L’héritage paulinien chez Luther

L’héritage paulinien fut transmis à Luther surtout par la tradition de l’Ordre des Ermites de St Augustin, auquel il appartenait, c’est-à-dire pour l’essentiel par l’interprétation de Paul proposée par Augustin. La propre relecture de sa vie par Luther dit déjà l’importance de cet héritage, et dans le tournant réformateur de sa théologie comme d’une ouverture vers la juste distinction entre la Loi et l’Evangile, point culminant du rapport exégétique intense de Luther à Paul. Sa réception de Paul fait particulièrement ressortir l’Epître aux Romains qui, comme point de référence principal représente la figure matérielle, la concrétisation le plus importante du principe herméneutique permanent du réformateur, constitué par la règle « sacra scriptura sui ipsius interpres ». Par ailleurs, le double front du combat paulinien contre l’ « enthousiasme » (en 1 et 2 Co) et contre le légalisme (en Ga) fut appliqué par Luther d’un côté à la papauté, de l’autre aux spiritualistes et « illuminés ».

Augustin disciple de Paul

Nombreux sont les commentateurs des lettres de Paul, en monde latin, à la fin du IVe et au début du Ve siècle, ce qui s’explique sans doute par les controverses doctrinales sur la personne du Christ, mais aussi par le souci de proposer un idéal de vie chrétienne : Paul est alors présenté comme un modèle de conversion et un maître spirituel. C’est dans ce contexte qu’il faut situer l’intérêt d’Augustin pour Paul, lequel est effectivement pour Augustin un maître. Même s’il n’est pas possible d’examiner systématiquement l’interprétation qu’Augustin donne des lettres de Paul, I. Bochet souligne ici le rôle de Paul dans la vie et la pensée d’Augustin, rôle qui a été déterminant : dans sa conversion tout d’abord, dans sa formation théologique également, mais aussi dans son herméneutique scropturaire et dans son enseignement sur la grâce.

Paul et les Pères grecs

C’est avant tout comme théologien que Paul est lu par les Pères grecs. La réception des épîtres dans les premiers siècles montre comment les premiers lecteurs de Paul hiérarchisaient eux-mêmes les textes et leurs données, même s’il n’y a pas consensus, d’autant plus que les lectures d’une même épître peuvent diverger. Cependant l’émergence est encore timide au milieu du IIe siècle, ce qui ne peut que valoriser le « tournant irénéen », Irénée étant le premier à présenter une réception globale du corpus paulinien. Puis s’impose Origène et d’abord avec son attention à l’ensemble de l’Ecriture, en raison aussi de ses commentaires des épîtres de Paul, en particulier de l’épître aux Romains. Avec lui, le corpus paulinien est, – et sera de plus en plus après lui -, la source par excellence de la dogmatique chrétienne. Reste la question de savoir si cette manière dogmatique de comprendre la pensée de Paul ne l’a pas déformée en même temps qu’elle la mettait au premier

Le renouvellement du « principe dogmatique » en théologie contemporaine

En 1965, Karl Rahner et Karl Lehmann publièrent une étude documentée et systématique sur les rapports entre kérygme et dogme, quintessence des travaux en cours dans ce domaine, au moment où s’achevait le concile Vatican II. Un premier principe consensuel allait se dégager de ces travaux. Son impact touchera directement la fonction régulatrice des langages de la foi, autrement dit du caractère principiel et originaire de cette fonction dévolue aux formules de confessions présentes dans l’écriture néotestamentaire. Il s’agissait en somme de poser et de justifier les principes d’une interprétation dogmatique de l’Ecriture. L’une des questions cruciales alors débattues tournait autour de la signification d’un objet de foi saisissable en énoncés de vérité, objet qui ne pouvait consister en une simple sequela Christi, ou être ramené à une anthropologie existentiale. Une place pour le dogme semblait subsister. Ce processus va déboucher sur une interprétation  » extensive  » du dogme à laquelle V. Holzer consacre ici l’essentiel de ses analyses.

Les énoncés dogmatiques dans le contexte interculturel

Face à la démarche théologique qui commence à partir de concepts dogmatiques existants, E. Schillebeeckx, en renversant cette démarche du déductif à l’inductif, élabore une théologie basée sur l’herméneutique de l’expérience et de la praxis. Ainsi aborde-t-il la question de l’actualisation de la foi, en montrant la relation dialectique entre la tradition de la foi et le contexte où vivent les croyants. Se situant dans le champ culturel asiatique, Agnès Kim rappelle qu’il y a là un champ d’interprétation façonné tout autrement que celui que le christianisme a connu jadis. Mais ce champ asiatique est également en train d’être modifié par les expériences nouvelles qui critiquent aussi l’ensemble de l’expérience acquise. S’imposent ainsi à elle de doubles contextes existentiels qui la conduisent à poser la question des énoncés dogmatiques en situant cette question au sein de ces contextes, qui sont quelque peu en discontinuité par rapport à l’ancien, et qu’elle considère comme paradigmes du contexte interculturel.

