Face à la tension entre droits de l’Homme et religion, quelle éthique universelle ? Réflexions sur un au-delà problématique de la laïcité

On a pu voir dans les droits de l’Homme la religion civile de notre temps. La conception philosophique des droits de l’Homme ouvre la perspective cosmopolitique d’une Civitas gentium, Cité des peuples universelle, version séculière de la Civitas Dei, qui conserverait un élément de transcendance dans le milieu du droit rationnel avec l’idée régulatrice d’une unification politique de l’espèce humaine sous les lois de la liberté. Sans rejeter cette utopie, J.-M Ferry se propose ici de regarder les droits de l’Homme, d’un point de vue pragmatique, comme la garantie des arguments qui activent la raison publique et ses exigences de justice notamment. Les religions représentant plutôt, quant à elles, le fonds de convictions privées qui orientent moralement l’existence individuelle, conditionnent de façon variable l’adhésion des sociétaires aux principes politiques, lois et institutions, qui régissent leur vivre-ensemble. Ainsi présenté, le rapport qu’entretiennent les religions aux droits de l’Homme se laisse spécifier comme un rapport entre, d’une part, l’arrière-plan éthico-religieux des convictions

Confrontation des traditions et intensité de la vérité : une approche francophone et protestante du débat sur les communautarismes

Afin de saisir la portée du débat nord-américain sur les communautarismes pour l’éthique théologique chrétienne actuelle, il paraît nécessaire de faire le point sur la différence entre le communautarisme des traditions intellectuelles, morales et spirituelles partagées, ou communautarisme éthico-religieux et éthico-politique, et le communautarisme politique. Le second, pour autant qu’il postule l’existence de communautés séparées au sein du politique, en est selon nous réduit à échouer comme modèle politique, aussi bien en ce qui concerne la démocratie à l’intérieur des Etats-nations (il est impossible de circonscrire des communautés distinctes stables en leur sein) qu’en ce qui touche les relations entre Etats-nations (qui ne constituent pas des communautés). D. Müller prête ici attention à la valeur herméneutique constructive des traditions intellectuelles, morales et ou spirituelles, et plaide pour la fécondité partielle d’une telle approche lorsqu’il est question de construire une éthique théologique à visée vraiment universelle.

L’éthique communautarienne et le catholicisme américain. (Trad. Philippe Lechaffotec)

Au cours des deux ou trois dernières décennies, l’éthique théologique a vu se développer aux Etats-Unis un fort mouvement “communautarien”, inspiré particulièrement par l’oeuvre marquante du théologien méthodiste Stanley Hauerwas. Selon la thèse essentielle de Hauerwas, l’éthique chrétienne consiste à vivre de la foi en Jésus Christ, et cela ne peut être mis en oeuvre de manière authentique que dans une communauté qui se conforme à l’Evangile. Hauerwas ne s’intéresse pas tant à l’action politique qu’à la fidélité chrétienne. Il préconise une politique de la communauté chrétienne, apte à former le caractère selon sa vision propre, ses valeurs et ses relations. Cependant, il y a une contradiction entre l’opinion de Hauerwas selon laquelle l’éthique chrétienne ne peut avoir d’influence significative sur les cultures et sur les gouvernements, et l’enseignement social catholique qui tient que l’action politique des chrétiens peut faire progresser la dignité humaine et le bien commun, au plan national et international.

Vers une théologie du dialogue et des rencontres

Pratiques des rencontres et réflexion théologique s’interrogent et se fécondent mutuellement. Ainsi existe-t-il deux dialogues : le dialogue entre croyants de différentes religions, d’une part, où il peut y avoir interférence du théologique, mais pas toujours, le vivre ensemble étant souvent à l’origine ; et, d’autre part, le dialogue théologique au sein des communautés chrétiennes, dialogue suscité par l’existence du pluralisme religieux et donc la question de son interprétation. Sans ignorer la complexité des réalités, G. Comeau, s’appuyant sur son expérience et sa compétence, précise dans quel cadre conceptuel elle fait intervenir les rencontres et ce qu’on peut en attendre pour la réflexion théologique.

