nature d’une part, entre l’homme et les animaux ou les plantes d’autre part, traitant à part des problèmes posés les corps célestes.