Herméneutique et vérité des énoncés dogmatiques en contexte oecuménique

Le renouveau d’intérêt, parmi les catholiques, pour la réflexion sur le phénomène de la dogmatisation est aisément compréhensible, dû en particulier au choc que fut, à l’époque moderniste, la prise de conscience de la réelle historicité des dogmes. L’œcuméniste catholique ne peut ignorer ces questionnements relatifs à la genèse, à la portée et aux fonctions des dogmes, même s’il ne les prend pas en charge directement et même si sa tâche est de participer à la guérison des ruptures survenues dans la communion ecclésiale. Cependant sa démarche peut avoir un réel intérêt réflexif. Dans le difficile débat épistémologique actuel sur la dogmatisation et sur l’interprétation des dogmes, l’article d’H. Legrand, tout en s’abstenant d’ajouter aux théorisations existantes et en se référant à des interprétations en cours, privilégie l’une d’entre elles comme étude de cas, non sans prendre acte de l’antinomie, souvent vivement perçue, entre la logique œcuménique, si tard venue à la conscience catholique, et la logique dogmatique qui a

« Une barrière éternelle ». L’autorité de l’Eglise dans la définition du dogme au XIXe siècle

Dans la mesure où chaque siècle est en conséquence ou effet direct de celui qui le précède, peut s’imposer ici, pour  » comprendre  » une part importante de la conscience  » dogmatique  » du XXe siècle, l’expression du polémiste catholique laïc que fut Joseph de Maistre :  » L’Eglise n’est point argumentatrice de sa nature : elle croit sans disputer…  » Si apparaît ici le rôle de l’Eglise (comprenons : de sa hiérarchie) dans la  » définition « , au sens théologique, du dogme, apparaît également que, pour Maistre, le dogme précède la définition, qui ne fait que le formuler, le  » caractériser « . On est loin ici de la définition  » technique  » du dogme qui sera celle du concile Vatican I et qui s’imposera alors : vérité révélée et proposée comme telle par l’Eglise, de façon infaillible. Il s’avère ainsi, au cours du XIXe siècle, que, si une certaine vision de l’autorité de l’Eglise dans l’élaboration (et la compréhension) du dogme est inséparable d’une importance accrue attachée à l’infaillibilité du Pontife romain, c’est aussi la

Le dogme comme langage normatif

Le Christianisme, autant sinon davantage que le Judaïsme, et incomparablement plus que tout autre religion, s’est confronté au  » langage  » des cultures et des époques qui le traversaient autant qu’il les traversait. Dans l’Occident moderne et contemporain, surtout en son versant catholique, la question dogmatique a retrouvé une vive actualité avec notamment la crise moderniste, la controverse sur le surnaturel, le débat sur l’infaillibilité…, ce qui fait émerger l’interrogation vis-à-vis du dogme comme langage normatif. Sans doute devrions-nous distinguer le dogme (au singulier), qui désigne tout le contenu de la Foi (le dogme chrétien), et les dogmes (au pluriel), qui désignent des aspects de ce contenu, sans être déliés les uns des autres en vertu de l’analogie de la Foi. Mais le dogme chrétien et les dogmes de la Foi chrétienne impliquent dans leur énonciation linguistique formulée, enseignée et transmise une forme de normativité sur laquelle Pierre Gire s’interroge ici d’un point de vue philosophique (celui de la philosophie de la

La réception des Écritures inspirées

C’est d’un nouveau positionnement de la Bible dans la culture dont il s’agit aujourd’hui, et pas seulement d’une nouvelle manière de la recevoir et de la lire, bien que ces deux aspects soient inséparables. L’Ecriture s’est progressivement sécularisée et transformée en  » classique  » parmi d’autres. Simultanément, l’accès au texte s’est  » démocratisé « . Désormais, il ne jouit plus d’aucun privilège statutaire par rapport à d’autres grands textes de l’humanité : tous sont soumis à la même méthodologie plurielle qui évolue continuellement, tout en se voulant contrôlable par le plus grand nombre. Dans ce contexte, la pratique ecclésiale de lecture qui continue à considérer le texte comme inspiré n’est plus qu’  » une pratique parmi d’autres « . On en vient donc aujourd’hui à une situation paradoxale où le canon des Ecritures, largement discuté par les historiens et les théologiens, est en réalité accepté par la culture, tandis que l’inspiration pose problème sans avoir bénéficié jusqu’à maintenant d’une même traitement, voire d’une simple attention. Cette situation peut révéler