Permanence du théologico-politique. Politique et religion, de nouvelles donnes

Comment une société moderne, édifiée sur la rupture entre le théologique et le politique peut-elle subsister en ayant perdu sa base religieuse, d’une part, et, d’autre part, comment la religion peut-elle encore rester vivante, exilée de la vie sociale et, à la limite, sortie de l’histoire des hommes ? Cet article voudrait montrer que le problème des relations entre politique et religion a retrouvé de nouvelles couleurs, et que sans rien renier des ruptures révolutionnaires, et à cause même de nouvelles donnes liées à la transformation des sociétés modernes et des religions elles-mêmes, la question se pose toujours, mais en termes neufs auxquels il convient d’être attentifs.

Simples variations sur le thème ‘Religion’

Si loin que l’on puisse mener la description des comportements religieux des humains, l’analyse des comment et leurs attitudes ne répond pas toujours à la question du pourquoi. C’est dans ce double contexte pluraliste que se pose la question du juste sens à donner au concept de religion. Car l’expérience quotidienne des médias, comme de la lecture d’ouvrages philosophiques, apologétiques, théologiques et autres, révèle que des mots comme religion, divin, sacré, sont lestés de sens multiples et souvent contradictoires. Il paraît donc indispensable de préciser les notions que nous utilisons dans l’analyse du fait religieux, et de prendre en compte le lieu où se situe le discours : histoire, sociologie, philosophie, théologie. Car plus les voies sont multiples pour appréhender le religieux, plus il faut préciser les mots et la chose : toutes exigences auxquelles se soumet Michel Meslin.

Évolution des problématiques en théologie des religions

En ouverture de ce premier dossier, J.-M. Aveline a choisi de relever trois types de questionnement auxquels la théologie chrétienne se trouve confrontée dans la problématique de la rencontre et du dialogue interreligieux, et dans la perspective de l’histoire des religions : 1. prendre conscience de la relativité du christianisme en tant que phénomène historique, et en relever théologiquement le défi ; 2. approfondir les éléments permettant de définir la singularité chrétienne au sein de la pluralité des religions, et proposer pour l’Eglise une attitude et un engagement ; 3. évaluer les difficultés et les enjeux de l’expérience concrète de la rencontre interreligieuse, et en recueillir la fécondité pour une intelligence renouvelée du mystère de la foi.

Paul et ses exégètes juifs contemporains

Lorsqu’ils ont eu à se prononcer sur les premiers temps du christianisme, les juifs de la période moderne ont presque tous séparé Jésus et Paul, et les ont vus comme deux juifs tout à fait différents, ayant marqué de façon très différente l’histoire juive et chrétienne. S’expliquant par des conditions contextuelles, cette perception limitative est aujourd’hui dépassée chez nombre de chercheurs juifs qui ayant acquis une réelle compétence en Nouveau Testament et témoignant d’une démarche critique identique à celle de l’exégèse chrétienne libérale, ils proposent une lecture nouvelle de Paul. Pour eux, Paul doit être lu dans le prolongement et en consonance avec son environnement juif. Ils pensent aussi que l’itinéraire de Paul trace de manière emblématique un écart croissant entre la loi juive et les païens convertis à la foi chrétienne, même s’il y a à chercher « l’erreur de Paul » qui a mené à la séparation entre judaïsme et christianisme.

Saint Paul et le concile de Trente

Le décret du Concile de Trente sur la justification constitue le meilleur exemple pour comprendre la manière dont le concile se réfère à l’enseignement de Paul. En réponse aux Réformateurs, le concile entendait montrer à son tour que le doctrine de la justification par la grâce moyennent la foi est une doctrine tout simplement chrétienne parce que paulinienne ; elle est donc pleinement catholique, à condition que l’on respecte la réponse de la liberté humaine et que l’on n’oublie pas que la grâce de la justification passe par les sacrements. Par héritage paulinien du concile on doit certes entendre les citations et réminiscences de certaines formules des lettres pauliniennes, mais surtout la mise en œuvre d’une problématique authentiquement paulinienne, ce qu’entend montrer ici B. Sesboüé.